LIVRES / RÉVOLUTIONS !

    par Belkacem Ahcene-Djaballah 

                                                   Livres

Idéologie politique et mouvement national en Algérie (Des projets partisans au projet de renaissance nationale) (1936-1956). Essai de Mohamed Chafik Mesbah. Casbah Editions, Alger 2024, 349 pages, 1 500 dinars

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On pensait déjà tout savoir sur l’Histoire du Mouvement national en Algérie. Le dernier ouvrage de Chafik Mesbah, bien connu pour ses analyses politiques qui n’ont jamais laissé indifférents (d’autant qu’il n’a jamais fait mystère de sa vocation à être un « intellectuel organique au service de la patrie »… un « statut exigeant » selon lui) tant il vise juste (souvent) et frappe fort (parfois) , vient apporter à la recherche universitaire sur la période 1936-1946, un éclairage complémentaire assez utile à la compréhension des hauts et des bas de la période étudiée… avec ses conséquences sur l’évolution de la chose politique… et ce, peut-être, jusqu’à nos jours.

Il faut préciser que l’ouvrage est le prolongement d’une thèse soutenue en juillet 1981, thèse reprise quasi-complètement, quelques annexes ayant été écartées car tombées depuis dans la documentation, ouverte, ainsi qu’une bonne partie de la bibliographie. Une thèse qui avait soulevé, nous dit-on, lors de sa soutenance, un débat houleux… tout particulièrement autour de la partie relative au rôle politique de l’armée en général et à celui de l’Armée de libération nationale (Aln) en particulier.

L’ouvrage débute avec une première partie qui tente d’approfondir et de préciser la problématique théorique soulevée par le concept du nationalisme.

Une deuxième partie s’attache à situer les courants politiques qui ont animé le mouvement national algérien et les projets partisans qui en ont résulté.

La troisième partie reconstitue des phases théoriques et des étapes organiques qui ont jalonné tant le processus d’élaboration du projet de renaissance nationale que celui de sa mise en œuvre, lequel fut caractérisé par le recours à la lutte armée puis par l’apparition de reclassements idéologiques résurgents et l’émergence d’appareils politiques concurrents.

Et, pour terminer, une partie consacrée à l’approche théorique du statut politique de l’armée dans le processus de renaissance nationale et de ses implications pratiques.

L’Auteur : Né le 11 juillet 1949 à Alger. Lycée franco-musulman de Ben-Aknoun, études supérieures (Iep/Alger), licence en sociologie (Paris V) et D.e.s en Sciences politiques (Paris II), thèse de Doctorat d’Etat en Sciences politiques (Université d’Alger, 1981). Journaliste (Rta, 1971-1974), engagé dans les rangs de l’Anp en 1975 et officier supérieur, en avril 2020 Directeur général de l’Agence algérienne de coopération internationale pour la solidarité et le développement (Aaci/sd) puis Conseiller à la Présidence de la République. Auteur de plusieurs études, essais, articles de presse et ouvrages.

Table des matières : Préface (Colonel Khatib Youcef dit Si Hassan)/ Avant-propos/ Introduction/ Première partie : Courants politiques et projets partisans/ Deuxième partie : Des projets partisans au projet de renaissance nationale/ Troisième partie : L’Armée, instance politique ?/ Bibliographie d’ensemble/ Chronologie du Mouvement national algérien.

Extraits : « A mon avis, le rôle de notre armée est défini, en principe, par la Constitution. Le rôle constitutionnel qui lui est dévolu m’amène à affirmer, justement, que l’armée ne doit pas être la source du pouvoir et qu’elle doit être placée, au contraire, sous l’autorité du pouvoir qui incarne, légitimement, la souveraineté populaire » (Préface du Colonel Khatib Youcef dit Si Hassan. Extrait, pp 19-20), « Il aura fallu l’ampleur de l’insurrection du 8 mai 1945, et la densité des événements qui en résultèrent, pour que le courant réformiste bourgeois accomplisse définitivement sa mue » (p58), « La sacralisation spirituelle de la France, voire de la civilisation occidentale constitua une orientation cardinale du courant réformiste bourgeois qui distingua toujours « la France métropolitaine » de celle des « colons » (p 80), « Tandis que 173 000 soldats algériens combattaient dans les rangs de l’armée française (Note :Durant la première Guerre mondiale) , environ 120 000 Algériens, dont 78 000 sur réquisition de l’administration, furent utilisés dans l’industrie et l’agriculture en France (p 85), « Le PPA renoua durant la Seconde guerre mondiale, et plus ostensiblement encore lors de l’insurrection populaire du 8 mai 1945, avec le mot d’ordre d’indépendance nationale qui depuis ne souffrit plus de contestation en son sein » (p157), « Les écoles de l’Aouma dont le but, au départ, était de revivifier l’enseignement de la langue arabe et celui de la religion musulmane, se transformèrent rapidement en refuge ultime pour les jeunes Algériens musulmans de condition sociale modeste, que le système scolaire français rejetait systématiquement » (p 175), « l’Aouma (…) n’aborda, précisément, le thème de l’indépendance nationale que par métaphores » (p182), « Prisonnier lui-même des pesanteurs sociologiques de la société française, le Pcf fut conduit, en effet, à épouser les abstractions idéologiques dont se repurent si bien ces « bons Français, soucieux de l’avenir et de la grandeur de leur pays » (p 237).

Avis – Un pan (important) de l’histoire politique du pays. Présenté et analysé dans tous ses détails ; peut-être un peu trop pour certains, et pas assez pour d’autres. Un ouvrage plus qu’utile, nécessaire au chercheur, à l’étudiant, et pourquoi pas au citoyen lambda, curieux et en quête de savoir. De plus, un auteur qui nous a habitués à aller toujours plus loin… et toujours droit dans ses bottes.

Citations : «Un pays n’est pas militairement fort en raison de ses armées et de son armement, mais il l’est réellement en raison de son potentiel économique et humain qui permet d’avoir et de renouveler ces armées et cet armement» (p134), «Le phénomène «petit-blanc», résultat d’un processus complexe au terme duquel les catégories sociales inférieures et intermédiaires de la population européenne implantée en Algérie s’identifiaient, en totalité, aux schémas idéologiques véhicules par l’ensemble de la société coloniale» (p196), «La restructuration par l’état-major général mis en place par le Grua en janvier 1960, des unités de l’Aln installées aux frontières, leur initiation aux formes de combat militaire classique, l’éducation politique intense de la troupe et l’instauration d’une rigoureuse discipline militaire donnèrent, pourtant, à cette armée la conscience de sa force. Aussi, voulut-elle, tout naturellement, s’ériger en instance politique» (p 270), «L’armée, loin d’être la grande muette, s’est souvent érigée, malgré elle, en véritable arbitre pour départager , selon une logique qui lui est propre, les forces politiques en présence» (p279).

Nuages sur la Révolution. Abane au cœur de la tempête. Essai de Belaid Abane, Koukou Editions, Alger 2015, 429 pages, 1 200 dinars (Fiche de lecture déjà publiée.

Extraits pour rappel. Fiche de lecture complète in www .almnach-dz.com/ histoire/ bibliothèque d’almanach)

Les vérités énoncées ou découvertes concernant le Mouvement national en général et la guerre de libération nationale en particulier sont, presque toutes, «cruelles», tant il est vrai que toute Révolution est une grosse «mangeuse» d’hommes. Ceci sans parler des innombrables victimes, déclarées ou encore inconnues, des forces d’occupation. D’autant plus cruelles qu’on a, malgré tous les efforts faits ces dernières années par les mémoires réhabilitées (ou rancunières), toujours cette impression d’histoire(s) inachevée(s).

Le livre de Belaid Ramdane ne déroge pas à la règle. Le titre en lui-même est déjà annonciateur du grand drame qui se prépare… avec des nuages annonciateurs de tempête.

C’est l’histoire d’un adolescent très tôt éveillé, dans une société presque «démissionnaire», qui se prépare à participer à la lutte de libération du pays, sans savoir encore quand ni comment.

C’est l’histoire d’un jeune homme qui a choisi la solitude, la souffrance, la clandestinité, presque un «exil»… loin d’une maman aimante et qu’il aime pour se mettre totalement au service de sa passion.

C’est, aussi, hélas, l’histoire d’un homme mature incompris… ou mal compris (même par son père, au départ) dans sa quête éperdue et passionnée de la patrie perdue. Un homme devenu un héros qui sera assassiné par ses propres frères de combat (…)

On a donc l’histoire de ce grand, cet immense (et double) martyr de la Révolution : poursuivi, emprisonné, torturé par les forces coloniales… et «crucifié» sur l’autel d’on ne sait quelle «vérité» par ses propres «frères» (…)

L’Auteur : (…) Ancien professeur des universités en médecine (dont Alger), il vit en France, depuis la fin des années 90, exerçant et enseignant, tout en se consacrant à la recherche sur l’histoire politique de la Révolution. (…)

Avis – L’histoire d’une vie courte, mais plus que bien remplie par le combat révolutionnaire… et, comme dans une tragédie grecque, la mort brutale (…)

Extraits : (…), «Le Fln n’appartient à personne mais au peuple qui se bat. L’équipe qui a déclenché la Révolution n’a acquis sur elle aucun droit de propriété ; si la Révolution n’est pas l’œuvre de tous, elle avortera inévitablement» (p 102) (…)

Citations : «Ferhat Abbas et ses amis donnent une autre image de l’insurrection, et incarnent désormais un Fln qui a de la stature et de l’allure. C’est un succès considérable pour la propagande du Fln» (p 104), «La grande erreur que commettent la plupart de vos hommes politiques (français), c’est d’expliquer le drame algérien seulement par la faim et la misère ou l’absence d’écoles. Alors que sa racine est dans la revendication d’honneur, de justice et de liberté «(Abane Ramdane, 15 septembre 1955, entretien «France-Observateur» (p 119), «Abane concevait la Révolution en fonction d’un perpétuel dépassement d’elle-même» (p 157), «De ce portrait ressort un homme d’une «trempe exceptionnelle», avec cependant un «mais». Ce «mais» ce sont ses qualités. Comme toutes les qualités poussées à l’extrême, elles peuvent se transformer en défauts, en handicap même. Beaucoup de ses compagnons le résument en effet par cette formule très juste : il a les défauts de ses qualités» (p 313).


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