Algérie / Manifestations dans plusieurs villes contre un cinquième mandat de Bouteflika

22.02.2019

D’importantes manifestations ont lieu ce 22 février dans la capitale algérienne et dans plusieurs autres villes du pays pour s’opposer au 5e mandat brigué par l’actuel président Abdelaziz Bouteflika, cloué sur un fauteuil roulant depuis un AVC. 

Plusieurs milliers de manifestants défilaient ce 22 février pour dire «non au cinquième mandat» que brigue le président algérien Abdelaziz Bouteflika dans plusieurs villes d’Algérie et notamment dans le centre d’Alger où toute manifestation est pourtant officiellement interdite depuis 2001. 

Alors que les cortèges ont défilé dans le calme toute la journée dans le pays, quelques heurts ont éclaté en fin de journée dans la capitale algérienne entre la police et des centaines de manifestants se dirigeant vers la présidence de la République. Repoussés une première fois, les manifestants, bloqués par un cordon de police, par des tirs de gaz lacrymogènes, ont répliqué par des jets de pierre et de projectiles divers contre les policiers interdisant l’accès aux routes menant à la présidence. 

Khaled Drareni@khaleddrareni

Tirs de gaz lacrymogène devant le palais du peuple #Alger pour empêcher la foule d’avancer vers palais présidentiel

3017:47 – 22 févr. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité20 personnes parlent à ce sujet

«Ce peuple ne veut ni de Bouteflika ni de Saïd», scandaient les manifestants, en référence à Saïd Bouteflika, le frère du président, qui dans l’ombre tiendrait les rennes du pouvoir selon les opposants, depuis que le chef d’Etat, gravement malade et affaibli notamment par un AVC en 2013, est cloué sur un fauteuil roulant. 

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Khaled Drareni@khaleddrareni

Tirs de gaz lacrymogène devant le palais du peuple #Alger pour empêcher la foule d’avancer vers palais présidentiel.

3017:47 – 22 févr. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité20 personnes parlent à ce sujet

«Ce peuple ne veut ni de Bouteflika ni de Saïd», scandaient les manifestants, en référence à Saïd Bouteflika, le frère du président, qui dans l’ombre tiendrait les rennes du pouvoir selon les opposants, depuis que le chef d’Etat, gravement malade et affaibli notamment par un AVC en 2013, est cloué sur un fauteuil roulant.

Leïla Beratto@LeilaBeratto

#alger15614:37 – 22 févr. 2019152 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Selon la journaliste Leïla Beratto, présente à Alger, plus tôt dans la journée, les manifestants applaudissaient les forces de l’ordre sur leur passage, ce qui témoignait d’une absence de tension au sein du cortège. 

Leïla Beratto@LeilaBeratto

Applaudissements devant les commissariats et devant les forces de maintient de l’ordre. #alger4614:54 – 22 févr. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité16 personnes parlent à ce sujet

Dans le même esprit, on peut voir dans cette vidéo postée depuis Alger par une journaliste indépendante les manifestants scander à l’attention de la police : «Frères, frères, l’Etat appartient au peuple ». 

Zahra Rahmouni@ZahraaRhm

« Freres, freres. La nation appartient au peuple » crient les manifestants bloqués par un cordon de police. Place du 1er mai.

#Alger #Algerie45815:13 – 22 févr. 2019343 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Sous les applaudissements et les hourras également, des manifestants ont décroché une énorme affiche d’Abdelaziz Bouteflika qui trônait aux abords de la grande place centrale de la Grande poste d’Alger sur la façade du siège du Rassemblement national démocratique (RND), parti du Premier ministre Ahmed Ouyahia, comme on peut le voir sur cette vidéo. La photo a été lacérée et piétinée une fois à terre, ont constaté des journalistes de l’AFP, sans que la police, déployée en nombre, n’intervienne. 

Les manifestants scandaient également : «Manifestation pacifique !». Les autorités algériennes avaient mis en garde ces derniers jours les «fauteurs de trouble» qui commettraient des actes de violences. 

La présence de femmes, certes minoritaires, était tout de même notable, selon les observateurs. 

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Zahra Rahmouni@ZahraaRhm

Il y a des femmes parmi les manifestants #Alger #Algerie28715:17 – 22 févr. 2019177 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

A Annaba, au nord-est du pays, un rassemblement a également réuni plusieurs centaines de personnes dès la matinée, dans le calme et dans une ambiance bon enfant selon les observateurs. 

Annaba aujourd’hui. https://twitter.com/habibbrahmia/status/1098347285149298688?s=21 …

Hamdi@HamdiBaala

Hors Alger, c’est autre chose. Annaba ce matin (FB). pic.twitter.com/QCRyn1NIAt5511:02 – 22 févr. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité

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49 personnes parlent à ce sujet

Plusieurs appels à manifester, notamment après la grande prière hebdomadaire musulmane du vendredi à la mi-journée, ont été lancés de manière sporadique et anonyme sur les réseaux sociaux, sans que le mouvement apparaisse pour l’heure très structuré.

Parmi les autres slogans scandés par les manifestants un peu partout dans le pays, on pouvait entendre : «Pouvoir assassin !», «Le peuple veut la chute du régime !», «Y’en a marre de ce pouvoir !» ou encore «Algérie libre et démocratique !» 

Sur son site, le quotidien francophone El Watan signale un sit-in de «dizaines de personnes» devant le siège de la wilaya [préfecture] de Sétif, également au nord-est du pays et une marche de «centaines» de protestataires dans la localité de Bougaa, à 30 kilomètres de Sétif. 

Le site TSA fait également état de manifestations à Oran, deuxième ville du pays située à environ 400 km à l’ouest d’Alger, à Tiaret et Relizane [respectivement 200 et 250 km au sud-ouest de la capitale]. 

Vidéo intégrée

Observ’Algérie@ObservAlgerie

Marche contre le cinquième mandat de #Bouteflika à #Béjaia (#Kabylie, #Algérie)10714:24 – 22 févr. 201990 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

En Kabylie également, région particulièrement sensible à cause d’importantes révoltes lors des dernières décennies, quelques manifestations ont été organisées et semblaient se dérouler dans le calme. 

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Karim@kRim0o

Béjaia now. #حراك_22_فيفري3414:06 – 22 févr. 201930 personnes parlent à ce sujetInformations sur les Publicités Twitter et confidentialité

Selon le site Observ’Algérie, même à Tlemcen, ville de l’ouest du pays dont est originaire le président Bouteflika, un rassemblement a été organisé. Sur ces images, un manifestant brandit une pancarte sur laquelle il a écrit : «Monsieur le président, sans incident, quitte le pouvoir». 

Au pouvoir depuis 1999, Abdelaziz Bouteflika a annoncé début février qu’il briguerait un 5e mandat lors de la présidentielle prévue le 18 avril en Algérie. 

Marches à travers le pays contre le 5ème mandat

par Y. Alilat, A. Zerzouri, H. Barti, M. Aziza

Des milliers de jeunes et moins jeunes ont sillonné, hier vendredi, les principales artères des grandes villes, mais également des villages du pays pour s’opposer au cinquième mandat que brigue le président Bouteflika. 

Des manifestations imposantes ont été enregistrées, particulièrement dans les grandes villes, en réponse à un appel anonyme à manifester, posté sur les réseaux sociaux durant toute la semaine. A Alger, Tizi Ouzou, Annaba, Sétif, Béjaïa, Sidi Bel Abbès et Oran les marches étaient imposantes, drainant des milliers de personnes. Alger, la capitale du pays, a été, hier vendredi, le centre des marches de protestation contre le 5ème mandat. Jamais la capitale n’a enregistré un tel déferlement de foules, de manifestants depuis la décennie 1990. Tous les quartiers du centre-vile avaient été envahis dés la fin de la prière du vendredi par des milliers de personnes. Incroyable, mais des milliers de manifestants ont marché hier à Alger, sur deux objectifs : la présidence de la République à El Mouradia et le Parlement et le Sénat, boulevard Zighout Youcef. Dans les deux cas, un imposant cordon policier a été mis en place pour empêcher les manifestants de s’y rassembler. Ailleurs dans la ville, le boulevard Colonel Amirouche était noir de monde, tout comme la rue Larbi Ben M’hidi, la place Maurice Audin, le boulevard du Front de mer entre le square Sofia en bas de la grande poste et la place des Martyrs, puis vers le populeux et populaire quartier de Bab El Oued. C’est dans le calme que la manifestation s’est déroulée, les forces de police, qui quadrillaient les quartiers où la manifestation se déroulait, observaient, et n’étaient pas intervenues jusque vers 16 h 30. Des milliers de personnes convergeaient des quartiers populaires du centre-ville vers la place du 1er Mai, d’où le cortège devait s’ébranler vers l’avenue Hassiba Ben Bouali. encadrée par un imposant service d’ordre, la marche s’est déroulée dans le calme, les manifestants scandant des thèmes contre le 5ème mandat et le FLN. «Chaâb et Chorta khawa khawa (peuple et policiers sont des frères), ou «Chaâb yourid tagh’yir nidham », ‘’le peuple veut le changement du système». Des milliers de manifestants, à la file indienne affluaient vers la place du 1er Mai d’où s’était ensuite ébranlé le cortège. De Bab El Oued à la place du 1er Mai, tout Alger était dehors. Sur les hauteurs, au-delà de la rue Didouche Mourad, vers la place Addis Abeba, des manifestants ont tenté d’atteindre le siège de la présidence, à El Mouradia, mais ils ont été empêchés par les policiers, qui ont utilisé des grenades lacrymogènes pour les en dissuader près du palais du Peuple. Globalement, les manifestations à Alger se sont déroulées dans le calme par une belle journée ensoleillée, pour dire ‘’non au 5ème mandat ». 

On a également marché à Annaba, Oran, Sétif, Tizi Ouzou et Béjaia 

Dans l’antique Hippone, des centaines de personnes, des jeunes, des vieux et des femmes sont sorties sur le Cours de la Révolution manifester leur opposition au 5ème mandat. Des images et des vidéos postées sur les réseaux sociaux montraient des manifestants parfaitement organisés, certains enveloppés dans l’emblème national. Au rythme de chansons nationales et patriotiques, les manifestants ont marché dans le calme, le service d’ordre ayant encadré discrètement cette manifestation. De jeunes manifestantes chantaient en choeur ‘’marche pacifique contre le 5ème mandat », alors que d’autres manifestants marchaient en portant une banderole ‘’non au 5ème mandat ». Mais, c’est à Béjaïa et à Tizi Ouzou, et dans une moindre mesure à Sétif que ces marches ont entraîné une marée humaine dans le centre du pays. A Tizi Ouzou, une imposante marche a été organisée bien avant la fin de la prière du vendredi, selon des sites sociaux. Le regroupement des manifestants, vers 13 heures, a commencé devant le centre universitaire de Hasnaoua, lieu de départ de la marche qui s’est ébranlée vers 13.30 pour suivre un itinéraire vers le siège de l’ancienne mairie de Tizi Ouzou. La foule des manifestants grossissait au fur et à mesure de la marche vers l’ancien siège de la commune de la ville des Genêts, la foule chantant des slogans contre le 5ème mandat pour Bouteflika. «Non au 5ème mandat», était repris par les manifestants. 

La seule banderole que brandissaient les manifestants en tête de la marche était le drapeau aux couleurs berbères, jaune, vert, rouge. Sur l’itinéraire de la manifestation, peu de policiers, notamment en tenue civile. 

A Béjaïa également, une imposante manifestation avait commencé vers 14 heures, après la prière du vendredi. Des centaines de jeunes et moins jeunes avaient sillonné les grandes avenues de la ville, avec des slogans stigmatisant le 5ème mandat et le pouvoir. «Y en a marre de ce pouvoir», scandaient les manifestants. En prélude à cette marche, plusieurs centaines de manifestants s’étaient rassemblées sur l’esplanade de la maison de la culture de la ville, indique la page facebook ‘’Bejaia soit l’Observateur ». Des manifestants sont intervenus pour stigmatiser le pouvoir et dénoncer le 5ème mandat. A Akbou, par contre, des violences ont été enregistrées avec l’attaque par des jeunes du commissariat de police local. Les jeunes ont également fermé les principaux accès de la ville en brûlant des pneus, a indiqué le vice-président de la Laddh, Saïd Salhi, cité par des sites électroniques. Il a rapporté que des jeunes se sont attaqués au commissariat et ont lancé des pierres. Sans provoquer de réaction pour l’heure des services de sécurité, a-t-il ajouté. Même ambiance contestatrice à Bordj Ménaiel (wilaya de Boumerdès) où des manifestants criaient en choeur «y en a marre de ce système», et «ya Bouteflika, non au 5ème mandat». Des pancartes où étaient inscrits «Libérez le président » et ‘’20 ans, barakat» étaient également portées par des manifestants. 

Dans la wilaya de Sétif, on a également marché contre le 5ème mandat où des centaines de manifestants sont sortis dans la rue. Banderoles en bandoulière ‘’nous voulons un Etat moderne, qui reste après les personnes », ou «arabes, musulmans, amazighs, non au 5ème mandat », des manifestants sillonnaient les artères du vieux Sétif. Même ambiance à Bougaa, un village montagneux où le climat est rude, avec des centaines de manifestants contre le 5ème mandat. 

Constantine et Oran contre le 5ème mandat 

A Constantine, scandant des slogans hostiles au 5ème mandat et au FLN, des centaines de manifestants, près de 3 000 personnes, selon des recoupements concordants, se sont regroupés, hier, après la prière du vendredi, au centre-ville, avant de s’ébranler dans une marche qui leur fera traverser les allées Benboulaïd (jusque devant la Cour), les avenues Messaoud Boudjeriou et Belouizdad, en redescendant par la rue Abane Ramdane et rejoindre leur point de départ, devant le palais Mohamed Laïd Al Khalifa. Au départ, aux environs de 14 heures, juste après la prière du vendredi, rien ne laissait croire qu’on allait assister à une marche massive, car seules quelques personnes circulaient dans la nonchalance au centre-ville. Puis, quelques jeunes retirent des affiches, où on pouvait lire des écrits au stylo, généralement «non au 5ème mandat», et la foule a commencé à se rassembler autour d’eux. Puis, c’est l’effet boule de neige, avec un rassemblement qui grossissait à mesure que les minutes passaient. Jusqu’au moment où les petites ruelles de Constantine ne pouvaient plus les contenir. ‘’Djazair Horra démocratia» (Algérie libre et démocratique), «pouvoir assassin», «FLN dégage», «makanech ôhda Khamissa» (pas de 5ème mandat), tels sont les slogans qui fusaient dans la foule durant sa marche, ponctuée par des arrêts. Une marche pacifique, encadrée par un imposant service d’ordre, qui a bloqué toutes les issues menant vers le siège du cabinet du wali. 

A Oran, plusieurs centaines de manifestants ont répondu à l’appel de la marche contre le 5ème mandat. Les premiers slogans de manifestants ont commencé à s’entendre juste après la fin de la prière du vendredi. Des jeunes, des moins jeunes, des hommes et des femmes ont, en effet, marché côte à côte et pacifiquement sous haute protection policière. Les principales places de la ville, à l’instar de la place du 1er Novembre, la place des Victoires ou encore l’intersection Larbi Tebesssi – rue Mohamed Khemisti, ont toutes été bouclées par un imposant dispositif policier, dont un hélicoptère, qui suivait la marche. Le cortège des manifestants s’est ébranlé de la place du 1er Novembre, vers les rues Emir Abdelkader, Larbi Ben M’hidi, Mohamed Khemisti en passant par Larbi Tebessi, puis retour vers la place du 1er Novembre par le même itinéraire. Un dispositif policier discret mais bien présent, suivait les péripéties de cette marche, à laquelle se sont joints par la suite des jeunes des autres quartiers de la ville. Par la suite, les manifestants se sont scindés en deux groupes, l’un s’est rassemblé devant le siège de la wilaya, alors que le second s’est rassemblé devant le siège régional de l’ENTV. Portant des banderoles, ou l’emblème national, plusieurs manifestants ont entonné des slogans contre le 5ème mandat, alors que des femmes, de leurs balcons poussaient des ‘’youyous » d’encouragement. Par la suite, les manifestants se sont dispersés dans le calme. 


Cela n’a pas été le tsunami mais l’éveil d’une conscience citoyenne

par Kharroubi Habib

Des marches et des rassemblements contre le cinquième mandat ont eu lieu ce vendredi dans plusieurs villes du pays. L’objectivité oblige à reconnaître que le mouvement protestataire attendu n’a pas eu l’ampleur du «tsunami» anti-cinquième mandat qu’ont espéré les activistes lanceurs d’appel à manifester ce jour-là. Il a été cependant démonstratif que le rejet du cinquième mandat par les Algériens n’est pas qu’une chimère à laquelle ne s’accrocheraient que des politiciens aigris et impuissants. 

Si les Algériens n’ont pas répondu massivement aux appels à descendre dans la rue ce n’est pas qu’ils ne partagent pas l’indignation que suscite la reconduction d’un président au pouvoir depuis vingt ans et qui plus est désormais dans l’incapacité démontrée de gouverner. La réserve dont a montré la majorité d’entre eux leur a été dictée par la méfiance que leur ont inspirée les appels anonymes à manifester dont ils ont été arrosés à travers les réseaux sociaux. Même parmi ceux qui ont tenu à exprimer publiquement ce jour-là leur opposition au cinquième mandat nombre d’entre eux l’ont fait en se démarquant des activistes tapis dans l’ombre qui ont fixé une heure à manifester ce vendredi qui ne pouvait qu’être éclairante de leur filiation politique. Beaucoup de marches et de rassemblements ont en effet eu lieu la matinée et non après la prière du vendredi. Ce qui était façon pour les manifestants de démontrer qu’ils rejettent la récupération sans renoncer à manifester leur opposition au cinquième mandat. Qu’ils aient ou non répondu à l’appel à manifester, les Algériens font preuve en ces moments cruciaux que vit l’Algérie d’une maturité politique qui contrarie autant les desseins des tenants d’un cinquième mandat que de ceux qui tentent de se servir d’eux en tant que masse de manœuvre pour ressusciter la macabre situation dans laquelle il y a deux décennies ils ont plongé le pays avec l’espoir d’en finir avec la République. Bien que la protesta populaire n’a pas été aussi massive que redoutée par lui, le pouvoir sait que sa flamme peut se transformer en brasier s’il tente de l’éteindre par l’arbitraire et la répression. L’attitude des forces de l’ordre ce vendredi et la semaine écoulée face aux marches et rassemblements qui ont eu lieu a clairement démontré qu’il a pris acte qu’il serait suicidaire pour lui de faire usage de la force brutale pour les faire cesser. 

Ces manifestations ont clairement montré que la mobilisation citoyenne dans le calme et sans dérapages comme les atteintes aux biens publics et privés est à même de faire reculer l’arbitraire. Conscients que cette mobilisation citoyenne qui s’interdit de recourir à la violence est l’arme que redoutent et le pouvoir et les manipulateurs de l’ombre, les Algériens qui, répétons-le, sont en majorité contre le cinquième mandat vont être de plus en plus nombreux à descendre dans la rue pour faire prévaloir leur revendication d’un changement politique qui ne condamne pas l’Algérie au sinistre choix entre la peste et le choléra. 

Manifestations de vendredi: les premiers chiffres

 Au lendemain des manifestations de vendredi, quelques chiffres donnent un aperçu de ce qui s’est passé, à Alger et dans d’autres régions. Ainsi selon un communiqué de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), 41 personnes ont été interpellées « pour troubles à l’ordre public, actes de vandalisme, dégradation des biens, violence et voies de fait ». Selon des sources proches des services de sécurité,  la majorité des arrestations se sont déroulées à Alger (38 sur les 41). C’était surtout suite a quelques heurts enregistrés entre la police et des manifestants qui tentaient de rejoindre El Mouradia.Il est à noter également qu’aucun blessé, que ce soit du coté des manifestants ou des services de sécurité, n’a été enregistré ce vendredi.Concernant le nombre des manifestants,à l’heure où nous mettons en ligne, aucun chiffre officiel n’a été donné . Cependant, et selon des sources concordantes, environ 20.000 manifestants ont été recensés sur l’ensemble du territoire national, dont plus de 5.000 à Alger et 4.000 à Béjaïa.


5e mandat pour Bouteflika : Les télévisions regardaient ailleurs

Le silence médiatique des chaînes de télévision privées «offshore»  au sujet des manifestations hostiles au 5e mandat que brigue le président Bouteflika a suscité hier l’indignation de nombreux internautes algériens qui dénoncent un black-out médiatique.

Sur les réseaux sociaux, les Algériens dénoncent le black-out médiatique

«Depuis ce matin, aucune chaîne TV en Algérie n’a daigné couvrir et transmettre les images et les vidéos des manifestations pacifiques qui se déroulent depuis le matin dans tout le pays.

C’est une grande honte pour ces TV. Une très grave erreur professionnelle», a fustigé un internaute sur le réseau social Twitter. Les téléspectateurs reprochent aux chaînes de télévision privées notamment de faire l’impasse sur les grandes manifestations anti-Bouteflika. Mis à part une couverture minimaliste évoquant des manifestations contre le 5e mandat de Bouteflika sur leurs sites web, les chaînes de télévision privées ont carrément zappé ces manifestants qui se sont déroulées à travers plusieurs wilayas du pays. «Des chaînes TV qui se disent privées ne rapportent aucune info sur les marches contre le 5e mandat. Ignorez le peuple, il vous ignorera», a dénoncé un internaute, toujours sur Twitter.

Pourtant, ces mêmes chaînes de télévision privées, à leur tête Ennahar TV, accréditées par le ministère de la Communication, ont pour habitude de diffuser en direct moult événements, particulément les cérémonies officielles. «Sur Ennahar TV, ils passent un sujet sur Nancy Ajram qui fait la promotion de l’allaitement maternel. Win rah el moubachir ?» a fustigé un autre internaute.

Pour de nombreux Algériens, ces télévisions privées, propriétés d’hommes d’affaires proches du pouvoir, sont chargées de promouvoir plutôt l’image du régime en place. «Les TV privées comme beaucoup de partis politiques sont des auxiliaires du régime», a fustigé un autre internaute. Face à ce silence médiatique des télévisions privées, les algériens n’ont eu d’autre choix que se rabattre sur des médias électroniques et sur les réseaux sociaux pour s’informer.

Ce que la presse internationale a écrit sur les manifestations de ce vendredi

Marches contre 5e mandat
Les marches on été largement couvertes par les médias étrangers. PPAgency

Par R. Mahmoudi   La plupart des grands titres de la presse internationale ont consacré leur Une aux manifestations qui se sont déroulées vendredi en Algérie pour contester le cinquième mandat. S’appuyant globalement sur des dépêches de Reuters ou de l’AFP, ces journaux se sont focalisés sur la manifestation d’Alger, notant que c’est la première fois depuis 2002 qu’une marche y est tolérée.

Dans ses comptes rendus, la presse panarabe, à l’image du quotidien Al-Quds Al-Arabi, a mis en exergue l’«incapacité» des imams à dissuader les gens à rejoindre les marches, en relevant que dans certaines mosquées du pays, des fidèles n’ont pas attendu la fin du prêche pour sortir dans la rue. Pour compléter sa «couverture», Al-Quds Al-Arabi diffuse des vidéos amateurs puisées essentiellement dans les réseaux sociaux montrant des scènes diverses de ces marches.

De son côté, Al-Charq Al-Awsat relève, dans un compte rendu de son correspondant à Alger, que les forces de sécurité «n’ont empêché aucune marche, à l’exception de celle qui se dirigeait vers le Palais présidentiel. Ce qui laisse entendre que les autorités ont toléré les manifestations pour un objectif précis, voire, selon des observateurs, pour adresser un message à l’extérieur selon lequel l’Algérie vit un moment historique où des avis divergents sur l’élection présidentielle s’expriment librement».

Les chaînes de télévision Al-Arabiya et Al-Jazeera se sont contentées de reprendre des dépêches de certaines agences internationales, illustrées avec des photos amateurs des marches organisées dans la capitale, sans aucun commentaire.

Du côté de la presse française

Le Figaro parle de «milliers de personnes rassemblées dans plusieurs villes d’Algérie», répondant à «plusieurs appels anonymes» lancés sur les réseaux sociaux à manifester contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un 5e mandat présidentiel. «Pour de nombreux Algériens, c’est la candidature de trop», écrit l’auteur de l’article qui fait un focus sur l’intervention des forces de sécurité pour empêcher une marche qui se dirigeait vers le Palais présidentiel à Alger.

De son côté, Le Monde, reprenant une dépêche de l’AFP, a mis en relief un moment tendu de la manifestation d’Alger, où des manifestants ont décroché un grand portrait du président Bouteflika, qui a ensuite été lacéré, puis piétiné une fois à terre. Le quotidien du soir évoque dans son article des heurts entre les forces de l’ordre et des manifestants avec des échanges de gaz lacrymogènes et de jets de projectiles. «Les policiers ont procédé à quelques interpellations. En début de soirée, ils étaient parvenus à disperser les protestataires», note le journal.

Décrivant la même ambiance, l’hebdomadaire Le Point publie dans la même édition un compte rendu détaillé de la journée de vendredi, envoyé par son correspondant à Alger, appuyé par une «analyse» de l’éditorialiste Nicolas Baverez intitulé «Algérie, Venezuela de l’Afrique ?» «La réélection annoncée d’un Président invalide est à l’image d’un pays qui souffre d’immobilisme et de désenchantement», écrit l’éditorialiste du Point.

R. M.

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