Algérie / Mort de Kamel Eddine Fekhar : les réactions

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Kamel Eddine Fekhar

Le militant des droits de l’Homme Kamel Eddine Fekhar est décédé ce mardi à l’hôpital de Blida où il avait été transféré la veille en urgence alors qu’il était en détention provisoire depuis deux mois. Voici les principales réactions à l’annonce de son décès :

Amnesty International dénonce « une honte » pour l’Algérie

« Kameleddine n’aurait jamais dû être arrêté. Sa mort en détention exige des autorités algériennes qu’elles examinent leur traitement de Fekhar et leur bilan épouvantable en matière de droits humains. Les autorités doivent immédiatement ordonner une enquête effective, indépendante et impartiale sur les circonstances de son décès et traduire en justice toute personne soupçonnée d’avoir une responsabilité pénale dans cette affaire », a déclaré Najia Bounaim, directrice des campagnes pour l’Afrique du Nord.

« Les autorités algériennes doivent immédiatement revoir leurs politiques répressives et le traitement honteux réservé aux militants et aux manifestants dans le pays et laisser un espace à la liberté d’expression et au droit de manifester pacifiquement », a ajouté Amnesty. (Lire)

Ali Benflis, président de Talaie El Houriyet

« Les causes de son décès en prison doivent être portées à l’opinion publique en toute transparence », estime Benflis qui rend hommage et s’incline devant l’homme des convictions qui a consacré sa vie à la défense des libertés.

Me Mokrane Ait Larbi

« Le Dr Fakhar a été arrêté plusieurs fois pour des raisons politiques et des accusations préfabriquées sur instruction des autorités. Son tort est, à chaque fois, d’avoir défendu causes justes en lesquelles il avait une foi inébranlable jusqu’à la mort. Je l’ai connu pour sa défense des droits de l’homme, notamment de la liberté de religion. Avant cette affaire, le Dr Fakhar avait été arrêté avec ses collègues en raison des événements de Ghardaïa que le régime avait provoqués pour couvrir la corruption. Lorsque je lui avais rendu visite, il m’a dit, après avoir tenté de le convaincre d’arrêter la grève de la faim : « Je suis prêt à sacrifier ma vie pour les bonnes causes pour lesquelles je me bats ». Il n’a répondu à ma demande qu’après 108 jours de grève et le procès a eu lieu à Médéa. Le Dr Fakhar a de nouveau été arrêté et emprisonné en raison de ses déclarations et de ses écrits. Il a été laissé en prison, jusqu’à la mort, en dépit de son état de santé. Combien de temps encore les actions des responsables de cette tragédie resteront-elles impunies ? Je demande qu’une véritable enquête soit menée par un organe indépendant pour déterminer les responsabilités. J’adresse mes condoléances à sa famille et à ses amis. Le Dr Fakhar est décédé et son nom restera dans les mémoires de tous les militants en faveur des libertés publiques et des droits de l’homme ».

Sofiane Djilali, président de Jil Jadid 

« Le décès de Kamel Eddine Fekhar est un choc qui interpelle toutes les consciences algériennes. L’homme a été jeté en prison pour une simple opinion. « Nous vivons l’apartheid » avait-il dénoncé. Alors que le peuple sortait par millions dans les rues pour se débarrasser de ce système liberticide, la justice, cet instrument qui porte si mal le nom de cette vertu, s’est retournée contre lui comme un bouc émissaire car l’un des militants les plus actifs (…) ».

Ahmed Djedai (conseiller auprès du premier secrétaire FFS)

« L’assassinat dans les geôles du régime de ce militant infatigable des libertés et des droits humains vient nous rappeler les méthodes brutales d’un pouvoir sans foi ni loi. Je me joins à toutes celles et tous ceux qui condamnent avec la plus grande vigueur cet acte abject et demandent la vérité et la justice sur son assassinat qui vient s’ajouter à celui du journaliste Mohamed Talmat mort dans les mêmes conditions inhumaines. Comme je me joins à toutes celles et tous ceux qui réclament la libération de tous les détenus d’opinion. Ces actes ne resteront pas impunis ».

Yasmina Khadra, écrivain 

« Kamel Eddine Fekhar est mort en détention. Il ne fêtera pas l’Aïd avec ses enfants, ni avec ses proches ni avec ses amis. Il est mort parce qu’il voulait vivre libre, dans un pays libre et digne de ses martyrs (…) Dans un monde où il devient normal de mourir pour ses idées, finir au bout d’une interminable grève de la faim est un affront pour chaque jeûneur qui rompt l’épreuve du jour à l’heure du ftour. A croire qu’on n’a plus d’empathie, plus de responsabilité. Un homme s’interdit de se nourrir pour que nous puissions jouir pleinement de nos droits ne doit pas disparaître comme une volute de fumée, comme s’il n’avait jamais existé. Ce serait l’achever deux fois. Ce serait l’achever tous les jours et toutes les nuits. Ce serait renier nos valeurs et renoncer à nos rêves dans la même foulée (…) ».

Front des forces socialistes (FFS)

Le FFS a dénoncé ce mardi le décès du militant des droits de l’Homme Kamel Eddine Fekhar, exigeant que « toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce décès ». « Le FFS exige justice et vérité et que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce décès », affirme le parti. (Lire)

Rassemblement Action Jeunesse (RAJ)

RAJ) a appelé ce mardi les autorités à ouvrir une enquête « indépendante et transparente » afin de déterminer les circonstances de la mort de Fekhar. « Face à cette à cette mort tragique, le RAJ appelle à l’ouverture d’une d’enquête indépendante et transparente pour déterminer les circonstances de la mort de Kamel Eddine Fekhar, » affirme le RAJ. (Lire)

Saïd Sadi

Saïd Sadi a commenté ce mardi la mort du militant des droits de l’Homme Kamel Eddine Fekhar. Pour Sadi, le décès de Fekhar est « la conséquence d’une gestion inique et archaïque qui a déjà fait trop de victimes innocentes et qui ne manquera pas d’en faire encore si elle venait à se perpétuer ». (Lire)

Salah Dabouz, avocat de Fekhar

Pour l’avocat de Kamel Eddine Fekhar, la mort de ce dernier « était programmée. Quand je l’ai vu mercredi passé, il avait déjà commencé à perdre la mémoire mais il m’avait quand même reconnu. Il m’avait fait cette déclaration : ‘’on a programmé ma mort’’. » (Lire)

Parti des travailleurs (PT)

Le PT a estimé ce mardi que le décès de Kamel Eddine Fekhar en détention est incompréhensible et inacceptable », et fait porter l’entière responsabilité de cette tragique disparition aux pouvoirs publics car ils l’ont laissé mourir en prison alors qu’ils étaient régulièrement alertés ». (Lire)

Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD)

Le président du RCD Mohcine Belabbes a affirmé ce mardi Fekhar « est le deuxième détenu d’opinion, après Mohamed Tamalt, à être poussé à la mort en moins de 3 ans », s’interrogeant : « Combien de morts faudra-t-il encore enregistrer avant que les dirigeants de notre pays comprennent que les conflits politiques et les différences d’opinions ne se traitent pas par l’acharnement judiciaire, la répression et/ou la violence armée ? ». (Lire)

LADDH

La Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme a dénoncé le décès de Kamal Eddine Fekhar, et exigé « une enquête indépendante et impartiale pour déterminer les causes de son décès et les responsabilités quant aux défaillances relatives à la protection de la vie de Kamal Fekhar ». 


Lahouari Addi : Si la constitution était respectée le Dr Fekhar serait en vie !

Nous venons d’apprendre le décès tragique du Dr Kameleddine Fekhar, en prison. Pendant des années, Dr Fekhar a été harcelé par la police politique des généraux qui n’acceptent pas que les positions politiques du FFS s’enracinent en dehors de la Kabylie.

Ils veulent réduire la demande de la démocratie à une demande régionaliste. Kameleddine Fekhar a été assassiné par le régime des généraux, alors que le général Gaïd Salah parle du respect de la constitution… Si la constitution était respectée, Kamel Eddine Fekhar serait en vie. Kameleddine Fekhar a été assassiné parce que le Mzab est loin de la capitale où la presse nationale et étrangère est concentrée.

Les généraux sont des haggaras. Ils l’ont été et le seront toujours tant qu’ils dominent les ministères de souveraineté comme celui de la Justice. Kameleddine Fekhar est un martyr national de la démocratie.

Le vendredi prochain ses portraits seront brandis de Annaba à Maghnia et d’Alger à Tamanrasset.

Il faut exiger la libération de tous les militants de droits de l’homme arrêtés arbitrairement, à Mascara et à Ghardaia, notamment Baba Ahmed Nedjar condamné à perpétuité pour un crime qu’il n’a pas commis. Il est en prison à vie pour avoir adhéré au FFS  !

Yetnahaw ga3 pour qu’enfin la justice soit respectée dans ce pays.

Repose en paix Kameleddine, tu ne seras pas mort pour rien.AuteurLahouari Addi


Mort de Fekhar : le ministère de la Justice ouvre une enquête


Algérie / décès en prison d’un militant des droits de l’homme en grève de la faim

Algerie : décès en prison d'un militant des droits de l'homme en grève de la faim

Un militant algérien des droits humains et de la cause mozabite, une minorité berbérophone d’Algérie, est décédé mardi en détention provisoire, a annoncé son avocat qui a dénoncé un “acharnement” de la justice et une “mort programmée”.

Libéré en juillet 2017, après avoir purgé deux ans de prison, notamment pour “atteinte à la sûreté de l’Etat” et “trouble à l’ordre public”, Kamel Eddine Fekhar avait été à nouveau arrêté et placé le 31 mars en détention préventive à Ghardaïa, à environ 480 km au sud d’Alger, pour “atteintes aux institutions”.

“Je confirme la mort ce matin de Kamel Eddine Fekhar, à l’hôpital de Blida”, à une quarantaine de km au sud d’Alger, où il avait été transféré “dans un état comateux”, a déclaré à l’AFP Me Salah Dabouz, avocat du défunt qui était en grève de la faim depuis son incarcération.

Dans une vidéo postée sur son compte Facebook, Me Dabouz dénonce “cet acharnement et cette mort programmée, prévue par les autorités judiciaires de Ghardaïa” qui ont mis M. Fekhar “en détention pour un dossier vide”.

“J’ai tiré la sonnette d’alarme, ça fait trois semaines que Kamel Eddine était détenu dans des conditions inhumaines au pavillon carcéral de l’hôpital de Ghardaïa; rien n’a été fait”, a poursuivi Me Dabouz.

Me Dabouz est lui-même inculpé depuis début avril de 14 chefs d’infraction – dont incitation à la haine ou la discrimination, atteinte à l’intégrité du territoire national, tentative de pression sur les juges – liées, selon lui, à ses critiques publiques des actions de la justice de Ghardaïa contre les militants mozabites.

Appels à ouvrir une enquête

Médecin, Fekhar fait partie des militants arrêtés après des violences communautaires dont la région du M’zab (dont Ghardaïa est la principale ville) a été le théâtre en 2015 entre Mozabites, des Berbères de rite ibadite, un courant minoritaire de l’islam, et Chaâmbas, des Arabes de rite malékite.

Me Dabouz a annoncé qu’il allait déposer plainte pour “non assistance à personne en danger”, accusant les magistrats “qui ont ordonné la détention de Kamel Eddine Fekhar” et “l’ont laissé mourir en prison”, et le personnel de l’hôpital de Ghardaïa “qui l’ont très mal traité”.

Il a indiqué tenir pour “responsables les autorités (algériennes) de l’intégrité physique des autres détenus” et demandé “à ce que tous les dossiers des Mozabites (…) soient transférés vers une autre juridiction”.

La mort de Fekhar a suscité des appels à l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de son décès.

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH) a réclamé “la vérité au sujet du décès” en détention de Kamel Eddine Fekhar qualifié de “prisonnier d’opinion” et exigé “que justice soit faite”.

Le Front des forces socialistes (FFS), plus ancien parti d’opposition en Algérie, a demandé que “toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce décès” qui “survient après plusieurs semaines de détention abusive et arbitraire dans des conditions insoutenables et inhumaines”. Le parti a également exigé “la libération immédiate des autres détenus d’opinion”.

Organisation citoyenne, le Rassemblement Action Jeunesse (RAJ) a demandé “l’ouverture d’une d’enquête indépendante et transparente pour déterminer les circonstances de la mort de Kamel Eddine Fekhar”.

En décembre 2016, un journaliste algérien, Mohamed Tamalt, est décédé après trois mois de grève de la faim en prison, où il purgeait une peine de deux ans pour “offense au président de la République”.

AFP


28.05.2019

La mort de Kamel-Eddine Fekhar risque d’enflammer le M’zab à nouveau

décès Fekhar
Manifestations après la mort de Kamel-Eddine Fekhar à Alger.

Par Houari A. – Les réactions au décès de l’activiste Kamel-Eddine Fekhar en prison suite à une grève de la faim ne se sont pas fait attendre. A Ghardaïa, des citoyens ont manifesté pour réclamer la vérité sur les circonstances de la mort de cet ancien militant du FFS.

Cette mort tragique de cet autonomiste proche des thèses du MAK de Ferhat Mehenni, risque d’enflammer le M’zab à nouveau après que cette région eut connu une dangereuse période d’instabilité suite aux affrontements intercommunautaires qui avaient fait plusieurs morts. L’Etat avait dû déployer des moyens colossaux pour rétablir le calme.

Les manifestants qui sont sortis à Ghardaïa hier soir ont scandé des slogans hostiles au pouvoir. Les mêmes qu’on a l’habitude d’entendre en Kabylie, «Pouvoir assassin !», et des appels au wali pour quitter la wilaya : «Le wali, dégage !», une façon pour les protestataires de signifier leur non-reconnaissance de l’autorité de l’Etat dont ils réclament le départ. Les manifestants brandissaient le drapeau berbère.

Kamel-Eddine Fekhar avait été incarcéré pour «complot contre la sécurité de l’Etat». Il avait entamé une grève de la faim. La dégradation de son état de santé avait obligé les autorités pénitentiaires à l’admettre à l’hôpital de Ghardaïa avant d’être transféré à Blida où il a rendu l’âme. Sa mort dans ces circonstances dramatiques et dans ce contexte, marqué par les manifestations à travers tout le pays depuis le 22 février dernier, sera-t-elle l’étincelle que beaucoup d’agitateurs espéraient pour faire dévier le hirak de son caractère pacifique ?

La mort de cet activiste met, en tout cas, les autorités dans une situation délicate. L’ouverture d’une enquête pour déterminer les responsabilités dans ce drame ne suffira certainement pas à calmer la colère des citoyens de Ghardaïa qui participaient déjà massivement aux manifestations de vendredi pour réclamer le changement radical du système.

Un nouveau bras de fer s’annonce au moment où les autorités militaires peinent déjà à trouver une issue à la crise politique qui va en s’enlisant.

H. A.


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