Notre Algérie est malade économiquement et politiquement : Le pouvoir et le peuple doivent œuvrer ensemble pour la sauver

The purpose of a government is to enable the people of a nation to live in safety and happiness. Government exists for the interests of the governed, not for the governors » (Thomas Jefferson, Third President of the USA).
The Constitution is not a document for the government to restrain the people: it is an instrument for the people to restrain the government” (Patrick Henry, former governor of Virginia State).

Par Arezki Ighemat *

La plupart des experts nationaux et des « think tanks » internationaux sont unanimes pour dire que l’Algérie est économiquement et politiquement malade, sérieusement malade. Et ce diagnostic ne date pas d’aujourd’hui. Il a ses sources profondes dans les politiques économiques et les modes de gouvernance adoptés depuis l’indépendance. Chaque politique, chaque gouvernement, chaque époque depuis 1962 a contribué, chacun à sa manière, à provoquer et/ou à aggraver sa maladie. L’un des premiers pics de cette maladie a été l’explosion populaire du 5 octobre 1988 qui a eu les conséquences que l’on connaît (des centaines de morts et de blessés) et les « solutions » que l’on connaît (les « réformes éphémères » des années 1989-90). Le second pic —plus grave encore —a été la guerre civile des années de la « Décennie Noire » (1991-2002) avec les conséquences que l’on connaît : près de 200 000 morts, un million de personnes déplacées, des dizaines de milliers d’exilés et plus de 20 milliards de dollars de dégâts. Le troisième pic est le soulèvement populaire du « hirak » du 22 février 2019, qui a duré jusqu’au 20 mars 2020, qui a connu une trêve pendant l’année 2020 en raison de l’irruption de la pandémie du Covid-19, qui a repris de plus belle le 22 février 2021, jour anniversaire du hirak, et qui se poursuit encore à ce jour.

Ce dernier mouvement, qui porte aussi le nom de « Révolution du Sourire » en raison de son caractère pacifique, a eu pour conséquence principale la démission du Président Bouteflika et la mise en accusation d’un certain nombre de membres influents de son gouvernement. Depuis cette date, le peuple est dans la rue et le « Pouvoir » — c’est le nom que les Algériens donnent au gouvernement et à ses « alliances » —est perché sur ses « hauteurs », le premier n’arrêtant pas, tous les mardi et vendredi, de scander « Yetnahaw Ga3 » (ils doivent tous partir) ou encore « Achaab yourid Iskat Enidham » (le peuple veut la chute du système), le second répondant par la répression, l’arrestation et l’emprisonnement des protestataires et des journalistes couvrant le hirak, comme s’ils étaient des « ennemis ». Pourtant, la réalité est que le Pouvoir a besoin du peuple comme force de proposition et d’application de ses politiques et le peuple a besoin d’un Pouvoir stable et respectueux de sa volonté. Cette unité entre le Pouvoir et le Peuple est la clef des problèmes que connaît le pays aujourd’hui. Comment cette unité « naturelle » peut-elle être réalisée, c’est la question à laquelle nous répondrons plus loin dans cet article. Auparavant, il nous faut parler de la maladie de l’Algérie au double plan économique et politique. Pour cela, nous analyserons successivement les indicateurs économiques et les indicateurs politiques de cette maladie.

Economiquement : les indicateurs de cette maladie
Comme nous l’avons dit, cette maladie ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte à l’époque (1962-1970) où l’Algérie a décidé de faire de son secteur énergétique—pétrole et gaz—le moteur de son développement. Depuis cette époque, l’économie algérienne dépend presque exclusivement des quantités et des prix d’exportation de ces deux ressources. Le résultat est que les hydrocarbures représentent aujourd’hui, comme dans les années d’indépendance, environ 95% des recettes du pays. Pour mesurer le pouls de l’économie algérienne aujourd’hui, nous allons d’abord brosser un tableau synthétique des principaux agrégats macroéconomiques. Nous verrons ensuite comment l’Algérie est perçue et classée sur la base de certains indicateurs (ou indices) établis par certaines organisations et instituts internationaux.
Commençons par les agrégats macroéconomiques. Le tableau#1 suivant indique l’évolution des principaux agrégats économiques algériens au cours des quatre dernières années :

Tableau#1 : Evolution des agrégats économiques en Algérie (2018-2021)

Source : compilé par A. Ighemat sur la base de 3 sources : (1) BNP Paribas Group Economic Research Estimates, 2020 ; (2) Coface, 2021 ; (3) Investment Climate Statements, Algeria, US Dpt of State, 2020.

Le tableau#1 montre que, globalement, la situation économique de l’Algérie s’est détériorée substantiellement, en partie en raison de la pandémie de Covid-19, en partie en raison de la chute des prix du pétrole de mars 2020, mais surtout en raison de la mal-gouvernance de l’économie depuis plusieurs décennies. La croissance économique, qui était déjà faible en 2018 (1,5%), a atteint un taux négatif de (-)6,5% en 2020. Si les estimations pour 2021 sont plus optimistes (2 à 3 %), la croissance est loin d’atteindre le taux de 5-6% des années 1970-90. Le résultat de cette chute drastique de la croissance économique est une dégradation du niveau de vie comme le montre la baisse du PNB par habitant, qui est passé de 4 080 dollars en 2018 (et qui était encore plus élevé en 2013 : 5 477) à seulement 3 331 dollars en 2020. La balance budgétaire s’est aussi détériorée, passant d’un déficit de -8,1% du PNB en 2018 à -13,5% en 2020.

La balance du compte courant a connu la même évolution, passant d’un déficit de (-9,4%) du PNB à (-13%) en 2020. Toujours sur le plan financier, les réserves de change ont baissé de moitié entre 2018 (80 milliards de $) et 2020 (42 milliards de $) et sont prévues de baisser encore plus en 2021 (25 milliards de $). Ces réserves, qui permettaient à l’Algérie d’importer pendant 16 mois environ en 2018 ne permettraient que 5 mois d’importation en 2021. Le taux de change a, lui aussi chuté de façon vertigineuse : si 1 dollar valait seulement 119 DA en 2018, en 2021 il faut donner 130,5 DA pour 1 dollar. L’inflation a également connu un rebond : après avoir chuté à environ 2% en 2019, elle est remontée pour atteindre le niveau de 2018, soit 4%. La dette publique a, de son côté, augmenté, passant de 43,3 milliards de $ en 2018 à 57,2 milliards de $ en 2020 et est prévue d’atteindre 66,6 milliards en 2021. Sur le plan social, la situation n’est pas moins alarmante.

Le taux de chômage a augmenté, passant de 12% en 2019 à 16,5% en 2020. La réalité sur le terrain est sans aucun doute plus inquiétante, puisque, selon certaines sources, ce taux atteindrait les 30%. Il est donc clair, au vu de ces chiffres, que l’économie algérienne est dans une véritable récession. Ceci est confirmé par les indicateurs établis par certaines organisations et instituts nationaux et internationaux.
Le premier indicateur international que nous examinerons est ce qu’on appelle « Ease of Doing Business » (aisance à faire des affaires) (EDB). Cet indice, qui couvre 190 pays, mesure la facilité/difficulté à entreprendre une affaire en Algérie. En particulier, cet indice mesure la facilité à (1) démarrer une affaire, (2) obtenir un permis de construire, (3) avoir la connexion électrique, (4) enregistrer un acte de propriété, (5) obtenir un crédit, (6) payer les impôts, (7) importer et exporter, et (8) résoudre les conflits commerciaux.
Le tableau#2 indique l’EDB en Algérie par comparaison avec ses voisins maghrébins. Les scores sont de 0 à 100, indiquant que, plus élevé est le score, moins bon est le climat des affaires) ;

Tableau#2 : Ease of Doing Business Index (2020)

Source : tableau élaboré par A. Ighemat

Les chiffres du tableau#2 montrent, on ne peut plus clairement, que le climat des affaires est relativement meilleur dans les pays voisins qu’en Algérie. Ceci est confirmé par les tracasseries bureaucratiques par lesquelles les investisseurs nationaux et étrangers doivent passer pour pouvoir créer une activité économique en Algérie. Le second indice international que nous analyserons est appelé « Index of Economic Freedom » (indice de liberté économique) (IEF). Cet indice, établi par The Heritage Foundation et The Wall Street Journal, mesure le degré de liberté économique dans 117 pays. Les scores sont de 0 à 100. L’indice mesure la liberté dans 12 domaines comme, entre autres : le système légal et la sécurité du droit de propriété, les transferts de monnaie, le commerce international, les impôts, etc. Selon leurs scores, les pays sont classés en 6 catégories : « Free » (80—à 100) ; « mostly free » (70 à 79,90 ; « moderately free » (65 à 69,9) ; « mostly unfree » (55 à 59,9) ; « moderately unfree » (50 à 54,9) ; « repressed » (0 à 49,9).

Le tableau#3 suivant donne les scores pour l’Algérie et ses voisins :

Source : tableau élaboré par A. Ighemat

Il est évident, sur la base des chiffres du tableau#3, que la liberté économique en Algérie est plus restreinte que dans les autres pays maghrébins. Au sein des 6 catégories considérées par l’IEF, l’Algérie est classée dans le groupe des « repressed » (pays où la liberté est réprimée). Comme dans le cadre de l’EDB, cette classification est justifiée lorsqu’on regarde, encore une fois, les contraintes rencontrées par les nationaux et les étrangers qui opèrent en Algérie. Le troisième indice international qui donne une indication du dynamisme d’une économie est le « Global Entrepreneurship and Development Index » (Indice Global d’Entrepreneuriat et de Développement (GEDI). Le GEDI mesure l’esprit d’entreprise et son rôle dans le développement économique de 137 pays. Il a été élaboré par le « Global Entrepreneurship and Development Institute basé aux Etats-Unis. Il mesure en particulier trois éléments : les attitudes entrepreneuriales, les capacités entrepreneuriales, et les aspirations entrepreneuriales. Les scores vont de 0 à 100, indiquant que, plus élevé est le score, plus grand est le niveau d’entrepreneurship dans le pays.
Le tableau#4 donne le GEDI en Algérie et ses voisins maghrébins :

Source : tableau élaboré par A. Ighemat

Le tableau#4 montre que les pays voisins de l’Algérie sont relativement plus « entreprenants » que l’Algérie. Ceci est confirmé par le fait qu’en Algérie, le seul secteur réellement existant (et qui ne fonctionne pas efficacement) est le secteur public, le secteur privé étant réduit comme une peau de chagrin et le peu d’entreprises privées existantes ont des difficultés gigantesques à fonctionner et encore plus à investir. Le quatrième indicateur international qui permet de mesurer le dynamisme d’un pays est le « Global Competitiveness Index » (Indice Global de Compétitivité (GCI). Couvrant 141 pays, le GCI mesure la compétitivité dans le domaine économique. Le tableau#5 donne les scores du GCI pour l’Algérie et les pays voisins :

Tableau#5: Global Competitiveness Index (GCI,2019)

Source : tableau élaboré par A. Ighemat

Il est évident, au vu du tableau#5, que la compétitivité de l’Algérie par rapport à ses voisins est relativement faible. La preuve de cela est que les entreprises algériennes, notamment les entreprises privées, éprouvent d’énormes difficultés à exporter leurs produits, et cela en raison de tous les obstacles financiers et administratifs qu’elles rencontrent. A travers tous les agrégats et indicateurs examinés ci-dessus, on voit bien que l’Algérie est malade économiquement et que rien n’indique que les choses iront mieux dans les mois ou années à venir. Mais l’Algérie est également malade politiquement, et c’est ce point que nous analyserons maintenant.

Politiquement : les indicateurs de cette maladie
La maladie de l’Algérie sur le plan politique est encore plus ancienne que sa maladie économique. Si cette dernière date des années qui suivent l’indépendance, le mal politique remonte à la période de la lutte armée pour l’indépendance, voire même avant. Mais, comme pour la maladie économique, la maladie politique s’est aggravée depuis les années 1990 et plus encore dans les années 2000. Les symptômes de cette maladie sont nombreux et leur gravité est plus ou moins grande selon les époques. Les principaux symptômes—appelés communément « crises »–sont : le soulèvement du 5 octobre 1988 avec toutes les conséquences humaines et matérielles évoquées en introduction à cet article ; la révolte du 18 avril 2001, appelée aussi « Printemps Noir », qui a fait 126 morts selon certaines sources et près de 200 morts selon d’autres, ainsi qu’autour de 5 000 blessés ; le « hirak » du 22 février 2019 (appelé « Hirak 1 ») et celui du 22 février 2021 (« Hirak 2 « ) dont la caractéristique particulière, par rapport aux précédents soulèvements, est d’être foncièrement pacifique. Les résultats atteints par ce dernier mouvement—qui continue à ce jour tous les mardi et vendredi—ont été la chute du Président Bouteflika et la mise en accusation de plusieurs membres de haut calibre de son gouvernement dont les ex-Premiers ministres Sellal et Ouyahia, les oligarques Ali Haddad et les frères Kouninef, les généraux des Services de Sécurité Tertag et Tewfik. Cependant, face au pacifisme des protestataires, le gouvernement a fait montre d’une répression musclée qui a entrainé l’arrestation et l’emprisonnement de dizaines de militants et de journalistes accusés de « atteinte à l’unité et/ou sécurité de l’Etat ». Cette instabilité politique est aussi reflétée dans certains indicateurs élaborés par certaines organisations internationales.

Ces indicateurs étant nombreux et variés, nous n’analyserons que cinq d’entre eux qui donnent une idée du niveau de stabilité/instabilité existant dans un pays. Ces indicateurs sont : (1) “Political Stability Index” ; (2) “Political Rights Index”; (3) “Freedom of the Press Index”; (4) “Corruption and Perceptions Index; (5) Democracy Index”.
Le premier indice est le “Political Stability Index » (Indice de Stabilité Politique) (PSI). Cet indice classe 195 pays entre (-2,5 : faible stabilité) et (+2,5 : forte stabilité). Il mesure l’éventualité qu’un gouvernement soit déstabilisé ou renversé par la violence politique ou par le terrorisme. Il combine plusieurs sous-indices élaborés par « The Economist Intelligence Unit » (EIU), « The World Economic Forum ») (WEF), et le « Political Risk Services » ainsi que d’autres organismes. Le PSI pour l’Algérie et les pays voisins est donné dans le tableau#6 :

Tableau#6 : Political Stability Index (PSI, 2020)

Source : tableau élaboré par A. Ighemat

Le tableau#6 montre, incontestablement, que l’Algérie est plus proche de l’instabilité politique que ses voisins. Le hirak de 2019 et celui qui se poursuit depuis le 22 février 2021, en dépit de son caractère pacifique, ne manquera pas d’ajouter à l’instabilité qui dure déjà depuis des décennies. A cela, il faut ajouter la menace créée par la situation aux frontières, notamment celle qui prévaut en Libye, et les tensions algéro-marocaines, anciennes, mais renouvelées depuis l’accord Maroc-Israël du 10 décembre 2020 sous les auspices de Donald Trump.
Le second indicateur du malaise politique qui ronge l’Algérie est le « Political Rights Index » (L’Indice des Droits Politiques) (PRI). Cet indice mesure le degré de reconnaissance par le gouvernement des droits politiques des citoyens. Il part de 0 (pas de respect des droits politiques) à 40 (respect satisfaisant des droits politiques). Le tableau#7 donne les scores du PRI pour l’Algérie et les pays voisins :

Tableau#7 : Political Rights Index (PRI, 2020)

Source : tableau élaboré par A. Ighemat

Le tableau#7 indique clairement que, en matière de reconnaissance des droits politiques, l’Algérie est le pays qui respecte le moins les droits politiques des citoyens (droit d’association, droit de créer un parti politique, droit de protester, etc). Par contre, la Tunisie est, selon le même tableau, le pays qui respecte le plus les droits politiques de ses citoyens.
Le troisième indicateur de l’instabilité politique est le « Freedom of the Press Index » (L’Indice de Liberté de Presse) (FPI).
Le FPI classe 180 pays selon le niveau de liberté dont jouissent les journalistes et les médias en général. Il est basé sur une évaluation du degré de pluralisme de la presse, de son degré d’indépendance, de la qualité des lois sur la liberté de presse, la sécurité des journalistes, etc. L’indice mesure, en d’autres termes, les contraintes et les violations perpétrées contre les journalistes. Le score va de 0 (totale liberté de la presse) à 100 (absence totale de liberté de presse). Le tableau#8 montre le FPI pour l’Algérie et les pays voisins :

                  Tableau#8: Freedom of the Press Index (PRI, 2020)

Source : tableau élaboré par A. Ighemat

On voit bien, au tableau#8, que l’Algérie est, encore une fois, derrière ses deux voisins pour ce qui est de la liberté de presse. La Tunisie semble être le pays maghrébin qui accorde le plus de liberté aux médias. Le score de l’Algérie est confirmé par le nombre d’arrestations de journalistes effectués par le gouvernement, notamment pendant les hirak#1 et hirak#2, et cela en dépit du fait que la Constitution leur reconnaît ce droit et en dépit aussi du fait que les protestations des journalistes aient un caractère pacifique.
Le quatrième indicateur de l’instabilité d’un régime politique est le « Corruption Perception Index » (L’Indice de Perception de la Corruption) (CPI). Le CPI mesure les perceptions du niveau de corruption dans le secteur public dans 180 pays. Il va de 0 (haut niveau de corruption) à 100 (faible niveau de corruption). Cet indice, élaboré par « Transparency International », est indiqué dans le tableau#9 pour l’Algérie et les pays voisins :

Tableau#9 : Corruption Perceptions Index (CPI, 2021)

Source : tableau élaboré par A. Ighemat
Le tableau#9 montre que les perceptions de corruption en Algérie sont plus grandes que dans celles de ses voisins, la Tunisie étant le pays le moins corrompu des trois. Cette perception est confirmée par les accusations de corruption prononcées en 2019 contre de hauts dignitaires du régime Bouteflika dont certains noms ont été évoqués ci-dessus.
Le cinquième indicateur de la maladie politique qui ronge le pays est le « Democracy Index » (l’Indice de Démocratie) (DI). Elaboré par « The Economist Intelligence Unit » (EIU), le DI mesure le niveau de démocratisation dans 167 pays classés en 4 catégories résumées dans le tableau#10 :

Tableau#10 : Catégories de pays selon le niveau démocratique (2020)

Source : tableau élaboré par A. Ighemat
(base : EIU, 2021)

Les scores de l’Indice de Démocratie pour l’Algérie et les pays voisins sont donnés dans le tableau#11:

Tableau#11 : Democracy Index (DI, 2020)

Source : tableau élaboré par A. Ighemat

Le tableau#11 montre clairement que l’Algérie est le moins démocratique des pays du Maghreb et est classé carrément dans la catégorie des « autoritaires ». Ce diagnostic est confirmé par la fréquence des fraudes électorales, les atteintes aux libertés individuelles et collectives ainsi que nous l’avons évoqué précédemment, l’absence d’un pluralisme politique réel et de participation de la population dans les décisions et choix politiques.

Conclusion
Au vu de l’analyse précédente, il est clair que l’Algérie est malade économiquement et politiquement. Chaque gouvernement qui arrive au pouvoir promet de trouver un remède à cette double maladie. Aucun, jusqu’à présent, n’a pu faire que ces crises récurrentes au double plan économique et politique arrêtent de se produire et d’avoir les effets néfastes sur la vie de la population. De l’autre côté, le peuple n’a pas réussi—avec tous les soulèvements et protestations engagés depuis 1988—à faire bouger les curseurs économique et politique dans la bonne direction. Même le hirak, avec sa participation massive durable et son caractère éminemment pacifique, n’a pas réussi à obtenir le changement de « Système » qu’il réclame tous les mardi et vendredi via ses slogans écrits et parlés. Il est par conséquent temps, voire urgent, que les deux mains—celle de l’élite au pouvoir et celle du peuple—se joignent et préparent « ensemble » une plateforme économique et politique qui remette le pays sur les rails d’une croissance économique durable et d’une stabilité politique qui mette fin à la guéguerre qui dure depuis trop longtemps entre les gouvernants et la société civile.

Pour que cela puisse être possible, il faut que le gouvernement renonce, une fois pour toutes, à considérer qu’il est le seul détenteur de la vérité économique et politique et qu’il propose au peuple—cristallisé dans le hirak, qu’il qualifie de « béni par ailleurs—un projet de plateforme contenant une série de réformes tenant compte de ses revendications et aspirations économiques et politiques. Le hirak doit, de son côté, abandonner son attitude de refus catégorique de se mettre à table avec le gouvernement pour débattre de cette plateforme et sortir le pays du marasme économique et de l’impasse politique dans lequel il est plongé. Il faudrait, en d’autres termes, appliquer le proverbe populaire algérien « Yed wahda matsefek » (une seule main ne peut pas applaudir).

Croire, en effet, comme on l’a prétendu jusqu’à maintenant, que le gouvernement seul, ou le peuple seul, peut sortir l’Algérie de son état léthargique actuel sur le plan économique et politique est une chimère. Comme nous le suggérons, c’est au gouvernement de tendre la main au hirak et de lui montrer qu’il est disposé à accepter sa participation à l’élaboration de cette plateforme économique et politique. Car, comme le souligne Thomas Jefferson dans l’épigraphe indiquée au début de l’article : « The purpose of a government is to enable the people of a nation to live in safety and happiness” (le but d’un gouvernement est de permettre au peuple d’une nation de vivre en sécurité et dans le bonheur ». Jefferson ajoute : « Government exists for the interests of the governed, not for the governors” (le gouvernement existe pour réaliser les intérêts des gouvernés, non des gouvernants). Sans cette volonté politique du côté du gouvernement, mais aussi du côté du peuple, le pays pourrait sombrer dans un coma duquel il aurait du mal à en sortir.


* Ph.D en économie Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)


 

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