Le Bloc québécois veut débattre de la monarchie

Yves-François Blanchet appelle à une réflexion quant à l’«assujettissement à un pouvoir que les Québécois, comme peuple, n’ont jamais choisi». Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne 

Le Bloc québécois souhaite relancer le débat sur l’appartenance du Canada, et surtout du Québec, à la monarchie britannique. Les premiers jours de deuil passés, à la suite du décès de la reine Élisabeth II, le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, appelle à une réflexion quant à l’« assujettissement à un pouvoir que les Québécois, comme peuple, n’ont jamais choisi ».

Dans une lettre ouverte publiée sur les plateformes numériques du Devoir, M. Blanchet salue le rôle « immense » et « sensationnel » de la défunte reine dans l’histoire. Ce qui ne doit pas, toutefois, « occulter le devoir de nous questionner » sur l’institution « de droit divin » qui a été depuis éclipsée par « d’autres, démocratiques et voulant séparer l’État de l’Église », écrit le chef bloquiste.

M. Blanchet évoque la laïcité du Québec et du Canada, le souverain britannique et chef d’État du Canada étant aussi le chef de l’Église anglicane. Une dichotomie qu’il qualifie d’« étonnant[e] ». Il cite en outre un sondage Léger datant de janvier 2021, dans la foulée de la démission de la gouverneure générale Julie Payette, accusée d’avoir entretenu un climat toxique à Rideau Hall, qui indiquait que 74 % des Québécois voudraient l’abolition de la monarchie.

La Constitution canadienne protège cependant le pouvoir exécutif de la couronne britannique. Et pour s’en affranchir, il faudrait que les provinces y consentent à l’unanimité, rappelle Philippe Lagassé, professeur à l’Université Carleton et expert du système parlementaire de Westminster. Or, les provinces ne seraient sûrement pas toutes d’accord, prédit-il, et les communautés autochtones ne sont pas toutes du même avis non plus, note-t-il.

Le chef bloquiste rejette « l’argument de droit » et réitère que le Québec n’a pas adhéré à la Constitution il y a quarante ans. « Peut-être ne doit-on que davantage envisager notre indépendance afin d’obtenir, à cet égard aussi, ce qui est souhaitable et souhaité », argue M. Blanchet.

Plus compliqué qu’ailleurs

Le débat sur la monarchie sera assurément relancé dans divers pays du Commonwealth. Mais le professeur Lagassé expliquait, en entrevue à la suite du décès de la reine Élisabeth II la semaine dernière, que leur Constitution permet plus facilement de couper les ponts avec la couronne britannique.

Certains pays des Caraïbes n’ont qu’à modifier une seule loi. Les processus de modifications constitutionnelles de l’Australie sont aussi beaucoup plus simples.

On ne peut donc transposer la simplicité de leurs débats et de leurs décisions au Canada.

« Ici, il faut une modification à la Constitution qui est quasiment impossible », notait M. Lagassé récemment. « Cela complique énormément les choses. »


Marie Vastel à Ottawa

Correspondante parlementaire


 

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