Burkina: une manifestation contre la présence française dispersée

in Ouagadougou, on July 3, 2021. (Photo by OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)

      par R.N.

La police a dispersé vendredi à coups de gaz lacrymogènes des manifestants qui tentaient de se rassembler à Ouagadougou pour protester contre la présence de la France au Burkina Faso, a constaté un journaliste de l’AFP. Rassemblés par petits groupes au rond-point des Nations unies, au cœur de Ouagadougou, les manifestants dont certains brandissant des drapeaux russes, ont tenté de marcher en direction de l’ambassade de France, avant d’être dispersés par la police.

C’est la deuxième fois en quelques semaines que des personnes, à l’appel d’une nouvelle coalition d’organisations rassemblées au sein du M30 Naaba Wobgo, du nom d’un ancien empereur mossi qui s’était opposé à la France au XIXè siècle, manifestent pour «la rupture de tous les accords de coopération militaire et économique» et «la fin de l’expertise technique internationale». «La manifestation a été rapidement maîtrisée. Plusieurs personnes ont été arrêtées et des engins saisis», a indiqué une source policière. «Nous dénonçons les accords de partenariat économique, l’installation des détachements et des bases militaires sur le continent» africain et «exigeons le départ de la base militaire de Kamboissin (nord-ouest de Ouagadougou)», avait déclaré Monique Yeli Kam, présidente du mouvement, lors de son lancement.



              La France est-elle en train de perdre du terrain en Afrique ?

La décision du Gabon et du Togo de rejoindre le Commonwealth semble être un coup porté à la France – mais l’est-ce vraiment ?
   PAR PETER FABRICIUS

À première vue, la France perd du terrain en Afrique. Elle a été contrainte de quitter le Mali et ne semble plus jouir du même soutien dans les autres pays du Sahel. De plus, la semaine dernière, deux membres de la Francophonie, à savoir le Gabon et le Togo, ont rejoint le Commonwealth lors du sommet biennal de l’organisation, à Kigali.

Ces deux pays sont les premières anciennes colonies françaises sans lien avec le Royaume-Uni à rejoindre le Commonwealth, composés principalement de 54 membres anglophones qui sont en majorité des anciennes colonies britanniques. Plus récemment, d’autres pays sans lien historique avec le Royaume-Uni, tels que le Mozambique en 1995 et le Rwanda en 2009, y ont également été admis.

Certains l’ont interprété comme un revers pour Paris. Pour le politologue togolais Mohamed Madi Djabakate, cette décision serait bien accueillie dans son pays car l’influence française au Togo est souvent critiquée pour les déboires économiques qu’elle aurait entraînés. « Le Togo a rejoint le Commonwealth qui, pour beaucoup, est préférable au partage de la langue et de la culture française qui, au final, ne fait pas la promotion du développement », at-il déclaré à l’Agence France-Presse (AFP ).

Le lieu même où s’est déroulé le sommet pendant lequel le Gabon et le Togo ont été admis au Commonwealth a alimenté l’opinion que la France avait essuyé une rebuffade. Le Rwanda a rejoint le Commonwealth en 2009 à l’apogée des tensions concernant le rôle de la France dans le génocide rwandais de 1994 et, semble-t-il, en réaction à ces relations difficiles. Lors, le Rwanda est devenu un pays anglophone, faisant depuis l’anglais la deuxième langue enseignée à l’école à la place du français et, de manière plus générale, s’orientant vers le monde anglophone.

On croirait que Paris serait consterné par la décision du Togo et du Gabon, mais Fonteh Akum, directeur exécutif de l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Pretoria, pense autrement. Il estime que se demander si c’est un revers pour la France, c’est supprimer le rôle de l’Afrique dans sa politique étrangère.

En effet, selon lui, le Togo et le Gabon étaient plus motivés par les avantages culturels et matériels qu’offrait l’adhésion au Commonwealth plutôt que par le désir de snober la France. Le commerce en travail parti. La domination mondiale de l’anglais comme langue d’affaires serait un deuxième élément important — rejoindre le Commonwealth les travaillerait dans cette direction.

Enfin, une troisième donnée à considérer serait leur volonté de diversifier leurs engagements au-delà de la Francophonie, qui est l’équivalent français du Commonwealth, avec à peu près le même nombre de membres. Akum ajoute que le Brexit aurait donné un nouvel élan au désir de pays comme le Gabon et le Togo de rejoindre le Commonwealth. Grâce au Brexit, il est possible maintenant d’accéder au Royaume-Uni puisque ce dernier est hors de l’Europe et qu’il ne fait plus partie des relations commerciales qu’entretient l’Union européenne (UE) avec le monde.

En effet, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a affirmé à l’AFP que l’adhésion au Commonwealth avec ses 2,5 milliards de consommateurs offrait de nouvelles opportunités économiques et éducatives et suscitait un « engouement » pour l’anglais parmi ses compatriotes.

« L’adhésion du Togo est motivée par le désir d’étendre son réseau diplomatique, politique et économique […] et de se rapprocher du monde anglophone », at-il déclaré à l’AFP. Il a ajouté qu’elle permet également à la petite nation en développement de 8,5 millions d’habitants de redéfinir ses relations bilatérales avec le Royaume-Uni en dehors de l’UE après le Brexit.

Des pays francophones comme le Gabon et le Togo ont évidemment noté que la majorité des économies africaines les plus performantes étaient anglophones.

Il est peu probable que Paris se réjouisse des développements qui ont eu lieu à Kigali. Cependant, Akum note que le Gabon et le Togo ne quittent pas la Francophonie pour rejoindre le Commonwealth, « si l’on considérait cela comme un affront, on serait en train de le regarder uniquement à travers le prisme des histoires coloniales ».

L’organisation de la Francophonie se développe aussi de façon exponentielle et systématique, accueillant de nouveaux membres qui n’ont aucun lien apparent avec la France ou la langue française. Ainsi peut-on y trouver des pays comme la Bulgarie, le Laos et la Moldavie.

Un observateur a déclaré en plaisantant que maintenant que le Gabon et le Togo avaient rejoint le Commonwealth, la traduction française pourrait devenir nécessaire aux prochaines réunions. Et qu’on pourrait introduire les traductions anglaise, laotienne et bulgare aux réunions de la Francophonie. Il semble qu’il n’y ait maintenant aucune limite naturelle à l’adhésion aux deux organisations, qui tendent à devenir des « mini-Nations unies ».

Sont-elles en train de rivaliser pour voir laquelle d’entre elles peut avoir le plus de membres ? Peut-être, bien qu’Akum suggère que ce serait fanfaronner en vain, car ni l’une ni l’autre ne détient de pouvoir substantiel dans le monde en matière de sécurité. Il note également que la prolifération des membres de la Francophonie n’est pas surprenante, car il s’agit en grande partie d’une organisation culturelle et que la langue française est déjà enseignée dans le monde entier.

Néanmoins, le fait que les pays fassent le dossier pour rejoindre les deux organisations indique que ces dernières, quelles sont leurs lacunes, ont encore quelque chose à offrir.

La contribution la plus importante du Commonwealth est peut-être son attachement apparent aux valeurs de la démocratie, aux droits humains et à la bonne gouvernance. Akum se demande si l’adhésion au Commonwealth peut améliorer le respect de ces valeurs au Gabon et au Togo. Par le passé, le Commonwealth a effectivement favorisé la promotion de ces valeurs, notamment en Afrique du Sud et au Nigeria, lorsqu’il a suspendu le régime de Sani Abacha en 1995.

Pourtant, cela fait longtemps que le bloc n’est plus aussi actif. Sa dernière grande mission a été de suspendre le Zimbabwe sous Robert Mugabe. On peut soutenir que le Commonwealth exerce encore une pression indirecte à cet impératif, le président Emmerson Mnangagwa ayant clairement exprimé son souhait que le Zimbabwe y soit réadmis. Certains membres importants du Commonwealth – notamment la Grande-Bretagne – le reflètent à distance.

Que les nouveaux membres du Commonwealth aient ou non un lien avec la Grande-Bretagne et le monde anglophone n’est sûrement pas aussi important que de savoir si l’organisation s’assure que ses membres, anciens et nouveaux, adhèrent aux valeurs auxquelles elle dit tenir.


Peter Fabricius , Consultant, ISS Pretoria        Image : © Secrétariat du Commonwealth


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