France / La police scientifique défie Castaner avec un mouvement social inédit – vidéos

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Des membres de la police scientifique venus de toute la France se sont retrouvés ce 15 janvier à Paris afin de crier leur colère. Ils demandent une modification de leur statut et la prise en compte de la dangerosité de leur travail. Notre correspondant était sur place.

© Sputnik 

C’est une scène de crime géante qui a pris place à Paris ce 15 janvier. Pas de tuerie, mais des centaines de policiers scientifiques venus de tout le pays à l’origine de l’événement. Depuis plusieurs semaines, ils multiplient les actions afin de protester sur la différence de statut entre les techniciens de la police scientifique et ceux des autres corps, dits «actifs», de la police nationale.

🔴 Action de la police scientifique à Paris

Gepostet von Sputnik France am Mittwoch, 15. Januar 2020

Ils ont choisi comme cadre la Pyramide du Louvre pour crier leur colère face à une administration qu’ils jugent sourde à leurs revendications.

Plusieurs hommes politiques étaient sur place, comme le député (ex-LREM) Joachim Son-Forget ou Nicolas Dupont-Aignan, leader de Debout la France.

«Statutairement, nous n’avons aucune reconnaissance de la pénibilité de notre fonction. Nous sommes arrivés à une situation intenable. Nous ne profitons pas du mouvement contre la réforme des retraites, comme j’ai pu l’entendre dans la presse ou dans certains commentaires. Notre combat est bien plus vieux que cela. Il est certes ravivé par le débat sur les retraites, car nous allons devoir partir encore plus tard, alors que partir à 62 ans, quand vous êtes sur le terrain à relever des indices, ce n’est ni responsable pour la santé des collègues ni pour la pertinence de l’enquête», a expliqué à notre correspondant un manifestant officiant à la police scientifique de Versailles.

«Une mobilisation aussi longue, c’est inédit, il y a un vrai malaise», lançait récemment Soazig Henrio, du SNIPAT, syndicat de la police technique et scientifique (PTS) à nos confrères de La Voix du Nord.

«Dès qu’il y a un cambriolage ou un crime, il y a un PTS présent. Sur le terrain, on est parfois seuls pour les prélèvements ou la prise de photos et certains nous reconnaissent. Une fois, on a failli se faire taser», expliquait l’une de ses collègues, toujours à La Voix du Nord.

Le manque de sécurité est l’un des points provoquant la colère des PTS, comme l’a expliqué à notre correspondant Xavier Depecker, secrétaire national responsable des personnels scientifiques de la police nationale au SNIPAT. Il réclame notamment un groupe de travail sur la sécurité:

«Quand on se déplace sur le terrain, nous sommes identifiés comme faisant partie de la police technique et scientifique. La population nous prend pour des policiers. Il peut arriver que l’on soit intimidés, que l’on nous tire dessus. Je rappelle que mes collègues n’ont aucun moyen de défense ni formation au self-défense. Et on les met tous seuls, en travailleurs isolés.»

Un statut semblable à celui des policiers armés permettrait de mieux «sécuriser» la profession, selon les manifestants. En attendant, ils ont jeté leurs gilets de protections au sol pour crier leur colère.

«L’administration fait dans le non-sens. En 2010, on nous a équipés de gilets pare-balles. Quand on vous donne un tel équipement, c’est qu’il existe des risques de blessures par tir d’arme à feu ou par arme blanche. Elle reconnaît donc la dangerosité du métier, mais ne la compense pas. À l’heure actuelle, nous avons les mêmes compensations que quelqu’un qui travaille à la Bibliothèque nationale de France ou un agent comptable à Bercy», explique à Sputnik Xavier Depecker.

La réforme des retraites joue un rôle prépondérant dans la colère des PTS. Les syndicats demandant à ce que leurs conditions de travail, qu’ils jugent «dangereuses et pénibles», ouvrent aux mêmes droits que leurs collègues policiers, notamment en termes de départ à la retraite.

Dans un communiqué dont Le Messager s’est fait l’écho, Vincent, technicien principal de police technique et scientifique d’Annemasse, déclarait: «Nous représentons 2% de la masse salariale de la police nationale, pourtant nous résolvons un tiers des affaires. À Annemasse, 147 identifications d’individus ont été réalisées en 2019 sur différents types de faits, ce qui représente une identification tous les 2,5 jours. Nous intervenons sur tout type d’infraction, du cambriolage à l’enquête décès, 24 h/24 et 7 jours/7. Nous sommes donc loin d’être sédentaires.»

«Nous avons des contraintes horaires très fortes. Sur certains commissariats, nous ne sommes que deux ou trois. Une semaine sur deux, nos collègues sont en dehors de leur famille. Il y a à la fois une usure mentale, physique, mais aussi un impact fort sur la vie de famille», souligne Xavier Depecker auprès de Sputnik France. Il dénonce «des pressions de la part de la hiérarchie» sur ses collègues qui font grève.

La hiérarchie justement est peu réactive, à en croire Xavier Depecker:

«Nous avons été reçus par Monsieur Castaner en janvier 2019. Il devait nous recevoir à nouveau quelques mois plus tard ce qu’il n’a pas fait. Quelques groupes de travail ont certes été mis en place, mais cela reste très insuffisant et ne répond pas à nos revendications.»


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Invités :   • Alain Bauer, professeur de criminologie. • Nicolas Chapuis, Grand reporter pour Le Monde, spécialiste police-justice. • Ivanne Trippenbach, journaliste de L’Opinion, spécialiste des questions régaliennes. • Brice Teinturier, directeur général délégué de l’Institut de sondages Ipsos.

L’exécutif change de ton. Face à l’accumulation, ces dernières semaines, des accusations de violences policières, Emmanuel Macron a appelé « nos policiers et nos gendarmes à la plus grande déontologie ». « Il y a eu très clairement des images, il y a aujourd’hui des affaires dans lesquelles des comportements qui ne sont pas acceptables ont été vus ou pointés », a déclaré le chef de l’État, mardi en marge d’un déplacement à Pau, avant de demander au ministère de l’Intérieur « des propositions claires pour améliorer la déontologie » des forces de l’ordre.   Ces déclarations suivent celles du locataire de la place Beauvau qui a consacré lundi une bonne partie de ses vœux au « devoir d’exemplarité ». « L’usage juste et proportionné de la force est ce qui sépare la démocratie de l’arbitraire, ce qui distingue l’ordre et la brutalité, c’est le fondement, aussi, de notre confiance avec les Français » a affirmé Christophe Castaner, avant d’ajouter : « c’est l’honneur de la police qui est en jeu, on ne fait pas de croche-pied à l’éthique, sauf à s’abaisser, à abaisser la police ».   Des propos motivés par la diffusion de plusieurs vidéos ces derniers jours, sur les réseaux sociaux, où l’on voit des forces de l’ordre s’en prendre à des manifestants contre la réforme des retraites. Celle d’un policier semblant tirer à bout portant au LBD sur un manifestant à Paris ou une autre montrant un policier faisant un croc-en-jambe à une manifestante à Toulouse ont notamment suscité un vif émoi. Ces événements – qui s’ajoutent à la mort de Cédric Chouviat, dans la nuit du 4 au 5 janvier à Paris d’une asphyxie avec fracture du larynx, à la suite d’un contrôle routier – viennent renforcer l’argumentaire de manifestants et de défenseurs des libertés publiques, qui dénoncent des « violences policières » depuis le mouvement des Gilets jaunes et la stratégie du maintien de l’ordre mise en œuvre à partir de décembre 2018. Deux armes en particulier sont pointées du doigt : le LBD et les grenades lacrymogènes à effet de souffle Gli-F4 (qui sont classifiées armes de guerre). Le Défenseur des droits Jacques Toubon en a demandé à plusieurs reprises leur suspension, en raison de leur « dangerosité ».   Le débat monte également sur la technique du plaquage ventral. Cette technique d’immobilisation qui permet en théorie de maîtriser un individu agité ou dangereux avant de le menotter. Mais la manœuvre n’est pas sans risque. Avec les bras en arrière et le poids de plusieurs policiers sur le corps une personne interpellée risque d’étouffer. Mal réalisée, elle peut être mortelle. Le père de Cédric Chouviat et plusieurs associations de défense des droits de l’Homme réclament son interdiction.   Mais policiers et gendarmes peuvent-ils s’en passer ? Faut-il revoir la stratégie du maintien de l’ordre en France ? Après les déclarations du ministre de l’Intérieur, plusieurs syndicats de policiers ont fustigé un « lâchage » et rappelé le gouvernement à ses responsabilités. « On aurait aimé, lors de ses vœux, que le ministre pense aux policiers qui ont assuré la pérennité de ce gouvernement. Mais il préfère s’offrir un répit médiatique avant la campagne des municipales » a réagi Linda Kebbab déléguée nationale d’Unité SGP Police-Fo, syndicat majoritaire. « Le maintien de l’ordre n’est pas une science exacte » admet de son côté Philippe Capon, le Secrétaire général de l’Unsa police. Mais il faut reconnaitre, dit-il, que « les policiers sont suremployés depuis un an de mobilisations ». « Cela fait depuis mai qu’on nous promet un nouveau schéma national du maintien de l’ordre, et on est en janvier ». Enfin si le secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale juge le ministre « dans son rôle quand il rappelle les règles », il s’interroge : « si certains gestes posent problèmes, pourquoi le ministre ne prendrait-il pas des mesures administratives contre les agents en cause ? »



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