Guinée / Abdourahmane Sano sur la sortie de Mélenchon : « on l’a accueillie avec beaucoup de bonheur »

Follow by Email
Facebook
Twitter

Jean-Luc Mélenchon, président du parti La France insoumise, a apporté son soutien au combat que mène le FNDC contre un troisième mandat du président guinéen, Alpha Condé. Dans une tribune publiée le mardi, 11 février 2020, le député français a souhaité la victoire au peuple de Guinée dans son combat contre le projet de nouvelle Constitution que le pouvoir veut faire adopter le 1er mars prochain. Il a invité la diplomatie française à « ne pas agir dans le sens d’un maintien en place de ce régime (d’Alpha Condé) illégitime aux yeux de son peuple.

Abdourahmane Sano

Cette sortie a été accueillie avec « beaucoup de bonheur » par le Front National pour la Défense de la Constitution, selon son coordinateur national, Abdourahmane Sano. Il l’a dit au cours d’un entretien qu’il a accordé à la rédaction de Guineematin.com, ce mercredi 12 février 2020.

« On a accueilli ce soutien avec beaucoup de bonheur. Parce que Jean-Luc Mélenchon n’est pas un homme politique méconnu. Ce qui est extrêmement important dans la prise de parole d’un homme politique de la trempe de monsieur Jean-Luc Mélenchon, c’est que le peuple français, à travers ses institutions, exprime sa solidarité au peuple de Guinée. En même temps, c’est la preuve de l’universalité des valeurs démocratiques et surtout des valeurs morales. Je vais rendre hommage ici à la société civile française qui appuie le combat que nous menons », a réagi le leader du FNDC.

Cette sortie du leader de La France insoumise intervient au lendemain d’un entretien que le président Alpha Condé, a accordé aux médias français RFI et France 24. Entretien au cours duquel le chef de l’Etat guinéen a évoqué pour la première fois la possibilité qu’il se présente pour un troisième mandat. Même s’il n’est pas surpris par cette décision du président Condé, Abdourahmane Sano estime que c’est une provocation de plus.

« Nous savons que c’est une provocation de plus. Mais le FNDC est là pour qu’il n’y ait pas de 3ème mandat en Guinée, le peuple est déterminé pour cela. Qu’il arrête de nous parler de mauvais exemples qui se trouvent ailleurs, cela ne marchera pas. Le FNDC est tranquille, nous avons nos stratégies, nous nous battons et nous allons continuer à nous battre », a-t-il lancé.

Même si le combat semble loin d’être gagné par le Front National pour la Défense de la Constitution, son coordinateur national remercie déjà le peuple de Guinée pour sa mobilisation et sa détermination. « Nous disons merci au peuple de Guinée. Même dans les régions où on a créé la psychose, je parle de la Haute Guinée, où dès que les leaders du FNDC font des réunions, des loubards du parti au pouvoir appuyés par la gendarmerie et la police, les préfets, viennent casser, violenter et puis blesser les gens, on n’a pas réussi à nous stopper. Nous demandons au peuple de Guinée de continuer la résistance, qu’il refuse cette nouvelle dictature, cette nouvelle colonisation que M. Alpha Condé veut imposer », a lancé l’activiste de la société civile.

Salimatou Diallo pour Guineematin.com

Tel. 224 623 532 504


 Archive : Des gens participent à un rassemblement antigouvernemental de janvier 2020 pour protester contre les plans du président Alpha Condé qui pourrait rester au pouvoir pour un troisième mandat, à Conakry (AFP Photo / CELLOU BINANI)

>> La Guinée en ébullition populaire

Par Jean-Luc Mélenchon

La crise  sociopolitique  que traverse la Guinée devient de plus en plus l’objet des débats des hommes politiques, même en dehors du pays. Dans cette lettre ci-dessous, Jean-Luc Mélenchon,  leader du mouvement politique français, la France Insoumise (LFI) a flingué le régime d’Alpha Condé avant d’encourager le peuple guinéen à continuer le combat contre la dérive autoritaire du pouvoir.


La Guinée est en ébullition. Depuis cet automne, une intense mobilisation populaire demande le départ du président en place et un changement de régime. La situation de ce pays de 12 millions d’habitants montre une fois de plus la place centrale des peuples du continent africain dans les vagues de révolutions citoyennes dans le monde.
Comme au Burkina Faso en 2014 ou au Soudan en 2018-2019, les Guinéens sont entrés en insurrection directement sur une revendication démocratique. Le président de la Guinée, Alpha Condé, proche des réseaux PS, veut faire adopter une nouvelle Constitution pour se faire réélire au-delà de la limite aujourd’hui fixée à deux mandats. Le refus des Guinéens de cette modification constitutionnelle vient du fait qu’ils comprennent parfaitement ce que cela veut dire : Alpha Condé a décidé qu’il ne perdrait jamais une élection. Et d’abord qu’il ne perdrait pas le référendum constitutionnel, qui doit se tenir le 1er mars.
Le peuple guinéen s’oppose donc à ce qu’on lui retire sa souveraineté. Il le fait d’une manière tout à fait massive et exemplaire. Les manifestations de l’automne ont réuni dans la capitale de cet État de 12 millions d’habitants, Conakry, entre 500 000 et un million de personnes. Sans compter les mobilisations dans les autres villes du pays, à Labé, Kindia ou Nzérékoré. Une alliance de type inédite s’est constituée pour porter les revendications du peuple en écartant le soupçon de récupération politique. Le Front National de la Défense de la Constitution (FNDC) réunit en son sein des collectifs citoyens, des partis d’opposition et des syndicats. C’est une forme assez proche de la plateforme Unidad Social qui porte le processus constituant déclenché par la révolution au Chili. Ce que j’ai nommé et appelé de mes vœux ici sous le nom de « fédération populaire ».
Évidemment, les revendications sociales rejoignent ici comme ailleurs dans ce cas les revendications démocratiques. Les besoins sociaux les plus essentiels ne sont pas pris en charge par l’organisation économique de la Guinée, dominée par le néolibéralisme global. En témoigne l’indice de développement humain pour lequel le pays se classe au 174ème rang sur 189 pays, évalué par l’ONU pour cet indicateur. La Guinée possède évidemment des potentiels de création de richesses importants. Mais ils tous sont exploités et capturés par des grandes entreprises étrangères avec la complicité de l’oligarchie locale. Ainsi, la plus grande mine de fer d’Afrique, qui est en Guinée, est la propriété d’un fond singapourien. Et le port de Conakry est celle d’une filiale du groupe français Bolloré. Cette attribution est entachée de fort soupçon de corruption qui marche ici comme bien souvent avec la privatisation des biens communs.
Récemment, le pays avait observé une trêve dans les manifestations. Mais cette trêve va s’achever la semaine prochaine. La décision d’Alpha Condé de coupler le référendum du 1er mars avec des élections législatives que tout le monde devine truquées a été vécue comme la provocation de trop. Des manifestations monstres sont convoquées à partir du mercredi 12 février. Le peuple guinéen peut espérer la victoire. Je lui la souhaite. Mais surtout, j’espère que le cout humain ne sera pas trop lourd à payer. Le pouvoir en place risque de provoquer un bain de sang avant de partir. J’adjure donc la diplomatie de mon pays de ne pas agir dans le sens d’un maintien en place de ce régime illégitime aux yeux de son peuple, comme il l’a déjà fait sur ce continent. La meilleure chose que mon pays peut faire pour aider les guinéens est de les laisser libre de leur destin.

Par Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise (LFI)


>> Melenchon de la « France Insoumise » a apporté son soutien aux manifestants en Guinée



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *