Haut-Karabagh : sept points clés pour comprendre le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

 

 

Un tank de l’armée de défense du Nagorny Karabagh près de la capitale de la région séparatiste Stepanakert, le 6 avril 2016 (image d’illustration).

De violents combats ont éclaté le 27 septembre dans la région du Haut-Karabagh, un territoire que l’Arménie et l’Azerbaïdjan se disputent depuis 30 ans. Retour sur les origines et les enjeux du conflit. L’Arménie et l’Azerbaïdjan étaient au bord de la guerre ce 27 septembre, des combats meurtriers ayant éclaté entre les forces azerbaïdjanaises et la région du Haut-Karabagh, une république autoproclamée soutenue par Erevan. Les belligérants ont fait état de victimes militaires et civiles.

Selon la partie arménienne, une femme et un enfant ont été tués. Les deux pays se livrent des combats par intermittence depuis maintenant plus de 30 ans. Quelques éléments pour comprendre ce conflit complexe et méconnu.

Que s’est-il passé le 27 septembre ?

L’Azerbaïdjan a lancé le 27 septembre une offensive contre les forces arméniennes de la région du Haut-Karabagh, ont annoncé ces dernières, qui affirment avoir infligé des «pertes» à l’armée azerbaïdjanaise. Un porte-parole du ministère azerbaïdjanais de la Défense a indiqué à l’AFP que Bakou avait conquis une demi-douzaine de villages sous contrôle arménien lors de ces affrontements.

Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, a convoqué une réunion de son conseil de sécurité  au cours de laquelle il a dénoncé une «agression» de l’Arménie. «C’était une provocation prévue à l’avance», a-t-il dénoncé, cité par l’agence de presse russe Interfax, promettant plus tôt dans la journée de «vaincre» Erevan. L’Arménie a démenti les accusations d’agression, toujours selon Interfax. Après l’annonce des premiers combats, le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a décrété «la mobilisation générale» et l’instauration de la «loi martiale», tout comme les autorités du Karabagh. «Nous allons vaincre. Longue vie à la glorieuse armée arménienne !», a écrit le Premier ministre sur Facebook.

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Deux hélicoptères azerbaïdjanais ont été abattus, a par ailleurs indiqué le ministère arménien de la Défense, qui soutient les autorités de la république du Haut-Karabagh. «Tôt ce matin, la partie azerbaïdjanaise a lancé des bombardements tout au long de la ligne de contact. Ils bombardent aussi Stepanakert (la capitale), nous appelons la population à se mettre à l’abri», a indiqué le porte-parole de la présidence de la république autoproclamée. Le conflit a été réveillé plus tôt cette année, le 12 juillet 2020 : des combats avaient éclaté à la frontière nord entre les deux pays, loin du Haut-Karabagh, peu après la menace du président azerbaïdjanais de quitter les pourparlers de paix, jugeant que Bakou avait le droit de chercher «une solution militaire au conflit».

Selon les bilans officiels, 19 personnes ont été tuées en juillet, 12 militaires et un civil azerbaïdjanais, ainsi que six soldats arméniens. Les affrontements ont baissé en intensité à partir du 17 juillet, mais des heurts ont été signalés quotidiennement.

Plus de 30 000 morts et des millions de déplacés depuis 1990 

Le Haut-Karabagh a été au début des années 1990 le théâtre d’une guerre qui a fait 30 000 morts et des millions de déplacés. Depuis lors, Bakou cherche à en reprendre le contrôle. Des pourparlers de paix sont dans l’impasse depuis de longues années. Les deux camps ont l’habitude de se rejeter la responsabilité de ces flambées de violence.

En décembre 2015, le président arménien de l’époque Serge Sarkissian et son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliev se rencontrent sans parvenir à un compromis. Les médiateurs de l’OSCE dénoncent alors une situation «insoutenable» sur le terrain.

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Début avril 2016, d’intenses combats opposent forces azerbaïdjanaises et arméniennes, laissant craindre une guerre ouverte. Ces affrontements se soldent par la mort d’au moins 110 personnes, civils et militaires, des deux côtés. Un cessez-le-feu négocié par la Russie met fin aux combats, mais les tirs et les affrontements meurtriers sur la ligne de front restent fréquents.

Un territoire convoité 

Territoire de l’Empire russe disputé par l’Arménie et l’Azerbaïdjan lors de la guerre civile ayant suivi la révolution bolchévique de 1917, le Haut-Karabagh, peuplé majoritairement d’Arméniens, est rattaché en 1921 par Staline à la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan avec, à partir de 1923, un statut d’autonomie. En février 1988, des violences interethniques éclatent alors que l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont encore membres de l’URSS. Le 10 décembre 1991, le Haut-Karabagh proclame son indépendance de Bakou avec le soutien d’Erevan, sur fond de dislocation de l’Union soviétique.

Après la chute de l’URSS, l’armée soviétique quitte la région, laissant ses armes derrière elle et conduisant à une escalade du conflit marqué par deux grandes offensives des forces arméniennes en 1992 et 1993. Le 17 mai 1994, un cessez-le-feu négocié par Moscou entre en vigueur. Les Arméniens contrôlent alors environ un cinquième du territoire de l’Azerbaïdjan, dont le Haut-Karabagh.

Erdogan, allié de l’Azerbaïdjan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, allié traditionnel de Bakou, a renouvelé son soutien au pays le 27 septembre, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliev dont il a salué «la position avisée et déterminée», selon la présidence.

«Le peuple turc va soutenir nos frères azerbaïdjanais avec tous nos moyens, comme toujours», a déclaré Recep Tayyip Erdogan sur Twitter. Il a critiqué la communauté internationale pour ne pas avoir «réagi de manière suffisante, comme il le fallait» à ce qu’il a appelé une «agression» de l’Arménie.

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Le ministre turc de la Défense Hulusi Akar avait auparavant estimé que «la plus grave menace à la paix et à la stabilité dans le Caucase est l’agression menée par l’Arménie, et elle doit cesser cette agression qui risque de mettre le feu à la région». De son côté, le porte-parole de la présidence turque Ibrahim Kalin a «fermement» condamné les affrontements au Karabagh et affirmé que l’Arménie avait «une nouvelle fois violé les lois internationales et montré qu’elle ne souhaitait pas la paix et la stabilité ».

La Russie appelle à un cessez-le-feu

La Russie, allié proche des deux pays et médiateur privilégié, a appelé via son ministère des Affaires étrangères les parties en conflit à un cessez-le-feu et à l’ouverture de négociations.

«Selon nos informations, la situation s’est rapidement détériorée dans la zone du conflit du Haut-Karabagh. Des tirs intenses éclatent le long de la ligne de contact des deux côtés. Il y a des victimes», indique un communiqué publié sur le site internet de la diplomatie russe. «Nous appelons les parties à un cessez-le-feu immédiat et à lancer des pourparlers afin de stabiliser la situation», souligne la publication. Lors d’une conversation téléphonique avec son homologue arménien, Sergueï Lavrov s’est dit préoccupé par les affrontements. Il a précisé que Moscou était disponible pour agir en tant qu’intermédiaire afin d’obtenir une désescalade.

Le groupe de Minsk et l’échec des négociations

En 1994, l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) crée le Groupe de Minsk, chargé de promouvoir un règlement du conflit et constitué des Etats-Unis, de la France et de la Russie. Malgré cette médiation et plusieurs cycles de pourparlers, aucune solution ne se matérialise, Bakou et Erevan ne parvenant pas à se mettre d’accord sur le statut de ce territoire que la communauté internationale considère toujours comme azerbaïdjanais. A ce jour, aucun traité de paix n’a été conclu. En novembre 2008, l’Arménie et l’Azerbaïdjan signent une déclaration appelant à un «règlement pacifique» du conflit, mais les accrochages se poursuivent. Le 12 novembre 2014, les forces azerbaïdjanaises abattent un hélicoptère militaire arménien dans le Haut-Karabagh, provoquant la mort des trois membres de son équipage, selon les médias arméniens. Les incidents se multiplient, les deux camps s’accusent d’y déclencher des attaques.

L’UE appelle à la cessation des hostilités

L’Union européenne a appelé le 27 septembre à la cessation des combats et à un «retour immédiat aux négociations». «L’action militaire doit cesser, de toute urgence, pour éviter une escalade supplémentaire», a indiqué sur Twitter Charles Michel, le président du Conseil européen. «Un retour immédiat aux négociations, sans conditions préalables, est la seule voie possible», a ajouté l’ex-Premier ministre belge. «L’Union européenne appelle à une cessation immédiate des hostilités, à la désescalade et à une stricte observation du cessez-le-feu», a déclaré le Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell, dans un communiqué. Il a aussi souligné l’urgence de relancer les négociations sur le conflit au Haut-Karabagh sous les auspices du Groupe de Minsk. Un conflit majeur impliquant l’Azerbaïdjan et l’Arménie pourrait entraîner l’intervention des puissances en concurrence dans la région du Caucase, la Russie et la Turquie.


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