LIVRE / THOMAS HOBBES – L’Homme est un loup pour l’Homme

Pour construire sa théorie de l’Etat, Hobbes va faire preuve d’un pessimisme anthropologique. Selon lui, l’Homme est naturellement égoïste et violent, seulement motivé par la satisfaction de son intérêt privé. L’Homme serait ainsi un être mu par des désirs et des passions qui ne s’accordent pas et qui ne peuvent pas s’harmoniser car ils portent à la prédation, à prendre aux autres pour satisfaire son intérêt personnel et qui impliquent que l’Homme est d’abord hostile et agressif envers ses semblables.

La devise de l’état de nature chez Hobbes, c’est tuer avant d’être tué, le destin des hommes étant la lutte permanente pour la satisfaction des désirs individuels. La paix n’est pas possible dans cet environnement où la rivalité est la norme, la seule règle qui existe dans cet état de nature est l’usage de la force.

Si aucune loi ne protège de la prédation du plus fort, la survie est constamment menacée même lorsqu’on fait partie des forts parce que le fort est toujours le faible d’un plus fort mais aussi parce que la force ne garanti pas la survie face aux coalitions, aux trahisons, aux pièges. Toutes les stratégies que l’on peut inventer pour attenter à la vie du plus fort montre que même le plus fort est en danger : plus il a d’ennemis, plus il a de chance de subir une mort violente. Qui tue par l’épée périra par l’épée.

Les hommes qui vivent dans cet état de nature où rien ne les prémunit contre la violence des autres et où ils sont perpétuellement menacés vont vivre dans un état d’insécurité permanente et éprouveront alors une passion qui va l’emporter en intensité sur toutes les autres : la peur de la mort violente !

Les Hommes vont prendre conscience du caractère contre-productif de la violence égoïste comprenant qu’en se comportant de manière prédatrice et violente, on augmente le risque de subir soi-même la prédation et la violence. Et prenant conscience que la guerre de tous contre tous ne peut mener qu’à la mort de tous, les Hommes décidèrent de poser les armes et de renoncer à leurs intérêts privés au nom de l’intérêt vital collectif. Chez Hobbes, c’est donc une passion, la peur, qui rend les Hommes raisonnables. C’est cette dynamique qui va donner lieu à ce que Hobbes appelle « le pacte social ». La création de l’Etat est donc le résultat d’un accord passé entre les Hommes pour créer une situation qui soit mutuellement avantageuse : renoncer à user individuellement de la violence et la mise en place d’une autorité qui a la force de garantir que le pacte soit respecté. C’est ainsi que l’Etat va disposer du monopole de la violence légitime : chacun renonce à nuire aux autres en leur volant ce qu’ils possèdent ou en les considérant comme des proies et en contrepartie, l’Etat protège chacun de la prédation des autres.

des gangsters en train de signer un pacte

 

Si on laisse vivre les hommes sans lois, ils vont user de la violence les uns contre les autres sans limites. C’est donc la guerre de tous contre tous qui va pousser les hommes à se donner des lois. L’état politique est donc chez Hobbes le moyen de neutraliser l’égoïsme et la violence des hommes.
Analyse par Charles Robin de cette conception de l’invention de l’Etat qui a pour point de départ le désir des hommes de sortir de l’état de nature dans lequel règne la guerre de tous contre tous.

Source : Le Précepteur


 

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