La classe ouvrière s’unit à travers l’Inde : une grève de 250 millions de personnes !

  Martha Grevatt 

Pour la deuxième fois cette année, une mobilisation de toute la classe dans une « grève panindienne » a fait sortir 250 millions de travailleurs. Avec la participation d’une personne sur quatre en âge de travailler en Inde, cet arrêt de travail de 24 heures peut à nouveau revendiquer le statut de « plus grande grève du monde ». La première grève générale record avait eu lieu le 8 janvier.

Les femmes ont joué un rôle de premier plan dans la grève générale de l’Inde, le 26 novembre

Dix des confédérations syndicales indiennes y ont participé, s’unissant sous la « plate-forme commune ». Cinq États – Kerala, Puducherry, Odisha, Assam et Telangana – ont été complètement fermés, tandis que l’activité quotidienne a été réduite dans de nombreux autres.

les dix confédérations ayant appelé au  bharat bandh (grève nationale) étaient :

  • Indian National Trade Union Congress (INTUC)
  • All India Trade Union Congress (AITUC)
  • Hind Mazdoor Sabha (HMS)
  • Centre of Indian Trade Unions (CITU)
  • All India United Trade Union Centre (AIUTUC)
  • Trade Union Co-ordination Centre (TUCC)
  • Self-Employed Women’s Association (SEWA)
  • All India Central Council of Trade Unions (AICCTU)
  • Labour Progressive Federation (LPF)
  • United Trade Union Congress (UTUC)

La plateforme commune inclut aussi des fédérations et des associations indépendantes.

News Click, un site ouèbe progressiste indien, a rapporté le 26 novembre : « La grève a vu l’arrêt du travail dans les banques, les services financiers, divers services gouvernementaux, les transports, les unités sidérurgiques, les ports et les docks, les services de télécommunication, les plantations, les unités de production d’électricité, les mines de charbon et autres, les unités de production de pétrole et de gaz naturel, et des millions d’autres industries diverses ».

Le rapport poursuit : « Les services publics, les chemins de fer, les services postaux et télégraphiques et de nombreux autres bureaux gouvernementaux sont également susceptibles d’être touchés, car les employés organiseront des manifestations de solidarité. Plusieurs centaines de milliers de femmes travaillant dans des centres de soins pour enfants en milieu rural (Anganwadi), des travailleurs de la santé, des cuisiniers et des employés d’autres services gouvernementaux se sont également mis en grève ».

Citant la déclaration commune des syndicats, il écrit :  « Des rapports faisant état de grèves réussies dans les mines de charbon et de cuivre, et dans d’autres mines, ont été reçus. Les employés des secteurs des postes, des télécommunications et de l’acier étaient également en action et les gramin dak sevaks [travailleurs postaux ruraux] ont observé une grève à 100 % ». (https://tinyurl.com/y4wsthaw)

Sit-in, blocages de rues

Les grévistes ont organisé des sit-in et des rassemblements de masse, et ont bloqué la circulation et les voies ferrées. Ils ont brûlé une effigie du Premier ministre de droite Narendra Modi. Les chômeurs, les travailleurs non syndiqués, les travailleurs indépendants et du secteur informel, ainsi que les étudiants, ont participé massivement à ces manifestations. Les femmes ont joué un rôle de premier plan.

La plate-forme commune des confédérations syndicales a mis en avant des revendications pour un revenu minimum, de la nourriture pour les familles pauvres, un nombre garanti de jours de travail, des salaires plus élevés, des pensions pour tous et la fin des retraites anticipées forcées. Elle a demandé au gouvernement de mettre un terme aux privatisations et de retirer toutes les « lois anti-agriculteurs et les codes du travail anti-ouvriers ».

D’autres demandes ont été formulées sur toute une série de questions, allant de l’arrêt de l’externalisation du travail à la réimposition de la journée de 12 heures.  La mise en place de mesures de sécurité pour stopper la propagation du COVID a été une question clé, car l’Inde a le deuxième taux d’infection au coronavirus le plus élevé au monde. (Worldometers, 29 novembre)

Alors que 250 millions de travailleur·ses se sont mis·es en grève, des agriculteur·rices de tout le pays ont tenté de marcher sur Delhi, la capitale du pays. Ils·elles protestent contre trois nouvelles « lois agricoles »  favorables à l’agrobusiness, mais les agriculteur·rices sont aussi totalement solidaires des travailleurs.

Les forces gouvernementales ont bloqué les accès à la capitale de l’Union pour les agriculteur·rices avec des barricades et des fils barbelés, et ont tiré des gaz lacrymogènes et avec des canons à eau dans le froid glacial. Mais, anticipant les obstacles imposés par le gouvernement, les agriculteur·rices avaient apporté des provisions diverses, allant de la nourriture et de l’eau aux chargeurs de téléphones portables. Ces fermier·ères déterminé·es ont refusé de bouger, brisant les barrages jusqu’à ce qu’ils·elles soient autorisé·es à se rendre au Parlement et à présenter leurs demandes.

À la frontière entre Delhi et l’Uttar Pradesh à Gazipur, le 30 novembre


Traduit par  Fausto Giudice


       La plus grande grève au monde: 200 millions de travailleurs paralysent l’Inde

La grève générale a été appelée contre les mesures d’austérité et de confinement et les attaques contre les droits du travail promues par le gouvernement de Narendra Modi (Inde).

   Jeudi, le 26 novembre 2020 , quelque 200 millions de travailleurs ont participé à une grève générale en Inde, à l’appel de dix centrales syndicales, contre les politiques du gouvernement de Narendra Modi, le Premier ministre du pays. Le train de réformes comprend de nouvelles lois sur le travail, une plus grande flexibilisation (des réglementations plus souples) sur les régulations en matière de santé et de sécurité sur le lieu de travail et dans le secteur agricole, ainsi que des privatisations du secteur public.

Le gouvernement a approuvé quatre codes du travail qui remplacent les lois protégeant les travailleurs. Ces réglementations permettent aux employeurs et aux gouvernements d’augmenter la charge de travail, de contraindre encore davantage l’obtention de salaires équitables, de licencier facilement les travailleurs, de réduire la couverture d’assurance maladie et de rendre plus difficile la création de syndicats.

En coordination avec les syndicats, une plateforme de plus de 300 organisations d’agriculteurs a appelé à une manifestation pour ce vendredi 27 novembre.  Les travailleurs des principaux secteurs industriels tels que la production d’acier, de charbon, les télécommunications, l’ingénierie, les transports, les ports et docks, les banques et transporteurs de fond se sont joints à la grève, tandis que dans plusieurs États (l’Inde est une république fédérale composée de vingt-huit États et huit territoires de l’Union), une grève rurale est en préparation.

Les réformes proposées par le gouvernement contre les droits des travailleurs s’inscrivent dans le contexte des effets de la « pandémie » et du confinement de coronavirus sur le pays. Le gouvernement de Modi répond à la pandémie  en imposant le confinement, et en donnant la priorité aux profits des grandes entreprises et en protégeant la fortune des milliardaires plutôt que la vie et les moyens de subsistance des travailleurs.

L’Inde compte plus de 9,2 millions de personnes infectées par le COVID-19, le deuxième plus grand nombre au monde et près de 135 000 décès,  (pour une population de  1 300 000 000 d’individus. NDLR) selon les données officielles. La pandémie s’est étendue aux grandes villes comme Delhi, Mumbai et d’autres centres urbains, ainsi qu’aux zones rurales où les soins de santé publique sont rares ou inexistants.

Conséquence du confinement, des millions de personnes ont perdu leurs revenus, et ce dans un pays où, avant la pandémie-confinement,  50% des enfants étaient en malnutrition. L’économie indienne a connu une chute de 23,9 % de son produit intérieur brut (PIB) au cours du trimestre d’avril-juin, alors qu’elle devrait baisser au total d’environ 10 % au cours de l’exercice 2020-2021. Dans ce contexte, des dizaines de millions de personnes ont perdu leur emploi de façon permanente, (à cause du confinement meurtrier. NDLR)  ou ont vu leurs heures de travail réduites. Selon un rapport du FMI publié en octobre, d’ici la fin de 2020, 40 millions d’Indiens supplémentaires se retrouveront dans une « pauvreté extrême », définie comme le fait de survivre avec 1,60€ ou moins par jour.

Les salariés de l’industrie, les employés du secteur des services et du public exigent une augmentation du salaire minimum, la fin du travail précaire, le contrôle des prix des produits de première nécessité et la fin de la politique gouvernementale de privatisation du secteur public.  Les revendications incluent 10 kilos de nourriture pour les familles dans le besoin, la fourniture d’une aide d’urgence aux secteurs les plus démunis de la population, effectuer un paiement unique de 7 500 roupies (environ 85 euros), le renforcement du système de distribution publique, le retrait des nouveaux codes du travail et des trois lois agricoles qui ouvrent les portes à l’agrobusiness, ainsi que l’abandon de la nouvelle politique d’éducation.

En outre, les travailleurs revendiquent l’allocation de 5% du PIB à l’éducation, aux soins de santé pour tous et de 6% du PIB pour la santé. Les agriculteurs réclament depuis des années de meilleurs prix pour leurs produits, que l’exécutif annonce des prix minimaux de soutien sur la base de la recommandation faite il y a 16 ans par la Commission nationale des agriculteurs, et l’élimination de la dette des travailleurs ruraux.

Les directions syndicales ont appelé à la grève pour désamorcer le mécontentement de millions d’indiens contre le gouvernement, mais pour l’instant elles ne donnent pas de réelle continuité aux protestations.

Le profil nationaliste et de droite du gouvernement a répondu à la pandémie en intensifiant son discours contre les minorités religieuses, comme les musulmans, et en cherchant à attaquer les droits de millions de personnes avec des lois qui aboutiraient à une plus grande flexibilité du travail au profit des seuls milliardaires locaux et des entreprises étrangères et nationales.

La rhétorique nationaliste de Modi s’est également intensifiée, en particulier contre la Chine, en plus d’approfondir la coopération stratégique et militaire avec les États-Unis en essayant de tirer profit du différend entre Washington et Pékin.

Diego Sacchi

Une vidéo de grèves antérieures en Inde :

Traduction Flo Balletti : https://les7duquebec.net/

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