Exclusif – PHAM Quoc Tru, l’Ambassadeur du Vietnam en Algérie : « La Chine doit contribuer à maintenir un environnement de paix, de stabilité et de coopération en Mer de l’Est » (interview)

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SEM l’Ambassadeur du Vietnam en Algérie, PHAM Quoc Tru
02.08.2019

         La Tribune diplomatique internationale a eu récemment une interview avec son  excellence PHAM Quoc Tru, l’Ambassadeur du Vietnam en Algérie sur la tension actuelle en Mer de l’Est (appelée aussi Mer méridionale en Asie du Sud-Est) entre la Chine et le Vietnam.

1. Pourriez-vous parler de l’état actuel de la situation en Mer de l’Est?

Depuis le 4 juillet 2019, le navire chinois de prospection géologique Haiyang Dizhi 8, escorté par de nombreux navires de garde-côtes et navires de pêche chinois a effectué une opération de prospection géologique dans une large zone complètement située à l’intérieur des zones maritimes du Vietnam (le point le plus proche de la zone où les navires chinois opèrent est à environ 36 milles marins de la ligue de base du Vietnam, à environ 31 milles marins de la limite extérieure de sa zone économique exclusive et de son plateau continental, et à environ 470 milles marins de l’île Hainan de Chine).

Plus sérieusement, les navires d’escorte chinois ont utilisé des canons à eau et mené des actes dangereux à l’encontre des navires de service vietnamiens lorsque ceux-ci exerçaient leurs fonctions de l’application de la loi dans les zones maritimes vietnamiennes déterminées conformément à la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer de 1982 (UNCLOS de 1982). Actuellement, les actions du navire Haiyang Dizhi 8 et des navires d’escorte chinois se produisent de manière complexe sans avoir aucun signe d’arrêt. La Chine maintient toujours un grand nombre de navires des garde-côtes, de bateaux de pêche dont la plupart sont en fait bâteaux armés déguisés et aussi de navires de transport pour protéger le navire Haiyang Dizhi 8 (parfois jusqu’à des dizaines).

En même temps, la Chine a engagé des actes visant à entraver les activités pétrolières du Vietnam au lot 06/1 situé entièrement dans la zone économique exclusive et le plateau continental du Vietnam. Il s’agit d’une zone où le Vietnam maintient depuis plus d’une dizaine d’années des activités pétrolières régulières.

Je tiens à rappeler que la zone où le navire Haiyang Dizhi 8 et les corvettes chinoises mènent des opérations est située entièrement dans la zone économique exclusive et le plateau continental du Vietnam déterminés conformément à l’UNCLOS de 1982. Cette zone maritime est ainsi entièrement placée sous la souveraineté et la juridiction du Vietnam, sans faire l’objet du chevauchement ni du litige avec la Chine. Il est à noter aussi que selon le droit maritime international dont particulièrement la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer de 1982 et la sentence rendue en 2016 par la Cour permanence d’Arbitrage internationale sur les différends en Mer de l’Est entre les Philippines et la Chine (celle-ci a statué que les structures des îles Spratleys n’est pas capable de générer une zone maritime au-delà des 12 milles marins en rejetant la revendication chinoise relative à la « ligne des neuf traits »), la Chine est privée de tout fondement juridique pour formuler ses revendications à l’égard de la zone maritime sus-mentionnée.

Par conséquent, il est justifié d’affirmer que les actions menées par la Chine dans cette zone maritime portent une atteinte grave au droit international en violant les droits souverains et la juridiction du Vietnam sur ses zones maritimes susmentionnées aux termes de la Convention des Nations unies sur le Droit de la Mer de 1982.

2. Quelles mesures le Vietnam a prises pour faire face à cette situation?

            Le Vietnam réserve son droit de recourir aux mesures pacifiques conformément au droit international, à la Charte des Nations Unies et à la Convention des Nations unies sur le Droit de la Mer de 1982 pour protéger ses droits et ses intérêts légitimes en Mer de l’Est.

Jusqu’à présent, la partie vietnamienne, via de différents canaux (Ministère des Affaires étrangères, Ministère de la Défense, Ministère de la Sécurité publique, Commission des Affaires extérieures du Comité central du Parti), a remis des notes diplomatiques et pris contact à une dizaine de reprises avec des représentants de l’Ambassade de Chine à Hanoï ; l’Ambassade du Vietnam à Pékin a également rencontré le Ministère des Affaires étrangères et les autorités concernées de la Chine, ce pour exprimer la ferme protestation du Vietnam contre les actions menées par la Chine et lui demander de respecter strictement les droits souverains et la juridiction du Vietnam définis conformément à la Convention des Nations unies sur le Droit de la Mer de 1982, d’observer pleinement le droit international, de mettre fin immédiatement à ses actes de violation graves ci-dessusmentionnés, de retirer ses navires de prospection et d’escorte des zones maritimes vietnamiennes, de respecter rigoureusement la DOC (Déclaration de Conduite en Mer de l’Est), de ne pas mener des actes susceptibles de compliquer la situation et de provoquer l’escalade de la tension, de créer un environnement favorable aux négociations sur le Code de Conduite en Mer de l’Est (COC) entre l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) et la Chine et de contribuer à maintenir un environnement de paix, de stabilité et de coopération en Mer de l’Est.

Sur le terrain, les forces maritimes de compétence du Vietnam continuent à mettre en œuvre de nombreuses mesures appropriées pour exercer de manière pacifique et légale la souveraineté, les droits souverains et la juridiction du Vietnam afin de protéger les zones maritimes vietnamiennes.

3. Que diriez-vous des conséquences causées par les actes menés par la Chine en Mer de l’Est pour la stabilité et la paix dans la région?

            Les actes chinois de violation des droits souverains et de la juridiction du Vietnam sur ses zones maritimes, de même que la militarisation accrue, la construction illégale par la Chine des structures dans les îles Paracels et Spratleys du Vietnam et l’organisation renforcée des exercices militaires chinois en Mer de l’Est, se produisent dans le contexte marqué par les mutations complexes dans les relations internationales et l’accentuation de la concurrence stratégique, affectant ainsi négativement et menaçant la sécurité, la paix et la stabilité dans la région.

            La préservation de l’environnement de paix et de sécurité en Mer de l’Est, de la primauté de droit et des libertés de navigation et de survol dans les zones maritimes définies conformément à la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer, fait partie des intérêts communs des pays dans la région ainsi que de ceux de l’extérieur et de la communauté internationale.

            Le Vietnam s’attend ainsi à ce que les pays concernés et la communauté internationale prennent conscience de la nature grave de ces actes ainsi que des défis se pesant sur la sécurité et la stabilité dans la région et conjuguent, par conséquent, leurs efforts en vue de préserver ces intérêts communs et d’endiguer ces défis. Il leur reviendrait ainsi de réaffirmer l’importance du maintien de la paix et de la sécurité en Mer de l’Est, de respecter les libertés de navigation et de survol conformément aux dispositions de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer de 1982, d’exclure le recours ou la menace de recours à la force, de régler les différends par les mesures pacifiques conformément au droit international et à la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer de 1982, de ne pas élargir les différends ni compliquer la situation, de respecter rigoureusement la souveraineté, les droits souverains et la juridiction des pays en Mer de l’Est définis conformément à l’UNCLOS de 1982, de s’opposer vigoureusement aux actes de violation de la Chine et de lui exiger de mettre fin à ses actions, de respecter les droits souverains et la juridiction du Vietnam sur ses zones maritimes.

4. Quelles sont les réactions de la communauté internationale ?

L’opinion international a attaché une grande attention à la situation actuelle en Mer de l’Est. Des pays tels que les États-unis, le Japon, l’Inde, les pays membres de l’ANASE, etc… ont suivi la situation avec un intérêt particulier et ont plus ou moins réagi. On peut citer à cet égard  le communiqué du 20 juillet dernier du Département des Etats-Unis dans lequel il s’est déclaré préoccupé par les « actions provocatives répétées » de la Chine visant les activités de prospection de pétrole et de gaz d’autres pays riverains de la Mer de l’Est et il a même considéré que ces actions menacent la sécurité énergétique dans la région et affaiblit le marché énergique libre et ouvert du bassin indo-pacifique. En suite, le 26 juillet, le député Eliot L. Engel, Président de la Commission des Affaires Extérieures de la Chambre des représentants des Etats-Unis a déclaré que les actions de la Chine constituaient une violation de la souveraineté vietnamienne et de ses droits légitimes dans sa zone économique exclusive et demandé à la Chine de retirer tous les navires des zones maritimes du Vietnam.

Tout récemment, la Conférence des Ministres des Affaires étrangères de l’ANASE tenue le 31 juillet 2019 à Bangkok a discuté la situation en Mer de l’Est et rendu au publique un communiqué exprimant son attention particulière à l’aggravation de la situation actuelle tout en appelant les parties concernées à la retenue et au respect du droit maritime international, y compris l’UNCLOS de 1982. Le Ministre vietnamien des Affaires étrangères PHAM BINH MINH a critiqué les actes chinois de violation contre la souveraineté et les droits légitimes du Vietnam dans ses zones maritimes. Il a aussi lancé un appel à la retenue et au non-recours à l’acte unilatéral  susceptible de porter  atteinte à la paix, à la stabilité et à la coopération dans la région, ainsi qu’aux  activités économiques légales des pays riverains de la Mer de l’Est.

De plus, des chercheurs et experts internationaux participant à la Conférence internationale sur la Mer de l’Est organisée par le Centre américain d’Études stratégiques et internationales (CSIS) à Washington du 19 au 24 juillet 2019 ont constaté la gravité des actes engagés par la Chine en Mer de l’Est et surtout dans la zone économique exclusive du Vietnam tout en manifestant leur inquiétude et insistant sur la nécessité pour les pays concernés de prendre des mesures appropriées visant à gérer la situation et à faire face à l’ambition chinoise de controler toute la Mer de l’Est./.

Réalisé par Farid DAOUDI

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