LIVRES / AKRAWAH GAÂ ! (lisez-le tous !)

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08.08.2019

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Livres 

L’Âne d’or ou les Métamorphoses – Roman d’Apulée (traduit par Désiré Nisard) Editions l’Odyssée, lieu d’édition (????), 2009, (Imprimerie Arc-en-ciel, Tizi Ouzou), 274 pages, 500 dinars 

Parti de Thessalie (berceau de la lignée maternelle), notre héros Lucius va se retrouver, un jour de bonne fortune, amoureux et mû par la (mauvaise ?) curiosité, transformé en… âne. La belle et accorte servante Photis s’était trompée de potion magique. Voilà donc une enveloppe certes non souhaitée mais tout de même assez commode pour entendre et voir (et subir !) le meilleur et le pire des hommes…, tout en étant, la plupart du temps, roué de coups…, accusé de ne pas rendre les services attendus et de tous les maux. Il traversera le pays de bout en bout, changeant de propriétaire, volé ou vendu moult fois, frôlant la mort (échappant même de peu à la « casserole »), cajolé -rarement- pour « services rendus ». Ayant même eu pour « maîtresse », à Corinthe, une riche criminelle assez dévergondée (une « cougar » des temps anciens) « condamnée aux bêtes ». Des brigands, un jardinier, un boulanger, un meunier, un ânier, un groupe de prêtres débauchés, un « acteur » de théâtre… Mille et une vies, mille et une misères (infligées par les hommes… et les femmes) et quelques rares plaisirs. Au bout du long chemin, une prière à Isis, la déesse, pour recouvrer sa peau « d’être humain ». Une apparition. Des conditions. Une transformation réussie. Une conversion à la prêtrise. La route se terminera à Rome avec de nouvelles initiations (Osiris, cette fois-ci) et la réussite professionnelle en tant qu’avocat. Une religiosité et de la foi (en un ou plusieurs dieux) qui s’avèrent payantes ! 

L’Auteur : Apulée (en latin Lucius Apuleius, en berbère Afulay) est né vers 125 à Madaure (actuelle M’daourouch), au nord-est de l’Algérie, alors colonie romaine de Numidie, loin de la côte romanisée, et site actuel de ruines romaines (elle faisait partie de l’Afrique proconsulaire). Il se désignait lui-même comme mi-Numidien et mi-Gétule. Son père était duumvir (membre du gouvernement bicéphale de la ville. A la mort de son père, Apulée hérita avec son frère une fortune de deux millions de sesterces). Il est mort probablement après 170. Ecrivain, orateur et philosophe médio-platonicien. Sa renommée vient de son chef-d’œuvre, le roman latin « les Métamorphoses », également connu sous le nom de « l’Âne d’or ». Apulée a aussi écrit des poèmes et a publié des discussions sur divers thèmes, en particulier philosophiques, ainsi que des discours. Une grande partie de ses œuvres a été perdue (source : Wikipédia). 

Avis : Un style qui date (d’autant que la traduction du latin au français est assez méticuleuse, respectueuse de l’époque et de ses manières de dire et d’écrire), mais des histoires passionnantes nous plongeant dans un autre monde qui n’est certes plus mais qui a été le nôtre… et une humanité qui n’a pas changé. De la philo, de la magie, du rêve, de la réalité toute crue…, dans le 1er roman du monde. Attention lecteur ! «Le plaisir est au bout !» 

« L’interprétation du roman présente de nombreux problèmes en raison de sa multitude de strates. Il constitue un exercice difficile de la philologie classique. La technique du récit et le masquage des intentions de l’auteur ont conduit dans la recherche à une multitude d’hypothèses concurrentes sur sa signification. Le récit d’Amour et Psyché introduit dans le roman fascine les lecteurs depuis la Renaissance. Sa matière mythologique, la relation d’amour entre le dieu Eros (Cupidon) et la princesse Psyché, fournit des thèmes à de nombreux poètes, écrivains, peintres, sculpteurs, compositeurs et chorégraphes. Outre les spécialistes du Moyen Âge et les théoriciens de la littérature, des psychanalystes ont participé à l’étude et à l’analyse du récit (extrait de Wikipédia). On a tout compris. 

Extraits : « Ma jeunesse studieuse a fait ses premières armes par la conquête de la langue grecque. Transporté plus tard sur le sol latin, étranger au milieu de la société romaine, il m’a fallu, sans guide et avec une peine infinie, travailler à me rendre maître de l’idiome » (p 5. Prologue). « Je m’avisai alors, pour la première fois, de tout ce qu’il y a de justesse dans cette allégorie des vieux moralistes, la fortune privée d’yeux. Ne la voit-on pas toujours, en effet, prodiguer ses biens aux méchants et aux indignes ? Elle environne le pervers d’une auréole de probité et met l’innocence même à la merci des bouches les plus coupables » (p 142). « Que voulez-vous ? telle est la flamme de l’amour. Au premier abord, ce n’est qu’une douce chaleur dont la sensation est délicieuse, mais à la longue, le feu devient fournaise et son ardeur dévorante consume l’homme tout entier » (p 164). « Allez maintenant, stupide cohue, vautours en toge, allez vous récrier sur le trafic universel de la justice au temps où nous sommes, quand, aux premiers âges du monde, un homme, arbitre de trois déesses, a laissé la faveur lui dicter son jugement. Or, c’était l’élu du maître des dieux, un homme des champs, un pâtre qui, ce jour-là, vendit sa conscience au plaisir, entraînant ainsi la destruction de toute sa race » (p 247). 

Citations : « Vous ne savez guère à quel point la prétention aveugle. Un fait est-il nouveau, mal observé, au-dessus de notre portée, c’est assez pour qu’il soit réputé faux. Examinée de plus près, la chose devient évidente et, qui plus est, toute simple » (p 7). « Pour combien de gens, esclaves ou pauvres hères, notre condition (de voleurs de grands chemins) n’est-elle pas préférable au régime que leur impose le despotisme ou le besoin ? » (pp 143-144). « Il est trop vrai, rien ne tourne à bien pour l’homme né sous une mauvaise étoile. Où la divine Providence a disposé, il n’est prudence humaine ou dextérité qui serve » (p 188). 



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