Le changement qui pointe en Israël

Follow by Email
Facebook
Twitter

Il y a cinq ans, le président Obama a soutenu le rassemblement des principales figures militaires israéliennes retraitées pour soutenir toute politique régionale de paix. Ce fut la création de « Commanders for Israel’s Security » [1]. Simultanément, il soutenait une alliance des partis arabes israéliens. Il s’agissait de faire avancer la « solution à deux États ».

Cette stratégie a échoué aux élections législatives de 2015 face à Benjamin Netanyahu. Le leader du Likoud, soutenu par le quotidien gratuit Israël Hayom), propriété du casinotier états-unien, Sheldon Adelson, menait une campagne dénonçant l’imminente destruction d’Israël. En définitive, il obtenait une coalition majoritaire à la Knesset.

Au cours des quatre années suivantes, le Premier ministre Benjamin Netanyahu multipliait les déclarations fracassantes face au danger du Hamas, du Hezbollah, de l’Iran, mais évitait autant que faire se peut toute confrontation. De sorte que les électeurs ont commencé à s’interroger sur la réalité de l’imminence de cette menace.

La démission du ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, qui refuse les termes du cessez-le-feu avec le Hamas, provoque des élections législatives en avril 2019. L’ancien chef d’état-major, Benny Gantz, fonde un parti autour de lui avec deux personnalités laïques et deux autres anciens chefs d’état-major. Il affirme à la fois vouloir négocier avec les Palestiniens, mais sans rien lâcher des acquis israéliens ; et vouloir renforcer la démocratie, mais sans oblitérer l’identité juive du pays. Cette position ambigüe ne lui permet pas de l’emporter.

Mais Benjamin Netanyahu ne parvient pas pour autant à former un nouveau gouvernement. En effet, Avigdor Lieberman dénonce soudain la confusion juridique que le Premier ministre entretient pour maintenir son alliance avec les partis religieux. Le débat qui débute à propos de l’exemption de service militaire pour les étudiants des yeshivas se poursuit sur une série d’autres thèmes dont les activités prohibées le jour du shabbat. De nouvelles élections sont donc convoquées pour septembre 2019. L’ancien Premier ministre Ehud Barak revient en politique pour « lutter contre l’apartheid ». La liste arabe unifiée de 2015 est reconstituée, elle comporte tous les partis arabes, du communiste aux islamistes.

En raison des vacances d’été, la campagne électorale elle-même ne dure en réalité que deux semaines. Lieberman parvient à imposer le thème de la laïcité de l’État, tandis que Netanyahu appelle à un référendum sur sa personne. Les questions diplomatiques et militaires sont peu abordées. Le Premier ministre annonce soudain son intention d’annexer certaines zones de Cisjordanie, puis évoque un possible traité d’alliance militaire avec les États-Unis. Il multiplie les appels au secours face, cette fois, à la possible entrée des arabes israéliens au gouvernement aux côtés de Benny Gantz. Il perd les élections.

Les affaires judiciaires impliquant la famille Netanyahu sont largement commentées, mais n’ont pas d’impact électoral.

Selon les premiers résultats, aucune coalition majoritaire ne peut être formée, sauf trahison de ses engagements de campagne par l’un ou l’autre parti.

Même si le thème n’est jamais abordé explicitement, il semble que la défaite de Benjamin Netanyahu sonne le glas de la politique d’expansion territoriale israélienne, héritée du colonialisme britannique. Israël pourrait adopter une politique « normale », sans toutefois remettre en cause pour le moment son occupation des territoires annexés depuis 1967.


Lire : >> Les Israéliens ont rendu leur verdict : l’ère Netanyahou est révolue


Lire aussi :

Par Collectif

Israël: faire passer l’appui à l’occupation pour un désir de paix

Mur-art-urbain-Palestine

Nous avons été estomaqués à la lecture du reportage de M. Marco Fortier en Israël, « 1000 visages, 1000 défis ». Ce texte reprend, sans distanciation, le récit israélien des enjeux politiques des prochaines élections en Israël. On y affirme à plusieurs reprises le « désir de paix » des Israéliens, affirmation reprise dans la légende de la photo principale du reportage.

M. Fortier ne pose jamais la question de ce que signifie le mot « paix » dans ce contexte. Il aurait sans doute su que, pour la grande majorité des Israéliens et peut-être pour les personnes interviewées elles-mêmes, la paix dont il est question signifie la fin de la résistance des Palestiniens, mais pas la fin de l’occupation militaire de Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est. En effet, élection après élection, une majorité d’Israéliens expriment leur désir de « paix » et votent pour des gouvernements qui intensifient l’occupation, en violation du droit international. L’anthropologue israélien Jeff Halper, que M. Fortier aurait eu intérêt à rencontrer, estime qu’il s’agit de pacification plutôt que de paix.

Le reportage aborde le « désir de changement » à travers l’enjeu de contrer l’influence des groupes religieux ultraorthodoxes, mais pas celui de mettre fin à l’occupation.

En d’autres termes, les politiques d’occupation, l’intensification de la colonisation et l’intensification de la violence contre les Palestiniens sont complètement absentes de ce reportage. Les Palestiniens eux-mêmes, comme peuple vivant sous le joug israélien et qui subira les conséquences de ces élections, sont aussi absents du texte. Or, ces questions sont absolument cruciales. Le rapport avec les Palestiniens est abordé tel que les courants sionistes en Israël l’abordent, c’est-à-dire comme un enjeu accessoire, mineur, et surtout bien moins important que le conflit entre séculiers et religieux.

Ce reportage incomplet et biaisé ne suit pas les règles élémentaires du journalisme. Il fait preuve de complaisance, et ne se distingue pas beaucoup de ce qu’aurait fait un bureau de relations publiques du mouvement sioniste. Pourtant, tout ce dont nous parlons est facilement accessible, et très bien documenté. Le journaliste n’a pas pris la peine d’aller écouter les voix porteuses du changement véritable du rapport avec les Palestiniens : B’Tselem, Gush Shalom, Michel Warschawski et tant d’autres. Il aurait également pu interviewer des porte-parole de la « liste conjointe », qui comprend trois partis arabes israéliens et un parti judéo-arabe et l’Union démocratique avec trois partis de gauche qui proposent le programme le plus audacieux en termes de droits civiques et d’égalité citoyenne, soit l’égalité parfaite en droit entre Juifs et Arabes, et surtout qui parlent de mettre un terme à l’occupation.

Nulle surprise, alors, que les politiques israéliennes aient tellement d’appuis au sein des élites québécoise et canadienne. Si Le Devoirn’est pas capable d’avoir la moindre distanciation critique, qui le pourra, dans le mainstream ? Dans ce reportage, Le Devoir n’a pas joué le rôle de source d’information indépendante qu’il aurait dû jouer sur cette question.

*Signataires : Rachad Antonius, Lorraine Guay, Dror Warschawski, Bruce Katz, Mary Ellen Davis, Michaël Séguin, Denis Kossein, Paul Eid, Vincent Romani, Francis Dupuis-Déri, Mouloud Idir, Jean-Claude Ravet, Diane Lamoureux, Scott Weinstein, Gilles Bibeau, Avigaël Lévy

Image en vedette : Mur Israël-Palestine di coté palestinien. Source : Flickr.com

Réponse du journaliste

Vous auriez aimé que je fasse un reportage sur le conflit israélo-palestinien, qui est bien réel, mais ce n’était pas le sujet de mon article. Je n’ai pas la prétention de pouvoir aborder toutes les facettes de la situation politique extrêmement complexe dans cette région du monde en un seul texte. Je suis aussi allé en Cisjordanie occupée militairement par Israël. Je rendrai compte de la situation en Palestine dans un autre reportage à venir.

Marco FortierLa source originale de cet article est Le Devoir (Rubrique: Opinion et Idées)Copyright © CollectifLe Devoir (Rubrique: Opinion et Idées), 2019


Lire aussi :

>> Israël peut-il se passer de Benyamin Netanyahou?


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *