Macron a-t-il violé la souveraineté malgache ?

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Lassaad Ben Ahmed   |15.11.2019

Macron a-t-il violé la souveraineté malgache ?
AA / Tunis / Lassaad Ben Ahmed



« Iles malgaches de l’océan Indien » ou « îles éparses », selon l’une ou l’autre des terminologies utilisées, une reconnaissance est indirectement émise pour désigner la souveraineté malgache ou française sur cinq îlots dissipés autour de Madagascar et dont le différend remonte au début des années soixante-dix.

Glorieuses, Tromelin, Juan de Nova, Europa et Bassas da India sont, en effet, des petites îles inhabitées que la France avait conquises au même titre que la Grande-île en 1896. A l’époque, la France avait alors déclaré colonie française «Madagascar et les îles qui en dépendent».

Toutefois, lorsque Madagascar avait obtenu son indépendance en 1960, ces îles ne lui ont pas été restituées par l’administration française, les considérant comme territoire français.

Et l’affaire d’être portée devant les Nations Unies, qui ont fini par adopter une résolution le 12 décembre 1979, appelant la France à respecter l’unité territoriale de Madagascar et de procéder, « sans plus tarder » aux démarches de restitution de ces territoires.

L’Assemblée générale des Nations Unies avait invité « le Gouvernement français à entamer sans plus tarder des négociations avec le Gouvernement malgache en vue de la réintégration des îles précitées, qui ont été arbitrairement séparées de Madagascar » et demandé «au Gouvernement français de rapporter les mesures portant atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de Madagascar et de s’abstenir d’en prendre d’autres qui auraient le même effet», pouvait-on lire dans la résolution 34/91 du 12 décembre 1979.

Il n’en est rien jusqu’à la réouverture du dossier, courant 2019, notamment à l’occasion d’une récente tournée du président français Emmanuel Macron en océan Indien.

Le président français s’est, en effet, rendu du 22 au 25 octobre derniers à Mayotte, puis à La Réunion, des territoires français « d’outre-mer ».

Mais au passage, il a accosté à Grande Glorieuse pendant quelques heures, en compagnie de militaires et de scientifiques, une première d’un président français sur ces îles disputées.

« Je suis aujourd’hui à Grande Glorieuse, au sein des îles éparses, un territoire français au sein de la région de l’océan Indien… », a-t-il prétendu en arrivant sur l’île disputée.

« La décision que nous venons de prendre, ici, aujourd’hui, c’est de classer en réserve naturelle nationale, cette île et les autres qui l’entourent », a-t-il poursuivi.

« Regardez cet écosystème. Il est en danger. C’est à nous de le protéger », a-t-il affirmé.

Ce passage de Macron à glorieuse n’est pas aussi fortuit qu’il n’en a l’air.

Le président français tranche par son action un différend qui perdure pendant des décennies et court-circuite un processus de négociation, pourtant convenu avec le président malgache Andry Rajoelina.

Les deux dirigeants avaient, en effet, annoncé lors d’une conférence de presse conjointe à Paris, en mai dernier, la mise en place d’une commission mixte pour négocier le statut des îles dites éparses en vue de leur restitution à Madagascar, comme l’a solennellement demandé Rajoelina à Macron.

Ladite commission doit se réunir pour la première fois le 18 novembre courant et la partie malgache, bien qu’elle prouve une attitude amicale, n’arrête pas d’exiger la reconnaissance de sa souveraineté sur « ses îles », au plus tard le 26 juin 2020, date marquant le 60e anniversaire de son indépendance.

A Madagascar, la manœuvre du président français a provoqué des réactions aussi éparses que les îles disputées.

Des médias locaux ont fait état d’étonnement de l’opinion publique de l’attitude colonialiste française, alors que le président Rajoelina a mis en exergue le dialogue avec les Français comme démarche pour défendre la souveraineté malgache sur les îles disputées.

« Madagascar est le sanctuaire de la biodiversité mondiale. Le respect de l’intégrité territoriale et la défense de nos intérêts passent par le dialogue », a t-il déclaré en réaction au débarquement du président français sur Grande Glorieuse et sur ses intentions de protection de la biodiversité de grande Glorieuse.

Côté opposition, l’on n’a pas manqué de constater que le président français était venu en conquérant pour exercer une pleine souveraineté sur un territoire qu’il considère français.

« A travers cette visite, Emmanuel Macron semble vouloir clamer haut et fort que les îles éparses sont une propriété française », a indiqué le parti Otrikafo, un parti nationaliste, s’interrogeant au passage sur la mise en place de la commission mixte sur les îles éparses.

Certains experts ont même appelé à un changement de stratégie. « Les dirigeants malgaches doivent changer de stratégie et trouver un autre moyen de pression, car le dialogue ne pourra pas forcément résoudre le problème », avait lancé Radanoara Julien, un expert malgache en relations internationales.


Cela étant, les jours qui viennent seraient porteurs de nouveaux développements concernant le différend franco-malgache sur les îles disputées.

Toutefois, leur appartenance à la Grande-île, ne devrait pas inquiéter pour autant.

Car, au fait, même si le président français avait cédé sous le charme de Glorieuse en la déclarant « réserve naturelle nationale », cet îlot de 7 kilomètres carrés, ainsi que les quatre autres « îles malgaches de l’océan indien » ne sont pas comptés parmi les territoires français d’Outre-mer.


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