Le monde réagit au refus britannique d’extrader Assange vers les USA

     
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Des personnalités politiques et publiques de plusieurs pays ont commenté la décision du tribunal de Londres de refuser d’extrader le fondateur du site WikiLeaks, Julian Assange, vers les États-Unis.

La décision britannique de refuser d’extrader Julian Assange, fondateur du site WikiLeaks, vers les États-Unis où il risque 175 ans de prison, est une «victoire pour Julian et une victoire de la justice», a déclaré ce lundi 4 janvier Stella Morris, compagne et avocate de M.Assange.

«Nous sommes heureux que la Cour ait reconnu la gravité et le caractère inhumain de ce qui pourrait l’attendre aux États-Unis», a indiqué Mme Morris.

Elle s’est dite préoccupée par la décision des États-Unis de faire appel.

«Raisonnement étrange du juge»

Le chef de la commission des affaires étrangères du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe), Konstantin Kossatchev, s’est félicité de la décision du tribunal britannique.

«Toutefois, le raisonnement du juge semble un peu étrange, il n’a évoqué que la propension d’Assange à se suicider», a noté le sénateur à Sputnik.

Selon le parlementaire, Londres aurait dû expliquer sa décision par l’impossibilité d’expulser les accusés vers des pays qui appliquent la peine de mort. M.Kossatchev s’est dit certain que Washington essayerait de contester le jugement actuel par le biais de pressions politiques.

L’affaire sur l’extradition pourrait prendre plusieurs années

Selon le président et membre du comité exécutif de l’Association russe de droit international, Anatoli Kapoustine, la décision sur l’appel interjeté par les États-Unis peut prendre un an.

«D’une part, ce n’est pas un citoyen britannique, et d’autre part, il est Australien. Il y a un aspect politique et psychologique. En plus, les intellectuels libéraux s’opposent activement à l’extradition», a déclaré à Sputnik M.Kapoustine.

La durée de la procédure dépendra en outre des recours auprès des autorités supérieures – la Cour suprême du Royaume-Uni et la Cour européenne des droits de l’Homme.

«Ces procédures sont très lentes […]. En général, les procédures d’extradition prennent du temps, et étant donné qu’il y a une possibilité de se défendre devant la Cour européenne des droits de l’Homme, je pense que cela durera au moins deux ou trois ans», a admis l’avocat.

Edward Snowden commente le jugement sur Assange

Le lanceur d’alerte Edward Snowden, ancien officier de la CIA et ancien employé contractuel de l’Agence nationale de sécurité (NSA) américaine a soutenu la décision du tribunal de Londres.

«Que cela s’arrête là», a-t-il écrit sur Twitter.

M.Snowden se trouve actuellement en Russie où il s’est réfugié après avoir déclenché, en juin 2013, un scandale international majeur en transmettant des documents classifiés au Washington Post et au Guardian concernant les programmes de surveillance en ligne des services secrets américains et britanniques.

La liberté de la presse n’aurait pas triomphé

Selon l’ancien journaliste du Guardian Glenn Greenwald, le tribunal britannique a confirmé la plupart des chefs d’accusation pesant sur Julian Assange aux États-Unis et a refusé de l’extrader uniquement en raison du caractère inhumain du système pénitentiaire américain.

«Ce n’est pas une victoire pour la liberté de la presse. Bien au contraire: la juge a clairement indiqué qu’à son avis, il y avait des raisons de poursuivre Assange en relation avec la publication de 2010», a indiqué le journaliste sur Twitter.

Assange devrait rentrer en Australie «en homme libre»

Le député australien Andrew Wilkie a qualifié la décision du tribunal britannique de remarquable, appelant le Premier ministre britannique à libérer Julian Assange et les États-Unis à renoncer à faire appel.

«Et le Premier ministre australien devrait le laisser rentrer chez lui en homme libre. Assange a toujours été un héros, pas un méchant», a-t-il écrit sur Twitter.

Amnesty International dénonce la participation de Londres à «un procès politique»

L’ONG Amnesty International a aussi soutenu le refus d’extrader Assange.

«Nous nous félicitons du fait que Julian Assange ne sera pas envoyé aux États-Unis, mais cela ne dispense pas le Royaume-Uni de s’être engagé dans ce procès à motivation politique à la demande des États-Unis et de juger la liberté des médias et la liberté d’expression», a déclaré l’organisation sur Twitter.

Refus d’extrader Assange

La justice britannique a décidé ce lundi 4 janvier que Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, ne devait pas être extradé vers les États-Unis où il est accusé d’espionnage et de conspiration pour avoir diffusé en 2010 des centaines de milliers de documents confidentiels concernant l’armée américaine.

La juge Vanessa Baraitser a expliqué avoir des craintes pour sa santé.

Après cette décision judiciaire, le Président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a offert l’asile politique à M.Assange. Le Mexique entend solliciter auprès du gouvernement britannique sa libération.

Washington a annoncé son intention de faire appel. Une audience sur la libération sous caution de M.Assange devrait se tenir le 6 janvier.

Assange détenu à Londres depuis 2019

Julian Assange purge actuellement une peine dans la prison de haute sécurité de Belmarsh à Londres pour avoir enfreint les conditions de sa libération sous caution. Il a été arrêté le 11 avril 2019 après être resté pendant sept ans à l’ambassade d’Équateur dans la capitale britannique.

Aux États-Unis, Julian Assange risque 175 ans de prison. La justice américaine a formulé 18 chefs d’accusation contre lui, notamment pour espionnage. Selon les avocats de M.Assange, le jugement actuel ne marque que la phase initiale du procès et l’examen du dossier sur l’extradition prendra de longues années et pourrait atteindre la Cour suprême britannique ou la Cour européenne des droits de l’Homme.


 LECRIDESPEUPLES

Assange a gagné, mais à quel prix ? La liberté de la presse est broyée, et la dissidence qualifiée de maladie mentale

Par Jonathan Cook, le 4 janvier 2021

Source : jonathan-cook.net    Traduction : lecridespeuples.fr

La décision inattendue de la juge Vanessa Baraitser de rejeter l’exigence de Washington d’extrader Julian Assange, déjouant les efforts pour l’envoyer dans une super-prison américaine pour le reste de sa vie, est une victoire juridique bienvenue, mais submergée par des leçons plus importantes qui devraient nous perturber profondément.

Ceux qui ont fait campagne si vigoureusement pour garder le cas d’Assange sous les feux de la rampe, alors même que les médias dominants américains et britanniques [sans parler du Monde ou même de Mediapart] ont œuvré avec acharnement à le maintenir dans l’obscurité, sont les héros du jour. Ils ont rendu le prix à payer trop élevé pour que Baraitser ou l’establishment britannique acceptent d’enfermer Assange indéfiniment aux États-Unis pour avoir dénoncé leurs crimes de guerre et leurs crimes contre l’humanité en Irak et en Afghanistan.

Mais nous ne devons pas minimiser le prix qui est exigé de nous pour cette victoire.

Un moment de célébration

Nous avons contribué collectivement, à nos diverses petites échelles, à reconquérir pour Assange un certain degré de liberté et, espérons-le, un sursis face à ce qui pourrait être une condamnation à mort alors que sa santé continue de se détériorer dans une prison de haute sécurité surpeuplée de Belmarsh, à Londres, qui est devenue un terrain fertile pour le Covid-19.

Pour cela, nous devons nous accorder un moment de célébration. Mais Assange n’est pas encore sorti d’affaire. Les États-Unis ont déclaré qu’ils feraient appel de la décision. Et il n’est pas encore clair si Assange restera emprisonné au Royaume-Uni –peut-être à Belmarsh– tandis que de nombreux mois de débats juridiques supplémentaires sur son avenir auront lieu.

Les pouvoirs établis aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne ne se soucient pas de l’endroit où Assange est emprisonné –que ce soit en Suède, au Royaume-Uni ou aux États-Unis. Ce qui a été le plus important pour eux, c’est qu’il continue d’être enfermé hors de vue dans une cellule quelque part, dans quelque sombre cachot où son courage physique et mental pourra être détruit et où il sera effectivement réduit au silence, encourageant les autres lanceurs d’alerte potentiels à tirer la leçon qu’il y a un prix écrasant à payer pour la dissidence.

La bataille personnelle pour Assange ne sera pas terminée tant qu’il ne sera pas complètement libre. Et même alors, il aura de la chance si la dernière décennie de diverses formes d’incarcération et de torture auxquelles il a été soumis ne le laisse pas traumatisé de façon permanente, émotionnellement et mentalement diminué, une ombre pâle du champion de la transparence impénitent et vigoureux qu’il était avant que son épreuve commence.

Cette déchéance sera déjà une victoire pour les systèmes britanniques et américains qui étaient si embarrassés et craintifs face aux révélations de Wikileaks sur leurs crimes.

Voir Toute la vérité sur Julian Assange : ‘Un système assassin est en train d’être créé sous nos yeux’, par Nils MELZER,

Rejeté sur un détail technique

Mais mis à part ce qui est une victoire personnelle potentielle pour Assange, à supposer qu’il ne perde pas en appel, nous devrions être profondément préoccupés par les arguments juridiques avancés par Baraitser pour refuser l’extradition.

La demande d’extradition des États-Unis a été rejetée sur ce qui était en fait un détail technique. Le système d’incarcération de masse américain est si manifestement barbare et dépravé que, comme l’ont démontré les experts lors des auditions de septembre, Assange courrait un risque grave de se suicider s’il devenait une autre victime de ses super-prisons.

Il ne faut pas non plus écarter une autre des considérations probables du pouvoir en place britannique, à savoir que dans quelques jours, Donald Trump aura quitté la Maison Blanche et qu’une nouvelle administration américaine prendra sa place.

Il n’y a aucune raison d’être sentimental à propos du Président élu Joe Biden. Il est aussi un grand fan de l’incarcération de masse, et il ne sera pas plus un ami des médias dissidents, des lanceurs d’alerte et du journalisme qui défient l’État de sécurité nationale que ne l’était son prédécesseur Démocrate, Barack Obama. Qui, rappelons-le, était tout sauf un ami de la liberté de la presse.

Mais Biden n’a probablement pas besoin que l’affaire Assange pende au-dessus de sa tête, devenant un cri de ralliement contre lui, un résidu inconfortable des instincts autoritaires de l’administration Trump que ses propres fonctionnaires seraient obligés de défendre.

Il serait bon d’imaginer que les institutions juridiques, judiciaires et politiques britanniques ont fait preuve de courage en rendant cette décision contre l’extradition. La vérité beaucoup plus probable est qu’ils ont sondé l’équipe entrante de Biden et ont reçu la permission de renoncer à une décision immédiate en faveur de l’extradition, pour une raison purement technique.

Gardez un œil sur ce que fera la nouvelle administration Biden et si elle décidera d’abandonner le dossier d’appel. Il est plus probable que ses responsables la laisseront discrètement suivre son cours, largement sous le radar des médias, pendant encore plusieurs mois.

Le journalisme redéfini comme espionnage

De manière significative, le juge Baraitser a soutenu tous les principaux arguments juridiques de l’administration Trump en faveur de l’extradition, même s’ils ont été complètement démolis par les avocats d’Assange.

Baraitser a accepté la nouvelle définition dangereuse du journalisme d’investigation, requalifié par le gouvernement américain comme de l’ « espionnage », et a laissé entendre qu’Assange avait également enfreint le draconien Official Secrets Act britannique en dénonçant les crimes de guerre du gouvernement.

Elle a convenu que le traité d’extradition de 2007 s’appliquait dans le cas d’Assange, ignorant les termes réels du traité qui exonéraient les procès politiques comme le sien. Elle a ainsi ouvert la porte à d’autres journalistes qui pourront être saisis dans leur pays d’origine et extradés « légalement » ou clandestinement vers les États-Unis pour le crime d’avoir embarrassé Washington.

Baraitser a admis que la protection des sources à l’ère numérique –comme Assange l’a fait pour le lanceur d’alerte Chelsea Manning, une obligation essentielle pour les journalistes dans une société libre– équivaut désormais à un « piratage » criminel. Elle a saccagé les droits de la liberté d’expression et de la liberté de la presse, affirmant qu’ils ne laissaient pas « une discrétion totale à M. Assange pour décider de ce qu’il allait publier ».

Elle a semblé approuver les nombreuses preuves montrant que les États-Unis ont espionné Assange à l’intérieur de l’ambassade équatorienne, à la fois en violation du droit international et de son privilège client-avocat, ce qui constitue une violation de ses droits juridiques les plus fondamentaux qui à elle seule aurait dû interrompre la procédure.

Baraitser a fait valoir qu’Assange bénéficierait d’un procès équitable aux États-Unis, même s’il était presque certain qu’il se déroulerait dans le district oriental de Virginie, où les principaux services de sécurité et de renseignement américains ont leur siège. Tout jury serait dominé par le personnel de sécurité américain et leurs familles, qui n’auraient aucune sympathie pour Assange.

Ainsi, tandis que nous célébrons cette décision en faveur d’Assange, nous devons également la dénoncer bruyamment comme une attaque contre la liberté de la presse, comme une attaque contre nos libertés collectives durement acquises, et comme une attaque contre nos efforts pour tenir les gouvernements américains et britanniques responsables et leur demander des comptes lorsqu’ils bafouent et piétinent les valeurs, les principes et les lois qu’ils prétendent défendre.

Même s’il nous offre d’une main un petit prix dans la victoire juridique actuelle d’Assange, l’establishment nous confisque beaucoup plus avec son autre main.

Voir Les abus de pouvoir contre Assange démontrent qu’il s’agit d’une affaire d’État, par Jonathan COOK,

La diffamation continue

Il y a une dernière leçon à tirer de l’arrêt Assange. La dernière décennie a été consacrée à discréditer, déshonorer et diaboliser Assange. Cette décision doit être considérée comme une continuation de ce processus.

Baraitser a refusé l’extradition seulement en raison de la santé mentale d’Assange et de son autisme, et du fait qu’il présente un risque de suicide. En d’autres termes, les arguments de principe pour libérer Assange ont été rejetés de manière décisive.

S’il retrouve sa liberté, ce sera uniquement parce qu’il a été qualifié de malade mental. Cela sera utilisé pour discréditer non seulement Assange, mais aussi la cause pour laquelle il s’est battu, l’organisation Wikileaks qu’il a aidé à fonder, et toute dissidence plus large qui remettra en cause les récits des pouvoirs en place. Cette idée s’installera dans le discours public populaire, à moins que nous ne remettions en question une telle présentation à chaque occasion.

La bataille d’Assange pour défendre nos libertés, pour défendre les habitants des pays lointains que nous bombardons à outrance dans la promotion des intérêts égoïstes d’une élite occidentale, n’était ni un acte autiste ni une preuve de maladie mentale. Son combat pour rendre nos sociétés plus justes, pour forcer les puissants à rendre compte de leurs actes, n’était pas la preuve d’une déficience quelconque. C’est un devoir que nous partageons tous de rendre notre politique moins corrompue, nos systèmes juridiques plus transparents, nos médias moins malhonnêtes.

À moins que nous ne devenions beaucoup plus nombreux à combattre pour ces valeurs –pour une vraie santé mentale, et non pour les intérêts pervers, insoutenables et suicidaires de nos dirigeants–, nous sommes condamnés. Assange nous a montré comment nous pouvons nous libérer et libérer nos sociétés. Il nous incombe à tous de poursuivre son combat.

Voir notre dossier sur le martyre d’Assange.


     Julian Assange : retour sur de 10 ans de combats pour « dénoncer les abus des États »

Julian Assange est toujours en prison dans la banlieue de Londres. Le 4 janvier prochain la Grande Bretagne délibèrera sur la demande d’extradition des États-Unis pour le juger notamment pour espionnage. Il risque jusqu’à 175 ans de prison. Retour sur une affaire qui embarrasse des gouvernements depuis 10 ans.

Julian Assange lors de son arrivée au tribunal de Londres le 1er mai 2019 où il sera condamné pour violation de sa liberté conditionnelle en 2012
Julian Assange lors de son arrivée au tribunal de Londres le 1er mai 2019 où il sera condamné pour violation de sa liberté conditionnelle en 2012 © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS

Alors que le rapporteur de l’ONU sur la torture a adressé en ce mois de décembre une lettre ouverte à Donald Trump pour lui demander de gracier Julian Assange, la justice britannique doit se prononcer sur une éventuelle extradition demandée par les États-Unis.

La justice britannique a en effet fixé au 4 janvier sa décision sur la demande d’extradition de Julian Assange, australien de 49 ans, réclamée par les États-Unis qui veulent le juger pour la diffusion de centaines de milliers de documents confidentiels de l’armée américaine. En attendant la décision britannique, le fondateur de WikiLeaks est enfermé à la prison londonienne de haute sécurité de Belmarsh, où ses conditions de détention sont dénoncées par l’ONU. Julian Assange est sous le feu des projecteurs depuis dix ans.
Retour sur une affaire qui a embarrassé, et embarrasse encore, plusieurs gouvernements. 

2006 : création de Wikileaks pour « dénoncer les abus des États »

Julian Assange, Australien résidant en Suède, passionné d’informatique, hacker, fonde l’ONG WikiLeaks. Il dit vouloir démasquer les abus des États. Le site de WikiLeaks publie plusieurs dossiers sur des affaires notoires comme en 2009 où il met en ligne des éléments du dossier d’instruction du pédophile belge Marc Dutroux.

2010 : publication de la vidéo de la bavure américaine à Bagdad

Le 5 avril 2010, WikiLeaks publie la vidéo d’un raid aérien mené par deux hélicoptères de l’armée américaine sur Bagdad (datant du 12 juillet 2007). Cette vidéo a été tournée par la caméra embarquée de l’hélicoptère ; il s’agissait d’une information classifiée par l’armée américaine. On y voit des tirs de mitrailleuse visant plusieurs personnes. Dix-huit civils sont tués, dont deux personnes travaillant pour l’agence de presse Reuters. Une camionnette noire, avec à son bord deux enfants, vient ramasser les corps et évacuer les blessés. Une deuxième salve est tirée, cette fois-ci sans l’autorisation de l’État-major. Puis une troisième. La plupart des hommes sont tués et les 2 enfants blessés. Dans la vidéo, on entend rire un militaire américain après les tirs. L’un d’entre eux dit : « Après tout, c’est de leur faute s’ils emmènent leurs enfants sur des terrains de guerre ».

Toujours en 2010, WikiLeaks publie en collaboration avec de grands journaux des dizaines de milliers de documents concernant des interventions américaines en Afghanistan et en Irak.

En novembre 2010, il publie 250 000 télégrammes diplomatiques américains.

Une enquête pour espionnage est ouverte par la justice américaine à son encontre.

Le 7 décembre 2010, il est arrêté au Royaume-Uni à la suite d’accusations de viols de la part de deux femmes en Suède où il résidait. Il nie les faits. une seule femme maintient sa plainte.

2011 : Wikileaks dénonce les maltraitances de Guantanamo

WikiLeaks dévoile les dossiers des détenus de la prison de Guantanamo, territoire américain à Cuba. WikiLeaks accuse Washington de détentions arbitraires et de tortures.

2012 : Julian Assange se réfugie à l’ambassade d’Équateur

Libéré sous caution, Julian Assange se réfugie en juin 2012 au sein de l’ambassade d’Équateur à Londres. L’Équateur lui offre en effet l’asile politique. Les autorités britanniques refusent de lui accorder un passe-droit.

Il ne peut donc pas sortir sans être arrêté et reste enfermé dans le bâtiment diplomatique, sous la surveillance de la police britannique.

Le 6 décembre 2012, Jean-Luc Mélenchon rend visite à Julian Assange à l'ambassade d'Équateur à Londres
Le 6 décembre 2012, Jean-Luc Mélenchon rend visite à Julian Assange à l’ambassade d’Équateur à Londres © AFP / LEON NEAL

Il reçoit des membres de sa famille, et de nombreuses personnalités comme Pamela Anderson, Michael Moore ou Jean-Luc Mélenchon.

Le 2 mai 2017, l'actrice Pamela Anderson rend visite à Julian Assange réfugié dans l'ambassade d'Équateur à Londres
Le 2 mai 2017, l’actrice Pamela Anderson rend visite à Julian Assange réfugié dans l’ambassade d’Équateur à Londres © Getty / Ricky Vigil/GC Images

2013 : Bradley Manning condamné pour avoir publié des documents secret défense

L’enquête américaine pour espionnage à l’encontre de Wikileaks aboutit à la condamnation à 35 ans de prison de l’une des sources de WikiLeaks, l’ex-militaire américain Bradley Manning (devenu Chelsea Manning).

Le site poursuit ses activités. En 2015, il affirme notamment que la National Security Agency (NSA) américaine a espionné les trois derniers présidents français ainsi que des entreprises du CAC 40.

Le 17 janvier 2017, à trois jours de la fin de sa présidence, Barack Obama réduit la peine de Chelsea Manning de 35 à 7 ans de prison, estimant la peine initiale trop lourde. Elle est libérée le 17 mai 2017 mais comparaît régulièrement devant la justice pour refus de témoigner contre Julian Assange.

2016 : WikiLeaks publie des e-mails d’Hillary Clinton

Au cours de l’été 2016, WikiLeaks publie une série d’e-mails obtenus grâce au piratage de membres du parti démocrate, éclaboussant Hillary Clinton à quelques mois de l’élection présidentielle américaine. Les courriels du Comité national démocrate publiés étaient défavorables à Hillary Clinton. Les détracteurs de Julian Assange affirment qu’il a permis l’élection de Donald Trump en novembre 2016. Une accusation confirmée par les services de renseignement américains qui ont conclu que ce piratage était le fait de la Russie dans le cadre d’une opération d’influence visant à favoriser l’élection de Trump. La Russie a toujours nié toute ingérence et Donald Trump toute collusion avec Moscou. Le procureur spécial Robert Mueller, dans un rapport d’enquête il y a un an et demi, s’est dit dans l’incapacité de déterminer la culpabilité de Trump.

2019 : Assange n’est plus poursuivi pour viol en Suède, mais est arrêté par la police britannique

Après dix ans de procédure, le parquet suédois annonce l’abandon des poursuites pour viol contre Julian Assange accusé par une femme de l’avoir agressée en Suède en 2010.

« Beaucoup de temps s’est écoulé depuis les faits avec pour conséquence d’affaiblir les éléments de preuve, au point que j’ai décidé de classer l’enquête sans suite » a annoncé la procureure en chef adjointe à Stockholm.

De son coté, le nouveau président équatorien, Lenin Moreno, qui a lui même été la cible de révélations de WikiLeaks, décide d’expulser Assange de l’ambassade. Julian Assange est alors arrêté par la police britannique et est condamné à 50 semaines de prison pour violation de sa liberté conditionnelle en 2012. Il est incarcéré à la prison de haute sécurité de Belmarsh.

Dès son arrestation, les États-Unis demandent son extradition dans le cadre de l’enquête pour espionnage ouverte en 2010. La justice américaine lui reproche notamment d’avoir mis en danger des sources américaines en publiant plus de 700 000 documents classifiés sur les activités militaires et diplomatiques américaines. Il risque jusqu’à 175 ans de prison.

2020 : quatre semaines d’audience et une décision en délibéré

Le 1er octobre dernier, la justice britannique fixe au 4 janvier sa décision sur la demande d’extradition de Julian Assange, réclamée par les États-Unis, après près de quatre semaines d’audiences à la cour criminelle de l’Old Bailey, à Londres. Il revient en effet à la justice britannique de déterminer si la demande américaine d’extradition, qui lui est soumise, respecte un certain nombre de critères légaux, et notamment si elle n’est pas disproportionnée ou incompatible avec les droits de l’Homme.

Selon les avocats de Julian Assange,  les poursuites à l’encontre de leur client ont des motivations politiques. Or, les accords d’extradition entre la Grande Bretagne et les États-Unis interdisent les extraditions pour motifs politiques. Par ailleurs, ils affirment que Julian Assange est un  journaliste et devrait donc être protégé au nom de la liberté de la presse.

Lors de l’audience londonienne, Julian Assange est apparu confus et très fatigué. Selon l’une de ses avocates, Donald Trump aurait offert de gracier Julian Assange en 2017 si le fondateur de WikiLeaks fournissait la source du piratage des emails du Comité national démocrate pendant la campagne présidentielle de 2016. La proposition était présentée comme une solution où tout le monde trouverait son compte, puisque le fondateur de Wikileaks pourrait « continuer sa vie » et Donald Trump en tirer un bénéfice politique.

Si la justice britannique décide son extradition, Julian Assange pourra malgré tout faire appel.



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