Naissance du Collectif Laïcité Yallah à Bruxelles

« Je veux l’État laïque, exclusivement laïque…, je veux ce que voulaient nos pères, l’Église chez elle et l’État chez lui. » Victor Hugo

Composé exclusivement de militants d’origine musulmane (maghrébins, iraniens, albanais et turcs), le Collectif Laïcité Yallah (CLY) est né le 12 novembre 2019 à l’initiative du Comité d’Action Laïque de Bruxelles afin de fédérer les citoyens belges de culture musulmane. Il a organisé sa première conférence de presse le 5 mars 2020 dans les locaux de l’espace Magh, en plein centre de la capitale belge, en présence de ses membres fondateurs. 

Attachée viscéralement à la laïcité, Djemila Benhabib, auteur de nombreux opus dont « Ma vie à contre Coran », s’est affublée des habits que nous lui connaissons depuis toujours, ceux d’une vision universaliste de la laïcité. Elle a d’emblée indiqué « que contrairement aux communautaristes de tout bord, elle ne se plaçait pas sur le terrain de la victimisation mais sur celui du combat pour une égalité de droits et de devoirs en dehors de toute conception ethnique ou religieuse.

Que ce soit en Belgique, en France ou dans d’autres pays européens, le communautarisme a fait son apparition depuis quelques dizaines d’années. Le résultat est visible : délitement de la courroie qui lie les citoyens et une désagrégation du contrat social. A cela s’ajoute une montée de la xénophobie, de l’antisémitisme, de l’homophobie et du racisme avec une forte progression de l’extrême-droite.

Il faut combattre les courants qui victimisent à outrance et qui infantilisent les citoyens d’origine musulmane et qui encouragent le repli identitaire. Il faut absolument déconstruire ces discours qui assignent les citoyens suivant leur origine ou suivant leur religion. »

Soade Cherifi, enseignante et coach, a mis en exergue son propre parcours professionnel en indiquant qu’elle avait subi, dans les écoles où elle avait travaillé, le sectarisme d’un islam qui excluait, un islam qui rejetait et qui n’avait rien à voir avec celui, tolérant et ouvert de ses propres parents. C’est dans ces circonstances qu’elle avait pris les pleines mesures d’une idéologie paternaliste qui infantilise les femmes et qu’il conviendrait de combattre par tous les moyens légaux. Ce qui a frappé cette enseignante, c’est l’insistance des jeunes élèves qui demandaient de l’aide du fait que les radicaux de l’époque insistaient pour que le voile soit désormais la norme.

Le chef d’entreprise Abdel Serghini a insisté quant à lui sur un constat : l’évolution des populations installées dans les pays occidentaux est conforme à ce qu’il a observé naguère dans son pays d’origine – la salafisation des esprits. Sauf que, contrairement à ce qui semble couler de source et qui ne fait pas la une des journaux, il y a énormément de musulmans attachés à la laïcité, mais ce sont les obscurantistes qui font le plus de bruit. 

Jamila Si M’Hammed, psychiatre et présidente de la section belge de Ni putes ni soumises, invite l’ensemble des laïques de culture musulmane à se réunir pour faire entendre leurs voix. Ces derniers doivent avoir une attitude active qui leur permettrait de sortir du cycle de la victimisation. Le seul fait, pour ces citoyens, de se réunir autour de ces références instaurera un socle de valeurs communes. 

Radouane El Baroudi, cameraman pour la télévision, et Kaoukab Omani, éducatrice, forts de leur investissement dans la cité, se sont demandés où se trouvaient les laïques de culture musulmane.

Le comédien Sam Touzani, qui joue pendant quelques jours, dans la salle de l’espace Magh un spectacle intitulé « Cerise sur le ghetto » et qui affiche tous les soirs complet, se veut à la jonction des résistances et des solidarités venues d’ailleurs. Il veut incarner cette liberté que lui confèrent son humanisme et le sentiment de se sentir pleinement citoyen belge. Il a insisté sur le fait qu’il combattait le phénomène de l’assignation identitaire qui fait de gros dégâts et dont on ne se rend compte que lorsque l’explosion a lieu. « Il faut arriver à regarder la société sous le seul prisme de la citoyenneté » a-t-il insisté.

Et de finir sur cette note d’optimisme : « Tous les jours, des combats sont menés surtout par les femmes. Et ces victoires nous permettent de prendre de la distance pour scruter la réalité et l’apprécier à sa juste mesure. »

Dans son manifeste, le Collectif Laïque Yallah stipule qu’il combat « les courants de pensée qui enferment les musulmans dans un statut de victimes, réhabilitent les « races », dénigrent l’universalisme des Lumières et s’attardent sur nos différences faisant fi de ce que nous avons en commun : notre humanité. » Les membres du Collectif appellent « les États européens et leurs sociétés civiles à manifester une plus grande considération vis-à-vis de leur engagement et les soutenir dans leurs actions. »

Auteur : Kamel Bencheikh


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