Les Palestiniens peuvent être abattus sans raison, tranche la justice israélienne

    L’armée israélienne, qui demande une peine légère de 3 mois de travaux d’intérêt général pour un assassinat illégal et injustifié, encourage les soldats à tuer des Palestiniens innocents

Ahmad Manasra a été tué par balle depuis un poste de garde renforcé et sans aucune raison. Une négociation de peine pour le soldat qui a tiré sur lui montre une fois de plus l’absurdité d’un système grotesque de tribunaux militaires.

Par Gideon Levy

Source : Haaretz, le 17 août 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

C’était l’un des incidents les plus graves que j’ai couverts ces dernières années. Des tirs mortels criminels, sans raison, sur un Palestinien dont la voiture était en panne, puis la mort insupportable par balle d’un homme qui ne s’était arrêté que pour l’aider. Une exécution par une nuit froide et pluvieuse. C’était une de ces histoires qui rendent furieux parce qu’elle ne cesse de se répéter. Les tirs ont été effectués de sang-froid par quelqu’un qui n’était pas en danger, retranché en toute sécurité dans un poste de garde renforcé d’où il a tiré comme un fou, visant un jeune homme qui n’a fait que tenter de fuir pour sauver sa vie. Six balles ont transpercé le corps d’Ahmad Manasra, alors qu’il revenait du mariage d’un ami.

Le soldat aurait pu prédire que malgré ce meurtre de sang-froid, il n’aurait rien à craindre. Les « Forces de défense israéliennes » lui permettent de tirer à volonté, à condition qu’il tire sur un Palestinien. Tsahal dit à ses soldats de continuer ainsi, de tuer des innocents, aucun problème. Pas un cheveu de votre tête ne sera touché.

Lundi, un tribunal militaire traitera de cette question. S’il approuve la négociation de peine qui demande trois mois de travaux d’intérêt général pour cet assassinat de sang-froid, ce sera l’une des performances les plus absurdes de ce système grotesque connu sous le nom de tribunaux militaires. Trois mois de travaux d’intérêt général pour le meurtre criminel d’un innocent et la blessure d’un autre – et il n’y a pas d’autre instance vers laquelle se tourner, sinon la Cour pénale internationale de La Haye. Une fois de plus, il a été démontré que l’armée israélienne ne sait pas et ne veut surtout pas enquêter sur les crimes de guerre et punir de manière appropriée les coupables. Les États-Unis sont en colère contre le meurtre de George Floyd. Israël bâille d’ennui et d’indifférence face au meurtre d’Ahmad Manasra. Qui en a même entendu parler ?

Ce qui s’est passé le 20 mars 2019 à l’entrée sud de Bethléem devrait plus précisément être qualifié de crime de non-guerre. Une famille rentrait chez elle après avoir rendu visite à des proches lorsque leur voiture a été impliquée dans un accident mineur. Ala Raayda, le père, est sorti pour voir pourquoi sa voiture ne démarrait pas. Un soldat dans sa tour de garde lui a tiré dessus. Pourquoi ? Parce que. Peut-être qu’il s’ennuyait de sa longue période de garde. Ala a été blessé à l’estomac. Maissa, sa femme, a appelé au secours, ses deux filles terrifiées, Sirin, 8 ans et Lynn, 5 ans, restant assises sur la banquette arrière.

Un groupe d’amis résidant à Wadi Fukin arriva au carrefour dans leur voiture, revenant du mariage d’un ami à Bethléem, et s’arrêta pour offrir de l’aide. Trois d’entre eux ont transporté le père blessé dans un hôpital voisin dans leur voiture, tandis que Manasra, 23 ans, à peine plus âgé que le soldat qui l’a abattu, est resté avec la femme et les filles, essayant de les calmer et de faire démarrer leur voiture. Puis le soldat dans la tour a recommencé à tirer. Il a touché Manasra, qui a tenté de sauver sa vie en courant se réfugier vers un grand bloc de ciment à environ 10 mètres de là, dans une tentative désespérée de se mettre à l’abri de la fusillade. En vain. Six balles ont touché le jeune homme en fuite. De toute évidence, tous les tirs étaient destinés à tuer.

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   La tente de deuil installée pour Ahmad Manasra, Wadi Fukin, Cisjordanie, 2019.

Son père, Jamal, un carreleur qui travaille en Israël, ne voulait pas entendre les nouvelles. Dans son cœur, il savait que quelque chose n’allait pas, comme tant de parents dans les territoires occupés, et il a refusé de répondre au téléphone jusqu’à ce qu’on vienne finalement lui dire que « Votre fils Ahmad a été blessé ». Alors qu’il se précipitait à l’hôpital, on lui a dit que son fils était décédé.

Près d’un an et demi s’est écoulé. Une enquête intense. Une négociation de peine. Trois mois de travaux d’intérêt général, comme si nous parlions d’une infraction au code de la route. Le porte-parole de Tsahal, qui avait précédemment tenté d’enterrer l’affaire et de prétendre qu’il y avait eu des jets de pierres ou qu’il s’agissait de « frictions entre Palestiniens », a tenté de blanchir à nouveau l’assassin. « Des éléments de preuve complexes et des considérations juridiques ont été pesés, [ainsi que] les circonstances opérationnelles claires de l’incident et la volonté du soldat d’assumer ses responsabilités. » Des mots creux pour dissimuler un crime.

Combien de gymnastique verbale est-elle nécessaire pour rendre casher le fait incontestable qu’il ne s’agissait pas de « considérations de preuve complexes » ou de « circonstances opérationnelles claires », mais seulement d’un permis explicite donné aux soldats israéliens de tuer sans retenue ?

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Les forces israéliennes tirent et blessent sur un Palestinien sourd à un checkpoint

L’incident survient moins de trois mois après que la police israélienne a abattu et tué un Palestinien de 32 ans atteint dune forme grave d’autisme.

Source : Hindustan Times, 18 août 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

Lundi, les forces de sécurité israéliennes ont tiré et blessé un Palestinien sourd qui n’a pas pu entendre leurs ordres de s’arrêter à un poste de contrôle de Cisjordanie, a indiqué la police, tandis qu’un présumé attaquant palestinien a été abattu lors d’un autre incident à Jérusalem.

Le porte-parole de la police, Micky Rosenfeld, a déclaré que l’homme de 60 ans marchait dans une zone du passage de Qalandia au nord de Jérusalem où seuls les véhicules sont autorisés. Rosenfeld a déclaré que les gardes de sécurité avaient appelé l’homme à s’arrêter mais qu’il avait continué à « les approcher d’eux d’une manière suspecte ». Ils ont ensuite ouvert le feu sur ses jambes, le blessant modérément. Ce n’est qu’ensuite que les soldats ont découvert que le suspect n’avait pas répondu parce qu’il « ne pouvait ni entendre ni communiquer », a déclaré Rosenfeld.

Rosenfeld a déclaré plus tard lundi qu’un garde impliqué dans la fusillade avait été arrêté dans le cadre d’une enquête sur l’incident.

L’incident survient moins de trois mois après que la police israélienne a abattu un Palestinien de 32 ans atteint dune forme grave d’autisme. Les forces de la police des frontières israéliennes ont poursuivi l’homme dans un recoin de la vieille ville de Jérusalem et lui ont tiré dessus alors qu’il se recroquevillait près d’une poubelle après avoir prétendument été pris pour un agresseur.

Voir  L’armée israélienne abat un Palestinien autiste

La fusillade a suscité des critiques et des appels pour que la police modifie ses directives permettant d’ouvrir le feu pour prendre en compte les personnes handicapées.

Plus tard dans la journée de lundi, la police a déclaré qu’une personne avait été légèrement blessée lors d’une attaque au couteau présumée dans la vieille ville de Jérusalem. Rosenfeld a déclaré que l’attaquant présumé avait été tué par balle.

Ces dernières années, des assaillants palestiniens isolés ont procédé à une série d’attaques à l’arme blanche, de coups de feu et d’attaques à la voiture-bélier. Mais les Palestiniens et les groupes de défense des droits israéliens disent que les forces israéliennes utilisent souvent une force excessive et parfois tuent des attaquants présumés qui auraient pu être arrêtés [sans parler des assassinats d’innocents déguisés ensuite en assaillants].

Heba Yazbak, un législateur israélien d’origine palestinienne, a déclaré que l’incident de lundi au passage à niveau avait révélé la réalité de forces israéliennes à la gâchette facile.

«D’abord, ils tirent et ensuite ils vérifient », a-t-elle déclaré. « Le fait de tirer sur un Palestinien sourd innocent n’est qu’un autre exemple de la facilité avec laquelle les forces de sécurité israéliennes peuvent nuire à la vie humaine. »


 

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