Entretien du Pr Omar Aktouf : Revoir de fond en comble notre façon de penser l’économie-gestion

      par Mohamed Bouhamidi

1- Le monde assiste à une inflation élevée. Même les grandes puissances, dont les États-Unis, ne sont pas épargnées. Au chapitre des solutions, certains avancent une élévation des taux d’intérêt, d’autres une hausse des salaires. N’y a-t-il pas risque que le «remède» aggrave la maladie ?

  Omar Aktouf : Oui ! Notre monde est en proie à un rythme inflationniste parfois démentiel dans certaines contrées. Hélas pas les plus riches ou les plus nanties ou résistantes. Par exemple en Tunisie ou j’ai eu à séjourner quelques semaines récemment il existe une inflation deux à trois fois supérieure, sinon plus, à celle que j’ai observée en Algérie ou au Maroc. Même chose entre Canada et France par exemple comme un peu partout dans le monde. Cependant un fait est sûr : une réelle et importante inflation est déjà galopante à travers la planète. Ce phénomène prévisible à l’échelle de la planète est bien entendu et plus que certainement dû aux conséquences multiples du Covid-19 depuis fin 2018 et leurs effets collatéraux. Mais aussi à une politique économique planétaire quasi totalement et opiniâtrement orientée vers les préceptes du néolibéralisme dont on peut observer à loisir et à l’œil nu les considérables dégâts, qui se déroulent et s’accélérèrent toujours plus et plus gravement un peu partout. Avant, en toutes choses, d’avancer des «solutions», il convient d’examiner les causes. Or ces causes pour ce qui nous occupe ici, pour la plus grande partie, échappent totalement aux raisonnements économiques néoclassiques/néolibéraux habituels *du moins dans le monde du capitalisme dit financier). Bien que, cependant, je dirais d’emblée que fort malin et hyper perspicace, celui qui arrivera à les cerner réellement, je m’aventure à avancer qu’il y en a plusieurs, de ces causes plausibles, dont je mentionnerais principalement :

1- Le fait que la main-d’œuvre est devenue plus coûteuse et plus exigeante après avoir gouté à des indemnités d’urgence étatiques souvent plus généreuses que les salaires d’avant le confinement. Et ce dans bien des secteurs, même à main d’œuvre moyennement ou peu qualifiée comme les services de restauration, d’hôtellerie, de livraisons, d’entretien, de manutention, caisses etc.,… Et qui désormais refusent de revenir aux conditions «d’avant».

2- Le fait que, durant près de trois ans, il n’y a pas eu, ou pratiquement pas, de formations de ce genre de main d’œuvre : ce qui en a aggravé la «pénurie» et haussé les exigences notamment en demandes salariales, en avantages divers…

3- Le fait que, durant ces trois années, il n’y a pas eu, dans les pays concernés et l’Occident en général, d’apport traditionnel de main d’œuvre «compensatoire» provenant des flux de l’immigration habituelle.

4- Le fait que le confinement et autres effets du Covid-19 ont considérablement ralenti, sinon stoppé, les productions, acheminements, transformations intermédiaires, transports etc.,… de nombre de produits et services, y compris les conteneurs, l’usage des voies maritimes moins chères, des voies ferroviaires, de camionnages… bref l’ensemble des chaines logistiques, du froid, des transports nationaux et internationaux…

5- Le fait que, durant ces trois années, les productions de tout ce qui est intrants dans la production de grands nombres de produits indispensables (l’exemple des métaux rares et des puces pour les automobiles, camions, avions, cellulaires, électroménager… en est un des plus parlant) rendant du même coup tout ces produits aussi «rares» que plus chers.

6- Le fait, très loin d’être négligeable, de voir les entreprises, banques, multinationales… profiter de la situation pour scandaleusement gonfler leurs marges de profits (ainsi la seule gigantesque canadienne Loblaw a augmenté sa marge de 40% – sic ! – ce dernier trimestre par rapport au même trimestre l’an passé !! Elle est loin d’être la seule. Pratiquement toutes les entreprises de ce secteur – produits grand public, carburants, alimentaire – ont en fait autant). De ceci, dans les milieux d’affaires, politiques, médias… on parle fort peu, évidemment. Mais de la nécessité d’éviter tout mouvement de hausse des salaires, ou de redistribution ni même de taxation de ces surprofits, il en est bruyamment question partout.

7- Et le fait, enfin, si on veut s’en arrêter là, que les productions, acheminement, conditionnement… conservation… etc., des produits alimentaires ont évidemment été également considérablement ralentis durant ces années ; ce qui bien sûr a rendu la vie graduellement plus chère un peu partout, bien que de façons inégales selon les régions, pays, mais frappant plus et de plein fouet les moins nantis…

On pourrait cependant et très sérieusement et considérablement ajouter à tout cela le fait que les institutions financières et les entreprises (à preuves les profits mirifiques – en sus des non moins bien généreuses «indemnités» accordées par les États – que ces organisations ont engrangés durant et après ces trois années fatidiques. Bien trop souvent les taux de hausse de ces profits (Big Pharma, banques, pétrolières, entreprises des secteurs de l’alimentation, de l’agro-industrie…) sont bien supérieurs, et même indécemment hors proportions, par rapport aux hausses des prix dus à l’inflation, dont on a examiné les quelques causes plausibles plus haut. Cela est particulièrement observable – je le réitère – dans les incommensurables différentiels d’augmentation des profits par rapport à celle de l’inflation, dans par exemple le secteur pharmaceutique, celui des hydrocarbures, celui de l’alimentaire, du logement, des transports…

Tout cela m’amène donc à tenter de trouver réponse à la question des «remèdes» préconisés dont vous parlez. Ce sont là de fort habituelles réactions néoclassiques/néolibérales à ce genre de problèmes. Ce qui consiste en : 1- Soit faire du quantitavie easing – ou assouplissement quantitatif (lâcher la bride sur la planche à billets) afin de «booster» artificiellement le pouvoir d’achat, ou soit 2- hausser les taux d’intérêts pour faire subvenir l’inverse : assécher une substantielle partie (en rendant l’obtention de crédits plus difficile) de la monnaie en circulation et ainsi abaisser la demande et du même coup les prix. On peut avoir aussi recours au chômage qui fait diminuer la quantité de monnaie circulante par celle des salaires ; mais comme on est en situation de manque de main d’œuvre suffisamment qualifiée, comme montré plus haut, ce serait une non-solution, pour le moment. Cependant, que ce soit la planche à billet ou la hausse des salaires, il ne s’agira jamais que de mesures artificielles et cosmétiques, en plus d’être éculées et usées jusqu’à la corde, et de toujours frapper les mêmes : les plus vulnérables.

Ce genre de «solutions» n’est évidemment surtout pas structurel, car 1- il toucherait aux fondements même du système tel que voulu par ceux qui en profitent et 2- il est éminemment pensé pour répondre à un problème qu’on veut faire passer pour momentané-réversible – alors même que si, certes, les causes immédiates sont conjoncturelles le fond du vrai problème et ses causes profondes sont, elles, structurelles (notamment dues au mode de pensée économique néolibéral).

Ce mode de pensée oublie notamment qu’on ne peut indéfiniment compter sur l’immigration, sur les capacités des États à inlassablement fournir de la main d’œuvre gratuitement qualifiée aux entreprises, ou à voler à leur secours quand elles sont en difficultés (voir l’exemple de ce que fait Macron avec EDF aujourd’hui en France, après Alstom, Air-France…). Ou encore sur la continuité infinie et sans accrocs des bons fonctionnements des chaînes immanquablement interdépendantes et enchevêtrées du commerce mondial : production, conditionnement, transport, distribution… Et ce particulièrement avec une économie «mondialisée» au point de rendre un épicier de Paris complètement vulnérable devant le plus petit «incident» de rouage en Chine, ou devant le surgissement de virus inconnus, se produisant au fin fond du bout du monde. Choses qui deviendront, cela est l’évidence même désormais, de plus en plus la règle que l’exception.

Donc pour conclure au sujet de cette question, disons que oui, certainement, ces remèdes seraient plus nocifs que bénéfiques. Autant l’un que l’autre. Car d’un côté, hausser les salaires sans contreparties en termes de hausse proportionnelle de biens, services, commodités… dans ladite «économie réelle» cela ne sera que facteur d’inflation supplémentaire, voire dans bien des cas (exemple encore une fois de la Tunisie où sévit déjà une hyper inflation) facteur de surchauffe et/ou d’hyper inflation encore plus incontrôlables. Ou alors d’un autre côté, assécher peu ou prou la circulation d’argent par le resserrement des conditions d’emprunts notamment, cela risque d’enclencher, à l’inverse, une baisse drastique du pouvoir d’achat (déjà en bien des pays et particulièrement en Tunisie où je l’ai vu, les populations ont un recours quasi massif et systématique au crédit bancaire pour faire face même aux dépenses les plus courantes !) et un mouvement déflationniste : baisse des prix par défaut de demande solvable et désinvestissements en prime… : excellents facteurs de récession accélérée (en plus de pousser les populations à des formes de protestations sociales qui deviendraient certainement violentes).

Au fond, donc, LA solution et LA seule reste de revoir de fond en combles notre façon de penser l’économie-gestion et… de se mettre au plus vite 1- à faire payer (enfin !) les criminels-coupables-responsables de tout ce carnage auquel nous assistons, les hypers riches de cette planète et leurs immenses paradis fiscaux à commencer par les USA (oui !) et à finir par la City de Londres, ou la Suisse en passant par tous les Luxembourg, Monaco, Panama, Andorre, Bahamas, îles Caïman… de ce monde. Chacun des dollars amassés par ces hypers riches correspond à d’énormes destructions passées et aux super destructions que nous observons ; incendies, climat affolé, sécheresses, famines, inondations, pauvretés, injustices… Leurs super-méga-colossales fortunes construites sur la dégradation systématique de la planète depuis la Révolution industrielle (un Jeff Bezos «pèse» à lui tout seul plus de mille milliards de dollars !!!) doivent être saisies et mises à disposition des États et des populations pour tenter de «réparer» le peu de ce qui peut encore l’être. Et 2- en redistribuer une bonne partie sur l’ensemble des régions les plus atteintes afin de juguler inflations (par exemple par des mécanismes de subventions), baisses des pouvoirs d’achats… Et 3- enfin, pour le plus long terme, adopter au plus vite la prescription du Club de Rome datant de 1972 (!) soit mettre un point d’arrêt immédiat à la croissance pour la croissance (PIB, PNB…) et à l’enrichissement dépassant toute indécence des riches de ce monde. Je plaide donc pour aller vers une autre forme de croissance : ladite «croissance organique différenciée» déjà préconisés par le Club de Rome, c’est à dire abaisser drastiquement les taux de croissance des pays nantis afin de permettre aux non-nantis d’avoir une croissance minimalement positive sur de longs cycles, sans remettre en question l’intégrité et la survie de notre planète.

Et puis et surtout n’oublions pas ces deux exhortations parmi les plus insistantes de Albert Einstein : «Aucun problème ne peut être résolu à partir du système de pensée qui a créé le problème» ; et «À refaire indéfiniment les mêmes choses, il est fou d’espérer un quelconque changement !».

2- La phase post-Covid s’annonce décisive. La concurrence dans l’économie du savoir et dans la digitalisation va battre son plein. En Algérie, des compétences montent et le Gouvernement affirme sa volonté de les accompagner dans le cadre du nouveau paradigme économique qu’il compte mettre en place. Par quels leviers, l’Algérie pourra-t- elle réussir ce défi ?

O. A.: Ma réponse à cette question sera aussi étonnante que totalement décalée par rapport aux discours les plus courants sur ces sujets.

Je commencerais par dire que nous sommes déjà dans la phase pots-covid, et sans doute de plain-pied. Cette phase se caractérise expressément par les dégâts considérables et les reliquats collatéraux de ces dégâts. Déjà on annonce une huitième vague sans doute aussi dévastatrice que les précédentes (nul ne peut rien en dire en fait, sauf que nous sommes loin d’en être sortis) pour l’automne 2022 ! À mon avis il est très prématuré de parler de réelle ère post-Covid. Nous n’en avons pas fini avec ce virus – directement issu de l’hyper extractivisme de l’économie néolibérale qui veut aller gratter jusqu’aux derniers petits recoins de ce monde afin de se procurer, au plus vil prix possible, des matières premières de plus en plus difficiles d’accès, mettant ainsi en contact des espèces animales et végétales que la Nature a soigneusement éloignées et séparées les unes des autres depuis des millénaires immémoriaux ! Et «créant» ainsi des combinaisons et mutations de centaines de milliers de virus jamais destinés à se croiser. Cela cessera-t-il en donnant prédominance et libre chemin à toutes ces chimères dénommées nouvelles économies, économie du savoir, de l’intelligence artificielle, des start-up… pour se réaliser sans nouveaux dégâts qui annihileront d’avance tous «gains» espérés de ces dites nouvelles économies ? Qui peut le garantir alors que tous les signes (climatiques, écologiques… épidémiologiques…) indiquent opiniâtrement le contraire ?

Il convient, avant d’aller plus loin, de bien comprendre que ces dites économies du savoir etc.,… relèvent de ce que l’on appelle le secteur «tertiaire non-marchand» de l’économie. C’est-à-dire d’un des trois principaux «secteurs» économiques classiques : le primaire, c’est à dire extraction ; le secondaire, la transformation ; et le tertiaire, les services… Or ce dernier a une caractéristique que les deux premiers n’ont pas : c’est celle d’être composé d’une partie dite «marchande» et d’une seconde dite «non-marchande». Cette partie est dite non-marchande du fait qu’elle ne peut se suffire à elle-même ni survivre et prospérer par elle-même. Elle a donc absolument besoin de l’apport économique de sa composante dite marchande, mais aussi – et principalement – des deux autres secteurs (primaire et secondaire) afin d’exister, se maintenir et évoluer. Autrement dit, il faut comprendre que c’est là une partie de l’économie quasi parasite des autres ! Et donc dépendante de l’accroissement de ces «autres» pour se maintenir et croître elle-même. Je me suis souvent prononcé sur ce sujet, et il y a même des années ! Notamment dans un de mes principaux livres «La Stratégie de l’Autruche». C’est une vraie chimère que de croire pouvoir compter sur cette économie dite de la connaissance, du savoir, virtuelle, de l’intelligence artificielle… pour prendre, même en parie, les rôles et places qu’occupent les secteurs de l’économie plus traditionnelle, plus réelle et plus concrète comme celle qui caractérise les secteurs primaire et secondaire et tertiaire marchand (transports, hôtelleries, tourismes, restaurations, communications…). Le secteur non-marchand est tout simplement incapable de générer les revenus et moyens économiques pour survivre ou se suffire car il a un besoin vital des revenus et numéraires produits par les autres secteurs pour pouvoir trouver débouchés à ses propres «productions» (ceci sans mentionner le fait que le nerf de sa guerre qui est l’information, la connaissance, ne sont nullement des ressources en soi ! au contraire, plus on en dispose plus on dispose de «capacités» et «nécessités» d’aller vers les autres secteurs pour faire de ces informations… des utilités et commodités permettant ce que permet l’économie dite réelle (pour plus de détails voir à ce sujet mon livre «La Stratégie de l’Autruche»).

Ainsi, pour prendre un exemple trivial, une personne perdue en pleine nature, ayant froid, affamée… ne va certainement pas se mettre à chercher un terrain de golf, un casino, une console de jeu ou un algorithme boursier pour s’en sortir ! Elle va d’abord se chercher une route, un autobus, un restaurant, un hôtel, un abri, un hôpital… Ou encore, un Africain du fin fond de la brousse du Togo qui a faim, n’a que faire «d’informations» sur le poulet… ce dont il a besoin c’est d’un poulet provenant d’une vraie et concrète installation de production de poulets ! En un mot comme en mille, sans les installations concrètes, l’argent, les revenus et les moyens provenant d’abord des activités de l’économie réelle traditionnelle – concrète ; cette économie dite du savoir, de la connaissance, virtuelle… n’a aucune façon ni moyen de faire acheter, de trouver, par elle-même, des débouchés à ce qu’elle peut produire ! Qui aurait l’idée de chercher à s’offrir un laptop, une tablette, un téléphone portable, un Kindle, une console de jeu… s’il n’a déjà des revenus provenant d’abord d’un travail dans l’un ou l’autre des secteurs concrets – «marchands» ? relevant, eux, de l’économie «réelle» !? Autrement dit, il est impossible de penser une économie où tous travailleraient dans les nouvelles technologies et le virtuel, et où ils seraient tous capables de se procurer, à travers ce genre d’emplois, tous les gadgets et technologies qu’ils produisent, en plus de tout ce dont ils ont besoin pour vivre !! Les revenus de gens travaillant dans les autres secteurs – d’abord ! – leurs sont absolument indispensables pour écouler ces gadgets et technologies. Donc si cela signifie quelque chose, et quelque chose de très grande importance, c’est que pour développer une économie virtuelle, du savoir, des technologies… il faut d’abord surdévelopper une économie basée sur les secteurs «marchands», depuis l’alimentaire jusqu’aux transports, infrastructures, écoles, universités… industries d’extractions, de transformations, de services marchands…

À moins d’imaginer des sortes de pays entièrement «silicones vallées» qui ne vendraient à une kyrielle d’autres pays «absolument pas silicones vallées» que produits et gadgets électroniques, informatiques, jeux… en étant obligés d’importer tout le reste, depuis la nourriture, jusqu’aux bicyclettes ! Ce qui évidemment n’a aucun sens. Cela n’a non seulement ni sens ni possibilité de viabilité à long terme avec de telles dépendances «de vies concrètes-réelles» elles, absolument indispensables, incontournables, inexorables !

Par ailleurs il est bien connu et bien documenté, que, et ô combien, ces «économies du savoir» et leurs «technologies» sont hyper coûteuses en tout… jusqu’en sur-dévastation de notre planète. Et tout cela depuis les très hautes formations des servants humains -incluant tout ce que cela implique-, jusqu’aux immondes conditions (écologiques, humaines…) de recherche et extraction de terres rares, en passant par des semi-finis, intrants, liants chimiques, solvants, adjuvants… des plus onéreux-polluants et vecteurs de maladies des plus ignobles qui soient, jusqu’aux installations de production nullement moins nocives…

Mais aussi et plus grave, en des temps où les terres pour s’alimenter et l’eau pour survivre se tarissent partout, leurs affolantes nécessités de dévaster des surfaces inouïes de terres pour se procurer ne serait-ce que les fameuses composantes venant de «terres rares» (ainsi la production d’un simple laptop nécessite de retourner-dévaster jusqu’à huit tonnes de terre. Ou en y ajoutant 70% d’eau !). D’où l’Algérie, pour prendre cet exemple que vous évoquez, pourrait-elle tirer les ressources (de toutes sortes, depuis les «humaines», jusqu’aux finances et les intrants, les terres, l’eau…) qui permettraient de se lancer tête baissée dans une telle «économie du savoir» ? Quand aura-t-elle d’abord développé des niveaux suffisants des autres secteurs (déjà en état sinistrés !) depuis l’instruction, jusqu’aux infrastructures, en passant par l’autosuffisance alimentaire, industrielle, des services… ? Quand ?

Je me vois bien désolé de conclure ma réponse à cette question en vous affirmant que ce n’est là pratiquement que rêves, pensée magique, wishfull thinking, et chimères sorties de cerveaux qui ne pensent pas bien au-delà du bout de leur nez ! Il suffit pour s’en convaincre de songer au nombre incalculable de «projets de modèles économiques pour l’Algérie» qui, depuis plus de soixante ans, ne se sont avérés que terribles éléphants blancs et chimères, accouchant pour finir d’une nouvelle race d’Algériens : les innombrables malheureux «Harragas».

3- Un autre projet d’envergure est engagé, celui de la révision du système financier et bancaire. Quel rôle devront jouer les banques dans la relance de l’investissement notamment dans cette période marquée notamment à la faveur de la nouvelle loi sur l’investissement ?

O. A.: Tout d’abord, je dirais qu’à part les facilités toutes néolibérales accordées au capital privé – national et international – et les portes plus grandes ouvertes au bradage des acquis nationaux à grands efforts de deniers publics, avec facilités jamais égalées au privé (il est ainsi inscrit dans la Constitution dernièrement bricolée, noir sur blanc, la nécessité «d’améliorer le climat des affaires !» du jamais vu !). Cette soi-disant nouvelle Loi des finances n’est que, comme toujours depuis le virage Chadli, cessions et démissions (sous diverses formes) du public et de l’État en faveur du bon privé «efficace polymorphe». Cette Loi empeste les prescriptions et idéologies néolibérales les plus éculées et les plus dévastatrices pour le monde actuel, et le tiers monde en particulier. Ensuite ladite révision du système financier n’apporte à mes yeux – et à n’importe quels yeux le moindrement avertis et attentifs – absolument rien de fondamentalement nouveau au regard des bons vieux principes létaux des rôles les plus néfastes de la finance en système néolibéral. «Créer» ou «concrétiser la création» d’une bourse de type «capitalisme financier», avec ouverture tous azimuts du capital des entreprises y compris étatiques (voir à ce sujet les excellentes analyses, entre autres, de Michel Albert ex codirecteur de la BCE et auteur du livre Capitalisme contre capitalisme, où il oppose radicalement le capitalisme «financier» (néolibéral de type USA, etc.,…) à «l’entrepreneurial – industriel» de type Europe du Nord ou Japon… y incluant leurs systèmes financiers et boursiers TRÈS différents) c’est mettre l’économie algérienne dans une spirale de type argentin, spirale dont on connait l’issue en 2002-2003 !

Trois ou quatre choses essentielles me frappent en cette nouvelle loi des finances : 1- le mouvement clair vers diverses formes de cession du capital étatique au privé par ladite «ouverture» du capital des EPE. Cela va mettre encore plus l’Algérie en dépendance vis à vis des joint-ventures bien contrôlées par l’étranger, car le capital informel algérien ne sortira pas de sa clandestinité juteuse, et l’épargne disponible «visible» algérienne est bien trop loin de pouvoir y faire face et entrer significativement dans les structures financières de ces EPE ; 2- le mouvement vers une «privatisation – indépendance» de la Banque Centrale et une création de banques d’affaires «libres», dédiées aux activités d’opérateurs privés nationaux et étrangers, ou aux multinationales (mesures ultra néolibérales et de cession de souveraineté nationale) ; 3- la stimulation de ladite «culture et des habitudes de fonctionnement boursiers» dont on voit bien les effets délétères partout dans le monde dominé par le néolibéralisme et laisser-faire spéculatif ; et 4- le net recul du rôle de l’État (à part les grandes déclarations d’intentions mille fois éculées, de plus de contrôle sur l’informel, ou sur les mouvements de devises, sur les impôts…) en faveur de milieux affairistes et financiers tels qu’on les voit à travers les activités (hautement patriotiques et philanthropiques !) des grandes banques et bourses occidentales.

Encore une fois, et «globalement» il n’y a là, à mon point de vue, que énième tentative de singer (même pas copier, on en est loin) le système édicté depuis longtemps par les implications des fameuses négociations de Bretton Woods, et des agissements de leurs instances (IFI : Banque mondiale, FMI et OMC) totalement dédiées au service du grand capital occidental mondial. Quoi de vraiment révolutionnaire ou de bénéfique pour l’Algérie dans tout cela sous le soleil ? Nous arriverons, en espérant le mieux, à peine à rattraper les retards accumulés – néolibéraux pure laine en plus ! – (Dieu sait en combien de temps et avec combien de gaspillages et de gabegies comme toujours, en plus) vis-à-vis de pays aussi «avancés» que la Tunisie et le Maroc, et encore bien loin de ceux d’Amérique latine ! Et tout cela juste en termes de bancarisation des opérations, en digitalisation, en récupération d’une infime partie du capital informel, en modernisation – mise à niveau des hyper-bureaucratisations bancaires, en mises en place de système plus flexibles et plus propices à l’épargne «visible» comme le postal-financier…

Le chemin est hélas, encore bien, bien long !!!

Par ailleurs trois grands dangers nous guettent avec cette soi-disant grande nouveauté en termes de réformes financières – bancaires :

1- Se pose d’abord la question de savoir d’où sortiront les colossaux capitaux nécessaires pour atteindre l’envergure des réformes et mesures et projets envisagés ? De la planche à billets ? Cela est hors de question vu déjà les niveaux d’inflations et de déficits polymorphes accumulés ; en plus de la capacité d’absorption en pertes sèches et irrécupérables, tel en un trou noir, et quasi immédiate, de la part du secteur informel de toute forme d’assouplissement quantitatif ou de «financement non conventionnel».

De l’emprunt extérieur ? On sait toutes les merveilleuses retombées de conditionnalités et autres impératifs du Consensus de Washington – ou du système financier international – que cela entraine. Sans parler des garanties rachitiques que l’Algérie a à offrir (je parle en termes réels et non «potentiels» ou «putatifs») et qui nous vaudront des conditions et taux d’intérêts des plus drastiques capables d’annihiler tout «progrès» réalisé.

2- Se pose ensuite celle du danger d’une spirale vicieuse de type argentin, où vers la fin des années 1990 (avec la complicité active de myriades de multinationales, banques occidentales, et d’investissements directs étrangers, ainsi que d’une bourgeoisie locale hyper compradore, et d’un secteur privé totalement extraverti) on a vu l’économie argentine, dans toutes ses composantes ou presque – alors qu’elle était qualifiée et notée par les IFI comme l’un «des meilleurs élèves économiques connus des FMI et consorts ! -, appartenir à tout le monde sauf au peuple et à l’État argentins ! En effet à l’aide d’une solide «culture boursière» et d’une non moins solide orthodoxie néolibérale résolument tournées à fond vers les prescriptions des dits «ajustements structurels» le pouvoir argentin de l’époque a ainsi tout simplement précipité ce pays dans la banqueroute totale. Notamment pour ce qui touche aux privatisations et aux IDE. Comme en Algérie, la planche à billets fonctionnait à fond de train, solidement appuyée par une artificielle parité dollar-peso (qui garantissait bien entendu de juteux revenus aux placements des IDE libellés en $) ; la loi de finance poussait à leurs ultimes logiques les cessions des joyaux de l’économie argentine (y compris les services essentiels dits de monopoles naturels, comme les eaux, les transports, les communications… jusqu’au système financier et bancaire) aux intérêts étrangers. Donc à force de voir tout appartenir désormais à l’étranger (quel personne morale ou physique argentine – ou aujourd’hui algérienne – aurait eu – ou aurait, à moins de trafics de «clans» profonds et immondes dont on connait des exemples – les capacités de s’offrir le système des eaux d’Argentine ? D’électrification ? de télécommunications ou de digitalisation ? de transports ? d’exploitations minières ? (À ce titre et par exemple, et à elle seule, la multinationale ITT a «investi» en Argentine une trentaine de millions de $ dans le cuivre, et en a retiré… quatre milliards de profits en un an !!! ; une banque canadienne a à elle seule également sorti de ce pays, en une semaine, ce qui équivalait quasiment à l’aide annuelle du FMI…) etc., etc., Voilà, pour l’essentiel, ce qui explique la banqueroute spectaculaire qui a frappé ce pays en 2002 -2003. Est-ce cela que nous voulons voir se produire chez nous ? En tirons-nous quelques leçons ?

3- Enfin se pose aussi la question du devenir des joyaux (en termes potentiels) des restes de l’économie étatique algérienne, dans lesquels des milliers de milliards de dollars ont été engloutis ? Du secteur si stratégique des hydrocarbures (dans lequel on sait que les fameux fonds des IDE ne se préoccupent quasiment d’aucun effort de recherches-explorations : juste pomper, vendre et engloutir des profits dont on connait la juteuse partie enfouie dans les coffres et comptes offshore de «pontes algériens». Ainsi hors Sonatrach ou financement de Sonatrach quasiment aucun effort de recherche – exploration ne se fait. Pour preuve, le rapport «Algérie 2030» indique que sur une trentaine de «découvertes» rapportées… seulement deux ou trois seraient du fait de compagnies hors Sonatrach ! Ce qui signifie que les IDE en ce domaine ne font que pomper ce que notre société étatique découvre, met en valeur, rend exploitable… et le vendent ! Que prévoit-on dans ce vaste projet financier-boursier-bancaire… en termes d’équilibres pompages-commercialisations et efforts d’explorations – découvertes de la part de toutes ces multinationales et IDE qu’on veut attirer ?

En guise de conclusion de réponse à cette question, je dirais qu’il n’y a là que du, fort éculé et usé jusqu’à la corde, néolibéralisme financier-boursier (en plus des habituelles myriades de grandes déclarations d’intentions et de vœux aux quatre vents). Strictement rien de réaliste-concret ne m’apparait quant à, par exemple, la façon dont on va se sortir du «gouffre – trou-noir» que représente le titanesque gisement du secteur informel, en plus de celui de l’évasion fiscale et des immenses biens et colossales fortunes bien installées à l’étranger de tant d’Algériens, oligarques ou non, et souvent fort connus en plus !? En ce sens, qu’est devenu par exemple le fameux et inestimable «Fonds de solidarité» amassé sous Ben Bella !? Où se trouve-t-il ? Qui en a les «clés» ?

4- La finance islamique commence à faire son chemin au sein de la société. Les banques annoncent une série de produits. Ce compartiment peut-il apporter une plus-value en termes d’inclusion financière ?

O. A.: Personnellement j’ai encore bien des difficultés à comprendre ce que, exactement, «finance islamique» signifie. Si cela implique (le peu que je pense en avoir compris ne me l’indique guère) la fin de la logique du profit (à fortiori maximum) ; de celle de la spéculation (boursière létale notamment : je m’en explique largement et notamment dans mes livres La Stratégie de l’Autruche et Halte au gâchis) ; de celle de l’appât du gain et de la cupidité insatiables des actionnaires et investisseurs ; de celle du non-souci généralisé (réel) du bien-être de tous ; de celle de l’égoïsme intrinsèque qui accompagne la cupidité ; de celle du souci du bien-être de la la Nature ; des animaux sauvages et domestiques ; de la redistribution équitable des richesses produites (et SVP qu’on ne me brandisse pas la sempiternelle échappatoire à cette question qu’est la «Zakat») ; de celle de la présence-persistance – inévitables – «concurrence» par rapport aux rendements et «performances» des autres formes d’institutions financières… etc., etc.

Je ne vois vraiment pas grand-chose, au vu des connaissances et arguments actuels, de nouveau ou de plus beau à en espérer, comparativement aux systèmes financiers habituels. Il faudra qu’on m’explique et qu’on me convainque sérieusement. Ainsi il est à noter que les produits financiers dits islamiques dont on parle, sont déjà offerts dans bien des pays depuis des années. Pays dont la Grande Bretagne… jusqu’au Canada en passant par l’Australie et même certaines régions des USA ! À ma connaissance, on n’en voit encore aucune sorte de bienfait supplémentaire pour les populations, les plus démunis, la Nature… etc., nulle part !

Alors ? encore une chimère ? ou même comme disent certains, une fumisterie ?

Sinon j’aimerais bien (sachant que j’ai même préfacé un livre sur les sujet – en termes de philosophie fondamentale derrière certains principes -, et aussi que j’ai aussi donné des conférences sur le strict essentiel de ce sujet) qu’on m’indique comment cette dite finance islamique va atténuer les dégâts de la croissance, aller vers une économie de décroissance, une économie vraiment écologique, une économie vraiment redistributrice, vers une diminution drastique des indicateurs de «réussite» néolibéraux tels que compétitivité, rendements, croissance continue, PNB, profits, PIB, excédents commerciaux, liberté des prix et inflations, «liberté» du marché, de l’exploitation continue et ignoble du salariat et de la Nature… etc., etc.,

Alors peut-être aurais-je quelques commentaires judicieux et «informés» à formuler.

5- La refonte des Entreprises publiques économiques (EPE) est une autre priorité du Gouvernement. Comment va-t-elle réussir ?

O. A.: Tout d’abord, cette question est pratiquement à l’ordre du jour depuis les tout débuts de l’ère Chadli, c’est-à-dire tout débuts des années 1980. Où sont les résultats ? Un démantèlement et un délabrement en règle du (relativement) peu d’efficacité et d’efficience, que ces entreprises, peu ou prou, et qu’on le veuille ou non, avaient tout de même, jusque-là, chacune dans son secteur. Voilà ce qu’on a vu de plus tangible de ces sempiternelles velléités de réformes-refontes-restructurations… des dites EPE. Que fera-t-on de plus ou de mieux à présent, alors que nous sommes à des galaxies de distance de ce que l’économie algérienne – hydrocarbures en particulier – pouvait offrir comme moyens à l’époque !? Va-t-on réinventer ou plutôt inventer une «refonte des entreprises étatiques» algériennes spéciale ? Ou «spécifique» comme on l’annone si souvent dans un certain vocabulaire algérien persistant ? Tout à fait visiblement et prévisiblement, cette énième dite refonte se fera d’abord et uniquement en pensant à l’intérieur de cadres pratiques et théoriques strictement néolibéraux (le système de pensée qui a créé ces problèmes qu’on veut résoudre) de niveau «méso-économiques» et aussi essentiellement «microéconomiques». Tel que cela est codifié dans l’ordre de la doctrine néolibérale, depuis quasiment la fin de la Seconde Guerre mondiale. Alors que les problèmes de loin les plus cruciaux, les plus gravement urgents que nous avons à affronter de nos jours, autant en pensée et applications économiques et managériales, sont éminemment et indiscutablement d’ordre MACROÉCONOMIQUE ! C’est-à-dire de l’ordre de la façon dont nous concevons les places, rôles, significations… de l’entreprise (son «efficacité» ne résiderait qu’en sa capacité à démultiplier l’argent pour l’argent ?) ; de la Nature (seulement stocks infinis et gratuits à disposition éternelle ?) : des sociétés (seulement stocks de mains d’œuvres et d’employables jetables et interchangeables ?) ; des humains (seulement «ressources» infiniment exploitable ?) ; des animaux ; des générations futures ; du climat… Comment tout cela devra-t-il s’insérer dans les activités économiques que nous pratiquons, ou comptons pratiquer ; activités qui sont déjà bien connues pour être invivables, létales, insoutenables, intenables ! non durables !

Voilà LES niveaux auxquels il faut, absolument et inexorablement désormais, penser ou repenser une refonte quelconque, quelle qu’elle soit, touchant aux institutions et organisations qui ont à voir avec les activités économiques et gestionnaires. C’est-à-dire un niveau paradigmatique et surtout pas bassement pragmatique-procédural. Je le dis solennellement et gravement : aucune forme de théories ou de préoccupations ou de projections, de projets… de niveau uniquement «réformiste» (et non révolutionnaire) et constamment à l’intérieur des conceptions dominantes actuelles en la matière, sans changer radicalement le cadre global de la pensée économique à laquelle nous nous rattachons… n’échappera inexorablement à l’échec de toutes celles qui ont précédé. Hélas, un échec toujours plus cuisant et plus rapide, en plus !

Je l’ai mille fois ressassé : il ne sert absolument à rien de procéder à toutes les «refontes» de fonctionnement méso et micro des agents économiques qu’on voudra, car LE problème n’est pas, et n’a jamais été, à ce niveau ! Il est depuis longtemps au niveau (bien sûr bien plus difficile et complexe à aborder) de la pensée économique globale que nous adoptons. Car, et ceci doit être bien compris : tout agent économique quel qu’il soit, depuis l’État jusqu’à la dernière épicerie… et particulièrement les entreprises et leur management, ne sont que bras armés aveugles au service d’une conception économique qui les domine, les dépasse, les manipule, les dirige, les agite comme des marionnettes. À conception économique néolibéral : institutions et agents économiques néolibéraux ! Point ! Qu’on en soit conscient ou non. Or notre vital et désormais létal problème à travers le monde (et l’Algérie est dans CE monde) c’est précisément la persistance dans la gravissime erreur de se maintenir au sein d’une conception néolibérale de l’économie. Voilà le niveau auquel il convient de réfléchir et se battre. Certainement pas à celui de savoir si il faut ouvrir les capitaux des EPE, modifier les statuts de leurs CA, alléger le poids de l’État (à admettre qu’il y en ait un en Algérie, ou même ailleurs : ce ne sont plus que comités de gestion au service du monde de l’argent et des faiseurs d’argent, depuis au moins deux siècles), procéder à de l’emprunt public par émissions d’obligations, à des partenariats public-privé, à des privatisations du capital étatique des EPE, à importer je ne sais quels modèles financiers-boursiers, dits de «marché», lui-même dit «libre»… Tout cela est désormais uniquement destructeur, voire criminel, caduque, nul, fini !!

N’a-t-on donc pas vu, depuis le pays d’Algérie, à quel point tout cela n’est que dévastations et bêtise létale entêtée partout ailleurs ? À quel point, par exemple, les partenariats public-privé sont des fiascos partout où ils ont été tentés en monde occidental néolibéral !? Ne voit-on pas que l’Angleterre, la France, les USA (même et surtout sous Trump)… et j’en passe, sont en train de renationaliser (oui !) – rapatrier vers des investissements et programmes de gestion étatiques, tout ce que des Thatcher, Reagan (Obama a même essayé avec les banques US et Wall Street – ce que l’Islande a fait totalement à son grand bonheur), ou des Sarkozy… ont bradé au privé ou mis en PPP ? Depuis le système de santé et les Chemins de fer en Angleterre, jusqu’à L’EDF aujourd’hui, Air-France, Alstom, Lafarge, Orange… (y compris avec un Macron !) !?

Décidément, non ! Avec cette loi des finances et ce qui s’en suit, l’Algérie fait encore et encore fausse route, avec un entêtement tenace et admirable. C’est du côté du capitalisme (puisque capitalisme on semble vouloir) entrepreneurial à l’allemande, à la scandinave, à la japonaise… et aujourd’hui à la chinoise (comment expliquer que ce pays en soit là où il en est après – et toujours avec – une constitution radicalement communiste ? Et surtout que CE SONT DES ENTREPRISES D’ÉTAT qui sont les fleurons des incroyables réalisations dont s’est rendu capable ce pays ? N’y a-t-il pas là matière à profonde réflexion avant de se lancer tête baissée, encore et encore, dans les chimères mortelles – et désormais criminelles – que charrient les éculés et depuis longtemps dépassés tous modèles US et de capitalisme financier néolibéral que l’on voudra.


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