Sale temps pour le régime expansionniste et prédateur du Makhzen

Les eurodéputés se réveillent pour voter réellement. D. R.

Le 19 janvier 2023 est une date à marquer d’une pierre blanche dans l’agenda du Parlement européen. En effet, celui-ci, secoué par le gigantesque scandale de corruption désormais connu sous l’appellation Marocgate, a décidé de tenter de retrouver sa virginité en votant une résolution à l’encontre du Maroc. Avec 356 voix pour, 32 contre et 42 abstentions, les eurodéputés ont condamné le Maroc pour ses atteintes à la liberté de la presse et aux droits de l’Homme, notamment concernant plusieurs journalistes et opposants rifains emprisonnés et torturés, ainsi qu’à son usage du logiciel espion Pegasus pour espionner notamment les journalistes.

Le Parlement demande, en outre, aux Etats membres de cesser d’exporter des technologies de surveillance vers le Maroc. La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a interdit l’entrée de l’Eurochambre aux représentants du Maroc jusqu’à ce que l’enquête pour corruption du Marocgate soit terminée, mais une délégation s’est quand même rendue à Strasbourg pour tenter d’influencer le vote contre le Maroc. Le royaume de Bousbir qui n’avait plus été inquiété de cette façon depuis un quart de siècle, grâce aux enveloppes qu’il distribuait à certains députés qu’il avait corrompus, a reçu une véritable gifle. Et la délégation marocaine qui avait été envoyée à Strasbourg pour tenter d’influer une fois de plus sur le vote a, pour la première fois depuis des lustres, fait chou blanc.

Le déni : tactique récurrente du Makhzen

Il semble donc que tout ce beau monde soit sorti du coma profond dans lequel l’avait plongé la fumée du hachich fourni gracieusement par SM le roi de la tomate et du cannabis. Avec une bonne gueule de bois tout de même. La presse se réveille elle aussi puisqu’un journaliste de la RTBF a obtenu un entretien d’une heure avec le député marocain Hicham Aït Menna qui s’était déplacé à Strasbourg à l’occasion du vote de cette résolution. Avec un aplomb et une arrogance sans égal, cet envoyé du Makhzen a nié les faits de corruption et a demandé au journaliste de nommer les eurodéputés corrompus et de fournir des preuves. Le déni est une tactique récurrente chez le Makhzen, on peut lui mettre le nez dans son étron, il dira que cela sent la rose. De plus, le journaliste belge a produit un document daté du 14 janvier 2023. Il s’agit d’un mail envoyé à de très nombreux eurodéputés par le député marocain Mounir El Jaffali ([email protected]) pour, bien sûr, critiquer la résolution du Parlement européen sur le Maroc et tenter d’influencer le vote. Or, le 14 janvier, la proposition de résolution présentée par les députés Renew (Alliance des démocrates et des libéraux) n’avait pas encore été envoyée à l’ensemble des députés. Donc, on voit que la purge n’a pas encore été faite et qu’il reste des éléments qui continuent à œuvrer pour le Maroc.

Concernant les noms et les preuves réclamés par cet Aït Menna, le juge Michel Claise est en train de les réunir, d’autant plus que l’agent infiltré du Maroc, Pier Antonio Panzeri, a manifesté son intention de se mettre à table et de balancer tout le monde. En effet, Panzeri a pris la posture bien connue des mafieux qui veulent alléger leur peine et joue désormais les repentis. Et les têtes commencent à tomber. Ainsi, il a déjà accusé le député socialiste belge Marc Tarabella d’avoir reçu des «récompenses» pour un montant total de 120 000 à 140 000 euros. La comptable de Panzeri, Monica Rossana Bellini, a été arrêtée à Milan, à la demande des autorités belges, et mise en détention pour association de malfaiteurs, corruption et blanchiment d’argent. Elle aurait été l’architecte du réseau d’entreprises utilisées pour manipuler et blanchir l’argent de la corruption.

Marie Arena, par contre, a été innocentée par son ami Panzeri, mais cela n’enlève rien au fait qu’elle a la mémoire qui flanche, comme chantait jadis Jeanne Moreau, puisqu’elle a oublié de faire part d’un voyage qu’elle avait effectué à Doha aux frais du Qatar. Si sa mémoire est défaillante, ce n’est pas le cas de tout le monde, puisque quelqu’un lui a judicieusement rappelé sur Facebook qu’elle avait déjà défrayé la chronique en demandant à un architecte d’intérieur d’opérer des transformations dans son bureau pour un montant de 275 000 euros et en faisant aménager une douche de 6 400 euros, dès son installation comme ministre en 2004. Et là, ce n’étaient pas les Qataris qui payaient, mais bien les contribuables belges.

Quant à Frédérique Ries, on ne trouve nulle trace d’elle au Parlement européen le jour du vote. Elle prend la défense des abeilles sur les réseaux sociaux, monte au créneau pour fustiger «l’oppression» dont sont victimes les activistes iraniens, mais pas un mot sur le vote de la résolution contre le Maroc, pourtant émanant de son propre groupe. Son nom ne figure ni dans le groupe qui a voté oui, ni dans le groupe qui a voté contre, ni dans les abstentionnistes. Une migraine subite l’aurait-elle empêchée de se rendre au Parlement pour y effectuer son devoir de parlementaire ce jour-là ?

Les révélations pleuvent. La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, qui s’attache à redorer le blason de l’institution, a chargé son cabinet de faire enregistrer à la va-vite, entre le 11 et le 12 janvier dernier, les 141 cadeaux qu’elle a reçus depuis le début de son mandat en janvier 2022. Or, le règlement interne exige que les élus doivent déclarer les cadeaux au plus tard à la fin du mois suivant le mois au cours duquel ils les ont reçus. Mieux vaut tard que jamais, bien sûr. Interrogé à ce propos, le porte-parole de la présidente a déclaré que la déclaration ponctuelle et régulière de ces cadeaux était une règle à laquelle les présidents n’étaient pas astreints. Ah bon ? Il a néanmoins assuré que Madame Metsola respecterait désormais ce calendrier. Nous voilà rassurés. Elle a par ailleurs été interrogée sur un séjour qu’elle a effectué dans un hôtel de luxe français où elle était invitée par une fédération viticole. Elle a déclaré ce voyage la semaine dernière dans l’urgence mais sans préciser que son mari faisait partie du voyage. D’après les règles du Parlement, elle aurait dû signaler ses projets de voyage en novembre déjà. Les époux ont été hébergés à l’hôtel cinq étoiles Le Cep dans la ville de Beaune, avec un somptueux dîner cinq services inclus. Elle n’est pas belle, la vie au Parlement européen ?

Vers le Pfizergate ?

Bien sûr, on attend que l’épée de Damoclès qui se balance au-dessus de la tête de certains élus se décide à tomber, ce qui n’est qu’une question de temps. Nous pensons à tous ceux que nous avons cités dans notre précédente enquête (et 2) sur le Marocgate, tels que le député fédéral belge Hugues Bayet, ou encore le sénateur belge Francis Delpérée, et bien d’autres qui ne sont pas encore dans le viseur de la justice mais qui ne perdent rien pour attendre. Nous n’oublions pas le fidèle conseiller du roi de la tomate, Gilles Pargneaux, l’ex-député européen du parti de Macron, La République en marche, qui a eu le temps de faire bien des entourloupes au profit du Maroc en dix ans de Parlement européen. Et nous pouvons d’ores et déjà ajouter Raffaele Coppola, le maire de Liveri, une municipalité italienne près de Naples qui est jumelée avec Dakhla depuis le 4 février 2014, lequel a déclaré qu’«en cette période de crise du marché du gaz naturel, la décision de l’Algérie d’annuler l’accord du gazoduc Maghreb-Europe est contraire aux intérêts de la communauté et de nos principaux alliés en Afrique comme le Maroc». On aimerait bien savoir ce qui a bien pu persuader ce maire italien de jumeler la ville dont il est en charge avec la ville de Dakhla qui est un territoire sous occupation marocaine. On apprend également que quatre députés bruxellois du parti de droite, le MR, David Weystman, David Leisterh, Gaëtan Van Goidsenhoven, et Clémentine Barzin, se seraient laissé charmer par le chant des sirènes en se rendant à Laâyoune en septembre 2022, à l’invitation du Maroc. Ils en sont revenus en vantant les mérites de la politique coloniale marocaine. Et ce n’est que le début, car le Marocgate n’a pas encore livré tous ces secrets.

Tant que nous sommes dans les révélations et les scandales de l’oligarchie occidentale corrompue jusqu’à l’os qui dirige l’Occident, on caresse l’espoir de voir émerger un jour les scandales qui gangrènent la Commission européenne, parmi eux le Pfizergate dont l’héroïne incontestée est la championne des embrouilles et des messages téléphoniques effacés, Ursula von der Leyen dont nous avons déjà parlé dans un précédent article. Cette équilibriste finira par tomber tôt ou tard, c’est certain mais, en attendant, elle entraîne l’Europe dans un chaos dont celle-ci ne sortira pas indemne, tout en percevant un salaire mensuel de 30 000 euros, auxquels on ajoute les millions d’euros de commissions que ses divers conflits d’intérêt lui rapportent. Madame Von der Leyen n’a pas de souci pour payer ses factures de gaz et d’électricité, contrairement aux populations européennes que ses décisions unilatérales ont plongées dans le marasme. Là aussi, l’avenir nous réserve bien des surprises.

Monsieur Mariani, l’Algérie est un Etat souverain !

Pour en revenir à la résolution votée au Parlement de Strasbourg, citons Thierry Mariani, ancien LPR, UMP, LR, devenu RN, et auquel nous dédions la chanson L’Opportuniste de Jacques Dutronc («je retourne ma veste, toujours du bon côté, en attendant de retourner mon pantalon»), il a déclaré au Parlement européen lors de cette session : «Je souhaitais commencer ce discours en disant que nous nous réunissons pour condamner les pratiques d’un pays qui bride les droits de l’Homme, oppresse les voix contestataires et participe à la déstabilisation de l’Afrique. Mais alors, cela signifierait que nous parlons ici de l’Algérie. Or, la gauche européenne ne condamne jamais l’Algérie, et l’Union européenne lui passe tout en espérant son gaz. A la place, nous débattons du Maroc qui est pourtant un des pivots de notre partenariat stratégique en Afrique…» Monsieur Mariani, auriez-vous peur de perdre vos séjours luxueux à la Mamounia ? Avez-vous oublié la déstabilisation de la Libye par votre pays, la France, et dont nous vivons les conséquences jusqu’à aujourd’hui ? On comprend que vous soyez jaloux des richesses de l’Algérie et que celles-ci soient protégées par une grande armée. L’Algérie française n’existe plus, Monsieur Mariani, nous ne sommes plus à l’époque de «Maréchal nous voilà !» ni à celle de l’OAS dont vous et votre parti êtes les héritiers naturels. Apprenez, Monsieur Mariani, que l’Algérie est un Etat souverain et n’est plus un département français.

Nous rappelons à ce triste sire qu’en juin 2021 le Parlement européen l’avait placé sur une liste noire avec six députés européens français appartenant au RN de Marine Le Pen, leur interdisant d’effectuer désormais des missions d’observation d’élections à l’étranger pour le Parlement européen. L’Assemblée reprochait à ces élus RN d’avoir bénéficié de voyages luxueux en Crimée et au Kazakhstan, qualifiés de faux voyages d’observation. Sachant que le Makhzen ne lésine pas à récompenser ses affidés, on dirait bien que le sieur Mariani a pris goût aux voyages exotiques au royaume de la prostitution et de la pédophilie. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce Mariani prend la défense du Maroc et tape sur le Polisario et, dans la foulée, sur l’Algérie. Déjà, en décembre 2020, il dénonçait «l’action néfaste du gouvernement algérien en Afrique», déclarant que «l’Algérie n’est vraiment pas un partenaire fiable», allant même jusqu’à évoquer «la vague de répression menée à l’encontre des meneurs du Hirak algérien pacifique pour instaurer un Etat civil réellement civil et démocratique». Nous avons remarqué que vous aviez voté contre la résolution, Monsieur Mariani, pourriez-vous nous expliquer pourquoi ? L’important, n’est-ce pas, c’est le grisbi et l’épaisseur de l’enveloppe. Telles sont les valeurs de l’Europe : les valises remplies d’euros.

Voici ceux qui ont voté contre la résolution :

Identité et Démocratie (droite nationaliste et extrême droite) : Dominique Bilde (RN), Patricia Chagnon (RN), Marie Dauchy (RN), Jean-Paul Garraud (RN), Catherine Griset (RN), Jean-François Jalkh (RN), France Jamet (RN), Virginie Joron (RN), Gilles Lebreton (RN), Thierry Mariani (RN), Eric Minardi (RN), André Rougé (RN).

Non-inscrits : Nicolas Bay (Reconquête, extrême-droite), Marcel de Graaff (Forum voor Democratie, conservateur et… eurosceptique, mais qui siège quand même au Parlement européen), Hervé Juvin (RN exclu du parti pour violences conjugales).

Socialistes et Démocrates : Clara Aguilera (PSOE), Estrella Durá Ferrandis (PSOE), Jonás Fernández (PSOE), Lina Gálvez Muñoz (PSOE), Iban García Del Blanco (PSOE), Isabel García Muñoz (PSOE), Eider Gardiazabal Rubial (PSOE), Nicolás González Casares (PSOE), Alicia Homs Ginel (PSOE), Adriana Maldonado López (PSOE), César Luena (PSOE), Cristina Maestre Martín De Almagro (PSOE), Javi López (Parti des socialistes de Catalogne), Javier Moreno Sánchez (PSOE), Marcos Ros Sempere (PSOE), Domènec Ruiz Devesa (PSOE), José Ignacio Sánchez Amor (PSOE).

Jane Benzaquen pour achever le Makhzen ?

Tous ces gens n’ont rien à faire de la liberté de la presse, ni des droits de l’Homme au Maroc, et encore moins du peuple sahraoui, qui, nous le rappelons, n’a même pas été évoqué dans la résolution qui visait le Maroc au Parlement européen. Pourtant, les Sahraouis disparus, emprisonnés, torturés, sont légion. On remarque aussi que le parti socialiste espagnol s’est allié avec l’extrême-droite de Marine Le Pen pour voter contre cette résolution. Ce n’est pas la première fois que les socialistes se compromettent, ils sont même coutumiers du fait, mais quand même, on peut se demander ce que le Makhzen a pu récolter en piratant le téléphone portable de Sanchez et celui de sa ministre de la Défense pour que le PSOE se mette à plat-ventre devant les rejetons de Bousbir.

Parmi ceux qui ont préféré se défiler en s’abstenant de voter, citons l’Allemand Lars Patrick Berg, du Groupe des conservateurs et réformistes européens. Il a manifesté son soutien au royaume féodal du Maroc à plusieurs reprises et figure même dans Wikipédia comme «un soutien du Maroc». Il s’est d’ailleurs indigné lorsque l’Algérie a décidé de ne pas reconduire son contrat de fourniture de gaz au Maroc, déclarant sur son compte Twitter que «l’Algérie était un partenaire peu fiable», contrairement bien sûr au Maroc qui, selon lui, est l’un des partenaires privilégiés du partenariat euro-méditerranéen et de l’accord UE-Maroc. Bizarrement, ce Monsieur Berg, tout en affichant son amitié pour le Maroc, fait aussi partie de la Commission d’enquête sur l’utilisation de Pegasus et de logiciels similaires de surveillance et d’espionnage. Sachant que dans cette commission siégeait aussi Andrea Cozzolino dont le Parquet fédéral belge a demandé la levée de l’immunité parlementaire et qui est incarcéré et que cette commission renâclait à produire un rapport à l’encontre du Maroc, on peut comprendre la situation délicate dans laquelle se trouve Monsieur Berg et le fait qu’il ait préféré s’abstenir de voter. L’étau se resserre et on voudrait parfois se cacher dans un trou de souris, n’est-ce pas Monsieur Berg ?

Donc, rien ne va plus pour le Makhzen qui voit aujourd’hui son emprise sur les institutions européennes largement mise en brèche par la justice européenne, emmenée par le Parquet fédéral belge. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, c’est encore de la justice belge que viennent les ennuis avec l’arrivée impromptue d’une Belgo-israélienne, Jane Benzaquen, qui tombe comme un cheveu dans la soupe en se prétendant la fille cachée de Hassan II. Elle a saisi la justice belge pour qu’un test ADN soit pratiqué sur les cinq enfants de Hassan II, soit ses demi-frères et sœurs Mohammed VI, les trois princesses Lalla Meryem, Lalla Asmaa, Lalla Hasnaa, et le prince Moulay Rachid.

Quand on sait que c’est le cabinet Uyttendaele Gerard Kennes et Associés (UGKA) qui représente les intérêts de la prétendante à l’héritage, et qu’il a déjà gagné un combat judiciaire en reconnaissance de paternité qui a défrayé la chronique belge pendant des années avec la fille cachée du roi Albert II, Delphine Boël, laquelle aujourd’hui a réintégré sa place au sein de la famille royale belge, on devine que cette nouvelle affaire va donner la migraine pendant de longues années à bien du monde à Rabat. On leur souhaite bien du plaisir.

Mohsen Abdelmoumen

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