Le rejet bipartisan de la décision de Trump est « un signe positif »

Chahid-El Hafid, 13 Jan 2021 (SPS) La ferme opposition affichée par plusieurs républicains et démocrates, à l’égard de la décision unilatérale du président sortant des Etats-Unis Donald Trump de reconnaitre la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, est « un signe positif », estime l’expert américain en droit international, Stephen Zunes, jugeant possible l’annulation de cette mesure par le futur locataire de la Maison Blanche.

Dans une déclaration mercredi à l’APS, Stephen Zunes a affirmé que « le fait que les démocrates de gauche et les républicains de droite se sont opposés fermement à la décision de Trump (relative à la question du Sahara occidental) est un signe positif ».

« Même certains membres du Congrès américain qui avaient soutenu le soi-disant +plan d’autonomie+ du Maroc s’opposent à l’action unilatérale de Trump laquelle a contourné le processus de paix dirigé par les Nations unies », a soutenu ce professeur à l’Université de San Francisco.

Ce spécialiste du Moyen-Orient s’est indigné par ailleurs du fait que Trump a, à travers sa décision prise le 10 décembre, « reconnu la prise de contrôle d’un Etat africain légalement reconnu par un autre », « ce qui non seulement nuit gravement à la réputation des Etats-Unis, mais encourage même d’autres pays à croire qu’ils pourraient également s’en tirer avec une expansion territoriale ».

« L’inadmissibilité de tout pays qui étend son territoire par la force est un principe de longue date du droit international. C’est pourquoi de nombreuses personnes qui n’ont peut-être pas d’opinion ou peu de connaissances sur le Sahara occidental se rendent compte que c’est une décision très dangereuse », a-t-il renchéri.

Interrogé dans ce même contexte sur les appels lancés au président élu Joe Biden pour révoquer la décision de Trump annoncée en contrepartie de la normalisation entre le régime marocain et l’entité sioniste, Stephen Zunes a estimé que le futur locataire de la Maison Blanche « aurait le pouvoir d’annuler la reconnaissance américaine de l’annexion illégale du Maroc ».

« Etant donné l’opposition bipartisane (démocrates et républicains) à la reconnaissance et le rejet de l’action unilatérale de Trump par d’autres membres du département d’Etat américain, et peut-être sa propre conscience du dangereux précédent que cette décision représente, il (Biden) pourrait en effet décider d’annuler la décision de Trump », a-t-il insisté.

Cela peut dépendre aussi, a ajouté l’expert, « de la pression interne et internationale exercée par les partisans du droit international et de l’autodétermination sur Biden pour qu’il fasse ce qu’il faut ».

S’agissant des informations sur l’intention de Washington d’ouvrir un « consulat » dans la ville sahraouie occupée de Dakhla, Stephen Zunes a souligné qu' »il n’y a que deux bureaux diplomatiques au Maroc: l’ambassade des Etats-Unis à Rabat et le consulat à Casablanca. Cela n’a donc pas de sens d’avoir un consulat à Dahkla, d’autant plus qu’il n’y a pas de telles missions à Marrakech, Tanger, Fès ou dans d’autres villes beaucoup plus grandes du Maroc ».

Pour l’analyste, il s’agit simplement d' »un moyen d’institutionnaliser la reconnaissance américaine de l’annexion du Sahara occidental par le Maroc ».

A une question sur le blocage par le Maroc du processus de paix au Sahara occidental, parrainé par l’ONU et l’échec de celle-ci dans la résolution du conflit dans la dernière colonie en Afrique, Stephen Zunes a réaffirmé que « seul le Conseil de sécurité a le pouvoir de faire appliquer ses résolutions », soulignant toutefois que « la menace d’un veto français (et, selon l’administration, une menace d’un veto américain également) a empêché les Nations unies de faire leur devoir ».

Devant l’incapacité de l’ONU à faire appliquer ses résolutions appelant notamment à l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental, l’expert américain a, en outre, estimé que « la mobilisation de la société civile mondiale » pourrait exercer davantage de pression pour mettre fin à l’occupation marocaine du Sahara occidental depuis 1975.

Il a dit encore à ce sujet: « plus il y a de gouvernements capables de défendre le droit international et le droit à l’autodétermination, mieux c’est ». (SPS)


WASHINGTON- L’expert américain en droit international, Stephen Zunes, a appelé le président US, Joe Biden, à « immédiatement » annuler la décision unilatérale de son prédécesseur, Donald Trump, de reconnaître la prétendue « souveraineté » du Maroc sur le Sahara occidental, car il en va de la « crédibilité » des Etats-Unis et du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

« Pour le bien du peuple du Sahara occidental et de la crédibilité des Etats-Unis (…), Biden doit immédiatement annuler la reconnaissance américaine de la conquête du Maroc », a déclaré Stephen Zunes, auteur et professeur de sciences politiques à l’université de San Francisco. Dans un article paru récemment dans le magazine américain « The Progressive », l’expert en droit international rappelle que le président Joe Biden avait souligné que « tout recours à la force pour modifier les frontières est strictement interdit par le droit international ». « Empêcher un pays d’étendre son territoire par la force était un principe fondateur des Nations unies, et il est inscrit dans leur charte », rappelle encore M. Zunes.

Ce dernier regrette par ailleurs que malheureusement, « de sérieuses questions se posent quant à savoir si l’administration Biden soutient réellement cette norme juridique internationale fondamentale ». Il relève que les cartes de l’Afrique du Nord des Nations unies, de National Geographic, de Rand McNally (une société américaine de technologie et d’édition qui fournit des cartes) et autres, dépeignent la nation du Sahara occidental sur la côte atlantique, située entre le Maroc et la Mauritanie, tandis que les cartes du gouvernement américain, « montrent le pays comme faisant partie du Maroc, sans que rien ne délimite les deux ».

Le Sahara occidental – officiellement connu sous le nom de République arabe sahraouie démocratique (RASD) – a été reconnu par 84 pays et est un Etat membre à part entière de l’Union africaine (UA). Le Maroc a envahi cette nation, alors connue sous le nom de Sahara espagnol, juste avant son indépendance prévue de la domination coloniale en 1975.

Le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale des Nations unies ainsi que la Cour internationale de justice ont tous affirmé officiellement le droit du peuple du Sahara occidental à l’autodétermination et pendant des décennies, aucune instance internationale ou gouvernement étranger n’a reconnu le Sahara occidental comme faisant partie du Maroc.

Cependant, au cours des dernières semaines de son mandat, l’ex-président américain Donald Trump a unilatéralement reconnu la prétendue « souveraineté » marocaine sur le pays occupé.

Dans le même article, l’expert s’est intéressé à la situation des droits de l’homme dans les territoires occupés du Sahara occidental. S’appuyant sur les rapports de Human Rights Watch (HRW), Amnesty International et d’autres groupes de défense des droits humains, le professeur américain attire l’attention sur la répression généralisée des militants pacifiques pour l’indépendance du Sahara occidental. Il dénonce l’usage par les forces d’occupation marocaines « de la torture, des passages à tabac, des détentions sans procès et des exécutions extrajudiciaires » contre les Sahraouis.

Freedom House a classé le Sahara occidental occupé par le Maroc deuxième en matière de privation des droits politiques.

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