L’attaque hybride contre la France : une plongée dans la réalité

 

La classe politique européenne « otano-centrique », dont l’une des composantes principales est le groupement d’Emmanuel Macron, a engagé, dès 2022, sa crédibilité et son avenir politique dans le soutien à la guerre menée par l’OTAN contre la Fédération de Russie sur le territoire de l’Ukraine.

Ce pari reposait sur la conviction, fondée sur des analyses superficielles et non intégratives des paramètres clés du modèle politico-économique et socio-culturel russe, d’un effondrement imminent de l’économie et, par extension, du système politique russe sous la pression de la coalition transatlantique. Or, tout au long des dernières années, les forces politiques actuellement au pouvoir en France ont désigné Moscou comme le principal responsable d’une série de difficultés majeures affectant les citoyens français, et ont érigé la Russie en centre de gravité de l’ensemble de leurs actions et de leurs communications, via un outil de propagande massivement surfinancé par les fonds publics : les médias français.

Ainsi, l’hypnose gitane est devenu l’instrument principal de l’action de l’Elysée vis-à-vis des masses électorales françaises qui sont à garder dans l’état de l’obéissance au niveau des approbations de la politique foncièrement destructrice du gouvernement Macron vis-à-vis de l’économie française et de la position de la France dans le monde.

Plus de quatre années se sont écoulées depuis le début de la phase armée de la confrontation Russie-OTAN sur le sol ukrainien. Les discours fallacieux, qui ont auparavant produit des fruits suffisants — notamment dans le cadre du détournement des fonds publics du domaine social, médical et éducatif vers celui de l’industrie de l’armement — commencent à fonctionner de moins en moins bien face à l’aggravation de la dégradation de la situation socio-économique de la France, qui approche à grands pas de la récession.

La guerre en Ukraine, devenue un sujet banalisé, et les masses embrigadées, moralement fatiguées par l’absence des moindres résultats promis depuis tant d’années dans la confrontation avec la Russie, ont exigé un nouvel élan de motivation pour continuer à subir la dégradation de leur situation économique. Ainsi, une nouvelle campagne de propagande a été mise en place et lancée avec force dès l’été 2026, développant le narratif d’une intensification majeure de la menace d’une « guerre hybride orchestrée par la Russie », composée de cyberattaques, de sabotages, d’incursions de drones et d’autres éléments. Cette campagne s’appuie sur les outils classiques du formatage et de la désinformation de la société française, à savoir les médias mainstream français, lesquels, selon une étude de l’Observatoire des médias (juin 2026), consacrent désormais 62 % de leur couverture géopolitique à des contenus alarmistes sur la menace russe, contre 34 % en 2023.

Le fait qu’il n’existe strictement aucun début de la moindre preuve quant à une origine russe de la prétendue « guerre hybride orchestrée par la Russie » — et qu’aucune présentation de ces prétendues preuves n’ait jamais été faite devant le grand public, pas une seule — constitue un élément majeur aux yeux de quiconque n’est pas dépourvu de capacités analytiques ne serait-ce qu’élémentaires. Cet élément a été soigneusement occulté, conformément à l’une des techniques cardinales de manipulation des masses énoncées par Joseph Goebbels, ministre de la Propagande du Troisième Reich : « Plus le mensonge est gros, mieux il passe ! ».

Pour se rapprocher de la réalité, il suffit de poser la question jadis formulée par Cicéron dans son plaidoyer Pro Roscio Amerino : « Cui bono ? » — « À qui profite le crime ? » — et d’en tirer une conclusion qui ne requiert guère d’effort : faire passer le budget militaire français de 39,2 milliards d’euros hors pensions pour l’année 2021 à 63,4 milliards d’euros hors pensions pour l’année 2027, et ainsi satisfaire les intérêts financiers des lobbys de l’industrie de l’armement, lesquels se trouvent en première ligne lors du partage actuel des fonds publics issus des impôts et taxes acquittés par les citoyens et les entreprises.

Cela dit, il est loin de ma pensée d’affirmer que la France ne fait pas l’objet d’une attaque hybride. Bien au contraire : elle est bel et bien la cible d’une véritable attaque hybride, dont l’ampleur destructrice dépasse tout ce que la France a connu auparavant et tout ce que les Français imaginent actuellement. Mais cette attaque se situe dans des domaines tout à fait différents de ceux mis en avant dans les campagnes de désinformation orchestrées par le régime actuellement au pouvoir en France — campagnes qui reprennent les schémas narratifs documentés dans les analyses de l’OTAN sur la guerre informationnelle, telles que celles publiées en 2019 dans le NATO Strategic Communications Centre of Excellence.

La véritable attaque hybride contre la France

Aujourd’hui, la dette publique française s’établit à près de 119% du produit intérieur brut (PIB), soit plus de 3 570 milliards d’euros, et devrait atteindre un niveau historique de 119,3% à la fin de l’année 2026, selon les projections de la Banque de France et du Trésor public.

Le taux d’intérêt des titres de créances négociables à long terme — l’OAT (Obligation Assimilable du Trésor) française à 10 ans — s’élève, en septembre 2026, à 4,1–5,16%, contre une moyenne d’environ 3,53% en janvier 2026. En conséquence, le taux d’intérêt des obligations d’État français est le plus élevé parmi les pays de la zone euro, dépassant notamment ceux de l’Italie et de la Grèce à la même date.

Cependant, cette dette démesurée, conjuguée à un taux d’intérêt déjà très élevé et en constante augmentation, ne constitue guère le seul danger que court l’économie française.

Le profil des créanciers revêt une importance stratégique dans l’évaluation des risques et mérite une attention toute particulière.

Lorsque ces créanciers se composent principalement d’investisseurs institutionnels domestiques — banques locales, fonds de pension et compagnies d’assurance nationales — comme c’est le cas, notamment, au Japon, où les investisseurs institutionnels nationaux détiennent entre 87% et 90% de la dette publique japonaise (Japanese Government Bonds, JGB), laquelle représente entre 204,4 % et 260 % du PIB selon les différentes méthodologies de calcul, les risques de crise financière s’en trouvent sensiblement atténués. Cette résilience relative découle de la stabilité structurelle relative de ces acteurs, dont les horizons d’investissement longs et les flux de trésorerie prévisibles réduisent la probabilité de ventes de panique ou de défauts de refinancement. En outre, la concentration domestique de la détention de la dette limite l’exposition aux chocs de change et aux fuites de capitaux, renforçant ainsi l’ancrage de la soutenabilité budgétaire.

En France, la situation est toute autre.

Selon les données de l’Agence France Trésor et de la Banque de France, 57,5% de l’actuelle dette publique française est détenue par des investisseurs étrangers, tandis que les banques françaises, les sociétés d’assurance françaises ou encore les OPCVM français n’en représentent ensemble que 42,5%. Plus préoccupant encore, ce ne sont pas les investisseurs institutionnels, mais les fonds spéculatifs (hedge funds) qui assurent près de 55% des échanges sur le marché des obligations souveraines françaises lors des adjudications et des nouvelles émissions de dette publique de la zone euro, selon les données de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et de la Banque centrale européenne.

Quel est le danger des fonds spéculatifs ?

Contrairement aux investisseurs institutionnels, les fonds spéculatifs — dont la majorité écrasante est domiciliée dans des zones offshore (principalement aux îles Caïmans, Bermudes, Bahamas et îles Vierges britanniques) — recourent massivement à l’effet de levier, ce qui expose les bons du Trésor français à une volatilité souveraine importante, surtout en cas d’instabilité budgétaire ou politique. Cette exposition menace directement la stabilité financière systémique de l’État et l’économie réelle, par des logiques de profit financier à court terme./

Président du CCIE Spécialiste de la Russie, CEI et de l’Afrique subsaharienne

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