La diaspora algérienne n’est pas un « concurrent », mais un partenaire naturel de son pays d’origine

Par Arezki Ighemat, Ph.D in economics

Master of francophone literature (USA)

 

“There is a time when all I wanted was to come to England. Now

all I want is to go back to my homeland” (Mouloud Benzadi,

écrivain algéro-britannique).

“Oh, London is a man’s town, there’s power in the air ; And Paris is

a woman’s town, with flowers in her hair’. And it’s sweet to dream

in Venice, and it’s great to study in Rome; But when it comes to

living, there is no place like home” (Henry Van Dyke, écrivain

Américain, ancien ambassadeur aux Pays-Bas).

« My father says you remember the smell of your country no

matter where you are, but only recognize it when you’re far away

(Aglaja Veteranyi, écrivaine et actrice Suisse d’origine roumaine).

 

Dans un article précédent intitulé « La diaspora algérienne est un atout, non une opposition politique », publié le 1 Août 2026 dans Tribune Diplomatique Internationale), nous avons expliqué que la diaspora algérienne n’est pas une force d’opposition au Pouvoir algérien. Nous y avons montré que la diaspora n’a aucunement l’intention ou la prétention de prendre le pouvoir en Algérie et donc de déplacer ou remplacer le pouvoir actuel. Sa seule prétention est de suggérer les changements nécessaires pour améliorer les politiques actuelles et les rendre plus performantes afin que le peuple puisse vivre dans de meilleures conditions matérielles et humaines et ne soit pas obligé de quitter le pays qu’il adore avant toute chose : l’Algérie. La diaspora n’est donc pas un parti politique dont le but est de remplacer le pouvoir en place en Algérie.

Dans le présent article, nous voudrions ajouter que la diaspora algérienne n’est pas, non plus, un « concurrent » des élites et des compétences locales, mais plutôt une partenaire et une alliée naturelle de ces élites. Elle n’a aucunement la prétention et l’ambition de se substituer aux compétences locales qui, en dépit des conditions politiques, sociales, économiques, culturelles et autres dans lesquelles elles se débattent, remplissent dignement et honorablement les missions qui sont les leurs dans tous les domaines de la sphère sociale. La diaspora—qui n’est rien d’autre que la communauté algérienne vivant et travaillant à l’étranger et qui a été poussé à quitter le pays à un moment ou à un autre, pour une raison ou une autre—se veut, au contraire, un complément des compétences locales.

Il faut toutefois être franc : la diaspora algérienne, dans son ensemble, n’est pas prête aujourd’hui à rentrer définitivement en Algérie, compte tenu des conditions politiques, sociales et autres qui prévalent dans le pays. Une partie pourrait le faire pour des raisons tout à fait personnelles. Cependant, elle est disposée—pour peu qu’il y ait une volonté politique et des conditions minimales propices à une collaboration fructueuse avec ses frères et sœurs vivant en Algérie, afin d’aider le pays à sortir de ses difficultés actuelles et le préparer à faire face aux défis de toutes sortes, de l’intérieur comme de l’extérieur. Il ne faut pas être crédule, non plus, et croire que toute la diaspora—les milliers de médecins, ingénieurs, sociologues, économistes, etc—seraient prêts à entrer dans des partenariats avec leurs homologues résidant en Algérie. Ce serait une vaine illusion. Cependant, une partie, plus ou moins grande, de cette diaspora serait prête à le faire dans la mesure où certaines conditions sont remplies dans le pays d’origine.

Quelles sont ces conditions ? Premièrement, une volonté politique qui reconnaîtrait, une fois pour toutes, que la diaspora est loin d’être, comme certains au niveau de l’Etat la considèrent, un « corps étranger » au pays, mais une partie intégrante du peuple et de la nation algériennes. Deuxièmement, la création d’un « pont » entre la diaspora et les différentes institutions éducatives et professionnelles du pays. Troisièmement, l’établissement d’une commission mixte—diaspora/instances locales—la plus élargie possible qui déterminerait les liens, les priorités et les moyens nécessaires pour mettre en application ce partenariat naturel.

Cependant, l’une des conditions majeures, avant celles citées ci-dessus, est de créer un climat serein dans le pays où les membres de la diaspora pourraient entrer et sortir du pays sans entraves et sans restrictions et de mettre fin au climat de peur et de répression qui prévaut ces dernières années et surtout ces derniers mois, et qui décourage la diaspora à rentrer au pays, pour des vacances ou des nécessités familiales. L’instauration d’un tel climet passe par l’abrogation des lois restrictives et répressives en vigueur aujourd’hui et qui conduisent à l’emprisonnement ou l’interdiction d’entrer ou de sortir du territoire à des membres de la diaspora pour le simple fait d’avoir exprimé des opinions sur telle ou telle action ou inaction des autorités algériennes.

L’expression d’une opinion n’est, en effet, pas un délit mais un droit reconnu par la Constitution algérienne. Le cas le plus récent et le plus parlant est celui de notre grand écrivain, Mustapha Benfodil, qui a été empêché de sortir du territoire pour participer a un festival de théâtre en France. Il est évident qu’avec ce type de mesure, les Algériens vivant à l’étranger ne seront pas enclins à s’aventurer à rentrer au pays de peur de subir le même sort. L’autre condition qui doit être réunie est de faciliter à la diaspora le renouvellement de leurs papiers consulaires (passeports, cartes consulaires, papiers d’état civil, etc), ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui en dépit des discours et promesses faites dans le sens de la facilitation. Tant que ces conditions ne sont pas remplies, il serait illusoire de croire que le rêve d’une « union sacrée » entre les Algériens résidents et les Algériens vivant à l’étranger sera réalisé. /

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