Algérie / CREAD : Diagnostic des conditions des travailleurs migrants en Afrique du Nord

      par Ghania Oukazi   

   Le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement lance aujourd’hui, dimanche, un nouveau projet de recherche sur «Travail et Migrations internationales en Afrique du Nord- Focus sur l’Algérie (2021-2023)».

L’un de ses directeurs de recherche, Mohamed Saïb Musette, anime au cours de cette matinée un atelier à cet effet au nom de l’équipe Migrations et Mobilités de la division Développement Humain et Economie sociale du Centre de recherche. «Travail et Migrations internationales en Afrique du Nord-Focus sur l’Algérie (2021-2023)» est ainsi le thème que l’équipe propose à débat au cours d’un webinar auquel participent de nombreux invités.Dans une note de presse adressée à la rédaction, le directeur de recherche fait savoir que «ce nouveau projet (est) conçu par une équipe pluridisciplinaire (sociologues, économistes, statisticiens, politologues…) (qui) aborde ce phénomène dans une perspective comparative entre cinq pays de l’Afrique du Nord (Algérie, Egypte, Libye, Maroc et Tunisie), avec un focus dans l’immédiat sur l’Algérie». Il note que «cette thématique (est) peu développée en Afrique du Nord. Il y a beaucoup d’écrits sur les travailleurs algériens à l’étranger mais les travailleurs étrangers (y compris les employeurs, les indépendants) en Algérie et en Afrique du Nord restent encore très peu étudiés». Ce nouveau projet sera, selon lui, «une première tentative de lever le voile sur cette réalité, qui semble être marginale selon les données onusiennes, à peine 1% des actifs en Afrique du Nord et 0,7% en Algérie». Le premier constat des chercheurs du CREAD est que «cette sous-région serait la moins attractive en Afrique ! Ces données sont limitées strictement aux migrations régulières, relevées à partir des permis de travail délivrés». Ils relèvent notamment que «la réalité est beaucoup plus importante et complexe, si on inclut les travailleurs étrangers qui n’ont pas besoin de permis de travail, les travailleurs saisonniers frontaliers et les travailleurs du secteur informel, le travail des refugiés et autres demandeurs d’asile». En lançant ce projet, l’équipe s’est fixé comme objectif «de mesurer les flux des travailleurs migrants en Algérie en comparaison avec quatre pays de l’Afrique du Nord (Egypte, Maroc, Tunisie et Libye) selon les nouvelles directives de la 20e Conférence internationale des statisticiens du travail (CIST) de l’Organisation internationale du travail».

Références et objectifs des chercheurs

Le travail de recherche devra répondre à un certain nombre de questionnements entre autres, relève-t-on dans la note de presse, «quel est le système de management de la migration de travail en Algérie ? Quel est le poids de cette migration sur le marché du travail algérien ? Quel est le profil des salariés, des indépendants et des employeurs migrants ? Combien exercent dans le secteur moderne et combien sont dans l’économie informelle ? Quelles sont les conditions de travail, avec quels impacts ? Comment se font les transferts de fonds ? Quels sont leurs apports au développement de l’entreprise et au développement économique et social du pays ? Comment maximiser les apports et réduire les effets néfastes en termes de coûts économiques ?». Pour la conduite de projet, «il est prévu de tenter une application des nouvelles directives de la 20e CIST. Ces directives techniques et scientifiques ne sont pas encore expérimentées en Afrique du Nord. Ce projet permettra ainsi d’observer les forces et les faiblesses des outils devant permettre de faire un diagnostic scientifique des conditions des travailleurs migrants internationaux en Afrique du Nord».

Ses initiateurs estiment que «le projet proposera ainsi aux autorités des pays d’Afrique du Nord une connaissance approfondie pour toute prise de décision concernant les migrations de travail. Ce projet entre parfaitement dans les Objectifs 8 et 10 de l’Agenda 2030 des Nations Unies sur le Développement Durable (2015) et apporte les premiers éléments à l’implémentation de l’objectif N°1 du Pacte international des Nations Unies sur les migrations sûres, ordonnées et régulières (2018)».

La note de presse rappelle que le CREAD a réalisé plusieurs travaux de recherche sur les migrations internationales ces vingt dernières années, avec une vision comparative entre Algériens à l’étranger et étrangers en Algérie, et parfois avec extension aux pays du Maghreb et en Afrique. Les thématiques traitées sont les migrations maghrébines (2004), les migrations subsahariennes en situation irrégulière au Maghreb (2007), les transferts de fonds des migrants (2010), les migrants de retour au Maghreb (2008), les systèmes d’information statistique sur les migrations dans les pays du Maghreb (2005 et 2019), les cadres règlementaires des migrations au Maghreb (2005), les migrations intermaghrébines (2008), Migrations, Travail et Développement en Afrique du Nord et Afrique de l‘Ouest (2010), les haragas maghrébins vers l’Europe (2011), les migrations africaines (2014), les étrangers en Algérie (2015), la fuite des cerveaux des pays du Maghreb (2016) et les migrations estudiantines vers et à partir d’Algérie (2018).


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