France / Les «gilets jaunes» de Saint-Avold

     Par Alain Bihr

Si sous l’effet de la pandémie de Covid-19, comme l’ensemble des mouvements sociaux, celui des « gilets jaunes » (GJ) a apparemment disparu de l’actualité sociale et politique, il n’en alimente pas moins depuis des mois les rayons des libraires. La plupart des publications qui lui sont consacrées sont désormais des études savantes ou des essais politiques. Rares ont été les témoignages directs de participants du mouvement. C’est tout l’intérêt de l’ouvrage que vont publier les éditions Syllepse de nous fournir un tel témoignage [1]. Il porte aussi bien sur les actions entreprises que sur le vécu, les émotions et les rêves, les espoirs et les déceptions qui les ont accompagnées.

De fait, après quelques pages d’introduction, il se présente comme une chronologie du mouvement, de ses origines à nos jours, entrecoupée de prises de position individuelles, de portraits singuliers de GJ souvent eux-mêmes bien singuliers, mais aussi de développements consacrés à des aspects plus particuliers de la mobilisation : les street medics (page 60-61), les Amajaunes ou Amazones jaunes qui sont parvenues à rééquilibrer quelque peu les rapports entre femmes et hommes dans le mouvement (pages 63-66), la chorale révolutionnaire constituée sur la base de convergence entre les groupes régionaux, bientôt accompagnée d’une fanfare (pages 127-128), etc. Bref une polyphonie qui n’est pas toujours symphonique mais qui n’est jamais cacophonique.

Le tout superbement illustré par de nombreuses photographies qui rendent palpables les moments d’occupation du rond-point, moments de simple convivialité (qui n’exclut ni les prises de bec ni les engueulades) ou de profonde amitié sur et autour du rond-point occupé, dans les manifestations mais aussi, à l’inverse, la violence des affrontements avec la police. En toutes ces circonstances est visible cette manière caractéristique de se serrer les uns contre les autres, de faire corps et masse. Car la principale force des faibles est leur nombre et leur union. Cette union que symbolise la fusion des corps. Comme le dit l’un d’eux, anonyme : « j’avais chaud au cœur de voir que le peuple pouvait encore tenir ensemble » (page 56).

Œuvre collective, signée par quelque deux cents personnes (page 11), elle a cependant bénéficié de l’aide de leur « sociologue de service » (page 5), dont l’intérêt se porte plus généralement sur les mobilisations populaires. L’intention qui a présidé à la conception et à la rédaction de l’ouvrage est énoncée dès la première page : « nous pensons que ce que nous faisons mérite d’entrer dans l’histoire avec un grand “H”, celle des luttes populaires pour un monde plus juste et plus humainEt notre histoire, nous voulons l’écrire nous-mêmes, avec nos mots, nos images, notre ressenti. (…) Nous voulions faire passer beaucoup de choses dans ce livre : la façon dont les GJ ont chamboulé notre vie, la dette que l’on a envers nos anciens, les mineurs de Lorraine, nos coups de gueule contre l’injustice sociale et la misère, notre effroi devant les violences policières, l’humanité du rond-point et du monde qu’on s’efforce de construire, notre refus du monde égoïste, individualiste et inhumain qui nous est imposé » (page 5).

C’est donc aussi à ce niveau qu’il convient d’évaluer non seulement la valeur de ce témoignage et encore la portée du mouvement dont il porte témoignage.

Un soulèvement populaire

Qui sont les GJ de Saint-Avold ? Qu’est-ce qui les a réunis et motivés ? Comment sont-ils parvenus à constituer un sujet collectif ?

Avant d’envisager la manière dont ces GJ répondent à ces questions, nous pouvons relever, comme ils le font eux-mêmes (pages 9-11), que des éléments de réponse se trouvent tout simplement dans le contexte spatio-temporel du mouvement, la petite ville de Saint-Avold (Moselle), qui avec ses voisines (Creutzwald, Freming-Merlebach, Forbach, Sarreguemines) fait partie du bassin charbonnier de la Sarre française qui a alimenté pendant plus d’un siècle la Lorraine sidérurgique. Le mouvement des GJ de Saint-Avold s’inscrit donc dans l’histoire des luttes ouvrières de ce bassin, qui aura connu son apogée aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, rapidement suivi dans les années 1960 de son déclin lié à la fermeture des puits de mine et des sites sidérurgiques. Cette désindustrialisation aura été synonyme d’un chômage élevé et durable, partant de la nécessité de s’employer ailleurs (en Allemagne ou Luxembourg) pour les plus « chanceux » et de la marginalisation socioéconomique de tous ceux et celles qui n’ont pas trouver de postes dans la « nouvelle économie des services » (en particulier les anciens ouvriers ou leurs enfants insuffisamment dotés scolairement), avec le développement consécutif de la pauvreté et de la misère, matérielle (28 % sous le seuil de pauvreté dans le bassin d’emploi de Saint-Avold – page 10) mais aussi sociale (appauvrissement de la vie associative locale, repli individualiste, etc.)

Mais le contexte immédiat de la lutte aura bien été l’arrivée de Macron au pouvoir et sa politique fiscale inique : suppression de l’ISF, baisse de la taxation du capital, pérennisation du CICE, baisse des APL, augmentation de la CSG pour les retraités et instauration de la taxe carbone, goutte d’eau qui a fait déborder le vase [2]. Le tout venant aggraver la dégradation constante des équipements collectifs et des services publics. Comme le dit Bernard, « Marre de nos dirigeants ! Toujours plus d’impôts, de charges et de taxes ! Et en échange de quoi ? Moins de services publics, fermeture des sous-préfectures, des écoles, des hôpitaux et des Trésors publics. Moins d’argent pour nos pompiers et les services hospitaliers restants. Je ne parle même pas de l’entretien de nos routes » (page 37) [3].

Les GJ de Saint-Avold sont bien les héritiers de cette situation, qui n’est jamais que l’inscription locale d’une situation bien plus générale, de dimension nationale et même mondiale. Parmi eux, on trouve ainsi d’anciens mineurs à la retraite, comme le relève d’emblée Juan, un des éléments moteurs du mouvement : « Je vais faire, comme la plupart, un tour du rond-point pour voir qui est là. Je rencontre quelques potes, d’anciens mineurs, comme moi, à la retraite aujourd’hui. Ça me rappelle qu’il n’y a pas si longtemps nous nous battions ensemble pour assurer nos retraites après la fermeture des mines de charbon » (page 20). Mais les GJ de Saint-Avold sont sociologiquement bien plus larges ; ce sont dans leur ensemble des gagne-petit, dont les fins de mois sont difficiles, voire très difficiles, comme le remarque Cyrille : « Malgré une situation professionnelle convenable et des revenus fixes et réguliers, les fins de mois deviennent de plus en plus difficiles. On supprime les sorties, les vacances, les restos, les cinémas, les petits cadeaux. Et si les fins de mois nous deviennent à nous de plus en plus difficiles qu’en est-il des personnes bien plus modestes que nous ! » (page 26) Et c’est encore cet élément saillant que fait ressortir Raymond, ancien mineur et autre figure éminente du collectif naborien [4], en apostrophant la députée LERM de la circonscription à l’aube du mouvement : « (…) on n’emmène plus nos femmes au cinéma, on ne va plus au restaurant, on ne fait plus de cadeaux à nos gosses, on ne ramène plus de fleurs à la maison ! Toutes ces petites choses-là, on les a déjà supprimées depuis longtemps. On achète de la bouffe pour chien et on nourrit nos enfants avec ! À cause de vous, on est au bout du rouleau ! Et c’est pour ça qu’on est dans la rue, et c’est la seule chose que vous devez faire remonter, c’est qu’on est au bout du rouleau (…) » (page 34) [5]. Ce qui fera dire un peu plus tard à Rosario : « Si on ne fait rien, on sera obligés de tous descendre dans la rue… Mais cette fois, non plus pour manifester, mais pour y vivre » (page 112).

Dans ces conditions, la notion par laquelle les GJ s’identifieront sera celle de peuple : « Le peuple des ronds-points » (page 14). C’est à elle que se réfère Raymond dans son intervention et l’ouvrage l’emploiera à de nombreuses reprises quand les GJ de Saint­-Avold parleront d’eux-mêmes ou de leurs semblables d’ailleurs. En en ayant conscience ou non, ils joueront en permanence sur le double sens du terme : son sens politique (la communauté des citoyens) et son sens sociologique (le bloc des classes populaires par opposition à la classe dominante et ses alliées).

En tant que telle, cette notion permettra de rendre compte de l’incontestable hétérogénéité socioprofessionnelle du mouvement mais aussi de sa capacité à déborder les limites des seules classes populaires. C’est d’ailleurs celle-ci qui frappe Rosario lorsqu’il prend contact avec le peuple du rond-point de Saint-Avold : «  (…) il y a là des gens de toutes les couches sociales, des personnes de la classe moyenne, des chômeurs, beaucoup de retraités, des femmes qui élèvent seules leurs enfants, et beaucoup d’autres. Leur point commun, à les écouter, est que tous, à leur niveau, ont du mal à finir leur fin de mois » (page 19). Et c’est ce que relève aussi Cyrille : « Quelle magnifique convergence des classes ! Des personnes de tous âges, de tous les milieux sociaux et professionnels, des femmes, des hommes, des ados, tous là pour exprimer un ras-le-bol général ! » (page 27). Il est ainsi fait état de la présence de cadres (pages 26-27), d’un ex-petit entrepreneur (page 28), de la solidarité d’un marchand ambulant d’origine marocaine qui leur prêtre leur premier barnum, de celle du patron du Leader Price local qui leur permet d’entreposer leur matériel dans son hangar dans un premier temps et celle d’un marchand de sapin qui leur permet de se raccorder au réseau électrique page 31), dans compter celle plus tard d’un entrepreneur en construction offrant un abri de chantier pour remplacer leur QG antérieur parti en fumée (page 47). Et, parmi les GJ de Saint-Avold de la première heure figurera même le vieux prêtre de Creutzwald âgé de 84 ans (page 35).

Le gros de ce peuple bigarré est cependant incontestablement composé d’éléments prolétariens, ouvriers et employés, actifs, chômeurs ou retraités. C’est ce qui ressort des portraits individuels qui émaillent le texte tout comme des photographies qui l’illustrent ; les figures, les postures, les vêtements, des GJ photographiés renseignent sur leur condition de classe, aussi bien que leurs paroles. Il est donc d’autant plus curieux et remarquable que la notion de monde ouvrier, pour ne pas parler de celle de prolétariat, qui auraient pourtant toutes raisons d’être employées, la seconde plus encore que la première, n’aient jamais été mobilisées par les GJ de Saint-Avold pour s’auto-définir. Seul un jeune anonyme énoncera : « Car derrière les Gilets jaunes, il y a des travailleurs qui ont cotisé toute leur vie pour des prunes, des retraités qui, malgré leur pension, n’arrivent plus à vivre correctement. Il y a des gens comme vous et moi » (page 87). Il faut sans doute y voir l’indice d’une absence de culture politique, du moins de cette culture qu’ont su élaborer et que continuent de véhiculer les organisations syndicales et partisanes de ce qui reste du mouvement ouvrier. J’aurai d’ailleurs l’occasion de revenir sur les rapports des GJ de Saint-Avold à ces organisations.

Vingt mois de lutte et de vie collective

Comme je l’ai indiqué plus haut, l’ouvrage consiste essentiellement dans la relation des actions entreprises par les GJ de Saint-Avold et de celles à l’initiative d’autres auxquelles ils ont participé entre novembre 2018 et juillet 2020. Quelques traits saillants en émergent au fil des pages. La parfaite spontanéité du mouvement à son départ, qui a surpris tout le monde, y compris les principaux intéressés. La capacité constante d’auto-organisation dans l’occupation du rond-point, la construction des QG successifs, la décision et l’exécution des actions entreprises. La solidarité (de classe) des populations environnantes qui ravitaillent les occupants même lorsqu’elles ne participent pas à l’occupation du rond-point. Surtout la fraternité née des actions collectives considérée comme le principal acquis (richesse) du mouvement par nombre de GJ. Elle a frappé Thomas, pourtant un militant aguerri qui a dû en voir d’autres : « C’est de la solidarité, c’est l’impression d’être en famille quand on arrive, avec des gens qu’on n’a jamais vus. T’arrives et on te sert un café et on te dit salut. C’est quelque chose que je n’ai jamais vécu ailleurs comme ça. Tu viens comme t’es, quoi ! C’est ça qui est génial ! On ne te demande pas ce que tu fais dans la vie, tout ça, tu fais partie d’un quelque chose, d’un collectif  » (page 114). Et c’est ce que tiennent à rappeler l’ensemble des signataires en conclusion : « Nous avons retrouvé la solidarité et la fraternité pour bâtir un monde plus juste, un monde de partage et d’égalité, un monde où tout un chacun aurait sa place et son mot à dire en toute liberté (…) Nous avons de toute façon gagné d’avoir été grandis et enrichis par ce que nous avons fait » (page 151). C’est pourquoi sans doute ils ont très tôt donné une forme de cœur au sigle GJ en en faisant leur marque distinctive, reproduite sur leur drapeau, leurs gilets et tous leurs documents (tracts, etc.) Et, dans ces conditions, pas étonnant qu’ils se soient retrouvés plusieurs fois à faire la fête ensemble : lors de la Saint-Sylvestre 2018 ; lors de la projection en plein air sur le rond-point du film de François Ruffin, J’veux du soleil, accompagnée d’un spectacle produit par les GJ eux-mêmes, début mai 2019 ; lors du premier anniversaire de mobilisation sur le rond-point le 17 novembre 2019. Certain-e-s y auront même trouvé « l’amour de leur vie » tels Bonnie et Clyde (page 134).

Ce ciment affectif aura été nécessaire pour leur permettre de tenir de longs mois, au rythme minimal d’une réunion (le mercredi) et d’une manifestation (le samedi), bien souvent à celui de deux manifestations par semaine, dès lors que les actions locales se sont enrichies de la participation aux actions régionales et nationales.

Les actions locales auront occupé l’essentiel de l’emploi du temps des GJ de Saint-Avold dans les premières semaines, leur permettant de se roder et de se souder. Classiquement, outre l’occupation du rond-point, base de départ et centre de référence, en dépit du froid, de la pluie, du vent (on comprend la nécessité d’un refuge avant même d’un QG, plusieurs fois détruit et toujours reconstruit), elles auront consisté en filtrages ou blocages de la circulation automobile autour de ronds-points, au péage de l’autoroute, avec levée des barrières pour passage gratuit des voitures (au grand plaisir des conducteurs) mais blocage de camions (avec la complicité souvent des chauffeurs-routiers), sur les voies d’accès à des sites industriels ou à des centres commerciaux, etc. Par contre, on ne relève pas de tentatives de liaison avec les salariés des entreprises et encore moins avec ce qui reste des organisations syndicales, pour ne pas parler des organisations politiques. La principale exception est l’intervention sur le rond-point dès le 1er décembre 2018 d’une délégation syndicale de la boulangerie et pâtisserie industrielle Neuhauser de Folschviller, alors menacée par le licenciement de 185 ouvriers ; les GJ naboriens viendront en retour soutenir les salariés de cette entreprise en lutte contre ce licenciement collectif par une manifestation devant le site quelques mois plus tard (page 38, page 93). On n’en saura pas plus sur la possibilité ou non d’actions communes avec ces travailleurs, ce qui ne semble pas avoir figuré parmi les préoccupations prioritaires de nos GJ. Et on peut aussi mentionner leur participation à la « Manif de convergence avec des syndicats et mouvements politiques à Saint-Avold (2 000 personnes). » le 5 février 2019 ; mais, là encore, rien n’est dit des possibilités de convergence qu’elle aurait ouvertes ou aurait pu ouvrir.

Rapidement, dès début 2019, nos GJ vont prendre part à des manifestations départementales (à Sarreguemines et Forbach le 26 janvier, à Forbach à nouveau le 6 avril) et régionales (à Strasbourg le 2 février, à Metz le 9 février, à Thionville le 16 février, à Metz nouveau le 19 mars et le 11 avril, à Nancy le 13 avril, à Strasbourg le 27 avril, à Metz le 4 mai et derechef le 15 juin à l’occasion de la Gay Pride). Mais rien ne nous est dit ni des buts de ces manifestations, ni de leur déroulement ni des enseignements que le GJ naboriens ont pu en tirer – ou non. Toujours sur un plan régional, ils prendront de même part aux différents Assemblées des collectifs GJ du Grand Est qui se dérouleront dans le second semestre 2019 : à Mirecourt le 7 juillet sous forme d’une délégation conjointe Forbach – Sarreguemines – Saint-Avold qui y jouera un rôle modérateur positif ; à Dannemarie le 8 septembre 2019 dans une ambiance locale tendue ; à Nancy le 8 décembre 2019, la dernière marquée par de fortes dissensions et même des « frittages », suivis de la sécession des GJ vosgiens. Mais, là encore, curieusement, on n’apprendra rien quant aux différends qui ont marqué ces réunions et qui sont allés crescendo, semble-t-il : n’ont-ils été le fruit amer que de querelles d’ego comme le document le suggère en passant (page 104, page 109) ou ont-ils eu des enjeux plus politiques concernant l’orientation du mouvement, sa stratégie et ses tactiques, son organisation, etc. ?

L’implication des GJ de Saint-Avold dans le mouvement national a été plus lente. Certes, quelques-uns d’entre eux sont présents lors de la fameuse manifestation parisienne du 1er décembre 2018 qui a vu l’Arc de Triomphe triompher un peu moins… Mais il faudra attendre la manifestation parisienne du 16 mars 2019 pour une montée plus conséquente (un bus). Après quoi ils battront à nouveau le pavé de la capitale les 20 avril, 1er et 25 mai, avant d’y revenir le 21 septembre et le 16 novembre, pour le premier anniversaire du début du mouvement. Leur dernière apparition en date remonte au 18 janvier 2020. Certaines de ces manifestations parisiennes les frapperont par la violence de la répression dont ils y seront victimes, sur laquelle je reviendrai aussi.

Les GJ de Saint-Avold attendront de même la troisième Assemblée des assemblées qui s’est tenue à Montceau-les-Mines le 29-30 juin 2019 pour prendre part aux tentatives de coordination nationale des collectifs locaux. « Nous avions à peine entendu parler des deux premières, et puis, nous n’en voyions pas l’utilité. Mais, cette fois, nous sommes dans un processus de structuration du mouvement et nous voulons y participer » (page 100). Ils y participeront en compagnie des GJ de Forbach, sous forme de l’envoi de quatre représentants. Participation sérieuse puisque préparée par trois réunions préalables des participants. « Ce fut une belle expérience de vie, de belles rencontres. Mais éprouvant physiquement et surtout mentalement » (page 103). Mais, si le séjour fait l’objet d’une relation détaillée, rien n’est dit de la teneur des débats.

Des remarques similaires peuvent être faites quant à leur participation à la quatrième Assemblée des assemblées les 1er-3 novembre 2019 à Montpellier. Leurs délégués prépareront sérieusement cette participation et se feront les porte-parole des décisions arrêtées en réunion du groupe. Mais ils éprouveront peu d’affinités pour les débats qui animeront cette Assemblée : « C’est reparti pour les engueulades, les compromis, les accords et désaccords. (…) Étonnamment, malgré le bordel et les engueulades des ateliers, des choses positives en ressortent. Ça nous remonte un peu le moral » (page 125).

Ce n’est pas pour autant que nos Naboriens se soient repliés sur eux-mêmes. Rapidement, ils ont eu conscience de la nécessité de tisser des liens avec d’autres groupes de GJ pour renforcer le mouvement, tout comme plus largement d’ouvrir ce dernier sur d’autres fronts et combats en cherchant des alliances avec d’autres mouvements. En témoignent leur tentative de convergence avec la manifestation intersyndicale le 1er mai 2019 à Paris, convergence ratée vécue comme une trahison de la CGT (page 84) ; leur participation à la campagne lancée fin juin 2019 en recueillant sur les marchés des environs des signatures en vue de la tenue d’un référendum d’initiative partagé (RIP) contre la privatisation des Aéroports de Paris ; leur rencontre avec des GJ allemands à Neunkirchen le 10 août 2019 ; leur participation le 31 août 2019 à une manifestation à Genève pour y dénoncer les violences policières en France auprès de l’ONU à l’invitation des GJ genevois ; enfin l’envoi de quatre d’entre eux à une manifestation de soutien à Julian Assange à Londres le 22 octobre 2019 lors de sa première comparution devant le tribunal devant statuer sur son extradition.

A partir de l’automne 2019, alors que le mouvement des GJ est à la recherche d’un second souffle sur le plan national, cette recherche de convergences va gagner en intensité. Elle motivera leur participation à la manifestation parisienne du 21 septembre qui leur permettra de converger avec une manifestation écologiste contre le changement climatique ; convergence mais non fusion : « On ressent comme un malaise, comme deux mondes qui se côtoient sans vraiment se rencontrer » (page 117). Puis, à partir de décembre, les GJ de Saint-Avold prennent pleinement part au mouvement contre la destruction du régime actuel de l’assurance vieillesse. Participation qui n’ira pas sans poser problème, tant les rapports resteront tendus avec les directions syndicales sans que cela n’entrave pour autant la coopération et la complicité avec les syndiqués et syndicalistes de la base. Les GJ de Saint-Avold tout comme ceux des environs vivront alors pendant quelques semaines, du début décembre 2019 à la mi-janvier 2020, au rythme de l’alternance entre les manifestations et actions de blocage organisées par eux les samedis GJ et leur participation aux manifestations à l’initiative des organisations syndicales aux niveaux local et régional.

A partir de la fin janvier 2020, devant l’enlisement du mouvement précédent, seules persisteront les habituelles manifestions et actions GJ du samedi sur le plan local et régional, tout en recherchant une convergence des luttes dans le cadre du Front interluttes (Front Social) 54-57. Puis arrivera le confinement décidé par le gouvernement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 qui mettra brutalement fin à tout cela. Mais il ne viendra pas à bout de la volonté de « pérenniser l’aventure des GJ » en ouvrant une « maison du peuple » (pages 148-149) pour remplacer le QG une nouvelle fois démantelé courant mai 2020 suite à une plainte des commerçants voisins. Une aventure qui se poursuit aussi grâce à la création d’un site d’expression autonome de grande qualité : http://www.gj-saintavold.com/news/.

Gilets jaunes vs Tuniques bleues

Comme ceux des autres ronds-points, les GJ de Saint-Avold ont fait l’expérience de la répression, allant de la multiplication des amendes aux gardes à vue arbitraires et aux poursuites judiciaires en passant par les différents degrés de la violence policière. C’est évidemment cette dernière qui les a le plus marqués, au sens figuré comme au sens propre (en l’occurrence… défiguré). « Nous avons été pendant plusieurs mois nourris à la lacrymogène, aux balles de Flash-Ball, aux grenades GLI-F4 et autres armes financées par nos impôts et utilisées par des fonctionnaires qui se disent gardiens de la République mais qui servent en fait l’oligarchie financière dont le règne et les privilèges se renforcent » (page 27).

Leur baptême du feu a lieu le 1er décembre 2018, acte III du mouvement, à Saint-Avold même, lorsqu’ils font face aux CRS venus les déloger de leur rond-point, les affrontements se poursuivant jusqu’à la fin de la journée en se déplaçant au centre-ville. Mais c’est surtout lors de leur participation aux manifestations parisiennes qu’ils vont se trouver confrontés à la violence répressive, en y affrontant les unités des brigades anti-criminalité (BAC) puis les brigades de répression de l’action violente motorisées (BRAV) et autres cognes de service : les relations de la manifestation du 16 mars 2019 et de celle du 20 avril font alterner des scènes surréalistes avec des épisodes de quasi-guerre civile.

Parce qu’ils n’en avaient pour l’immense majorité d’entre eux jamais fait l’expérience [6], cette violence a été surprenante, suscitant encore plus leur indignation que leur peur et effroi. « De quel droit le peuple est-il maté, frappé à coups de poing et de pied, étranglé, étouffé ? Les femmes sont traînées par les cheveux, des visages fracassés par des tirs à bout portant, du sang, des larmes versés… Cette répression policière est le reflet du pouvoir sans partage que Macron veut imposer au peuple » (page 143). Cette expérience aura fait voler en éclat un certain nombre de leurs illusions sur la prétendue démocratie qui serait notre lot politique : « Notre démocratie ne fonctionne plus ! Vous êtes prétentieux, arrogants, méprisants envers le peuple ! Jamais nous n’oublierons que vous réprimez le droit constitutionnel de manifester dans notre sang ! Jamais nous n’oublierons nos frères et nos sœurs tombés sous vos coups !!! » déclame le texte affiché sur le panneau arrière de leur QG à l’adresse des responsables politique (page 73). Et c’est ce qu’ils tiennent à réaffirmer en conclusion de l’ouvrage : « Et nous avons la rage, parce qu’on sait maintenant comment marche notre système soi-disant démocratique, comment sont traités les manifestants, combien le peuple ne compte pas pour “eux”. Nous avons eu beaucoup de blessés, subi des gazages de plus en plus vigoureux, des tirs de LBD, de grenades de désencerclement, des arrestations et avons récolté de multiples amendes » (page 148).

Pour autant, hormis le minimum nécessaire pour se défendre de la violence policière elle-même, aucun des GJ naboriens ne semble avoir été tenté de basculer dans l’action violence style « black blocs » (BB). Si ces derniers sont mentionnés à différentes reprises, s’ils ont quelquefois entraîné certains GJ dans des charges contre les « bleus », si leur courage est reconnu et si Max en fauteuil roulant leur doit même son salut dans une situation critique (page 75), leur action ne fait pas l’unanimité dans le groupe.

Il faut enfin remarquer que, pas plus que d’autres collectifs GJ, ceux de Saint-Avold n’ont su tirer leçon de l’inanité des manifs à répétition sur Paris, surtout avec le durcissement de la répression et la pratique du nassage et des arrestations préventives en périphérie des manifestations. C’est toute la tactique des montées sur Paris, tôt adoptée par le mouvement national des GJ et à laquelle les Naboriens se seront ralliés durant plusieurs mois, qu’il aurait fallu remettre en question tant elle revenait à affronter la répression policière dans un champ (un espace-temps) délimité en lui permettant de se concentrer et d’être d’autant plus difficile à vaincre. Il aurait mieux valu poursuivre l’action décentralisée des tout débuts du mouvement, en obligeant les forces de l’ordre à courir aux six coins de l’Hexagone, en les dispersant et les laissant ainsi s’épuiser. D’ailleurs, sans s’en rendre exactement compte, les Naboriens expérimenteront à leur niveau cette supériorité de la guerre de mouvement sur la guerre de position lorsque, le samedi 22 juin 2019, ils joueront « au chat et à la souris » avec toute une compagnie de CRS qu’ils baladeront autour de Saint-Avold une journée durant (page 96).

 Un horizon politique problématique

Mais, au fait, pour quoi les GJ de Saint-Avold se sont-ils mobilisés ? Quelles ont été leurs revendications et leurs objectifs ? Ont-ils évolué au fil du mouvement ? Se sont-ils inscrits dans un projet politique plus global ?

Comme partout ailleurs, le détonateur du mouvement a été le projet d’instauration d’une taxe carbone, ressentie comme inique parce que susceptible de grever encore un peu plus le budget de ménages que leur situation géographique contraint à recourir à l’automobile pour des actes de première nécessité (se rendre à son travail, faire ses courses, aller chez le médecin, effectuer des démarches administratives, etc.) Mais, très rapidement, dans un contexte, local et national, déjà évoqué de pauvreté croissante, d’injustice fiscale aggravée et de dégradation continue des services publics et des équipements collectifs, les revendications se sont élargies et, avec elles, la conscience politique s’est élevée. C’est du moins ainsi que les GJ de Saint-Avold évaluent après-coup leur propre évolution : « ce mouvement a gommé pas mal de nos certitudes, certaines de nos habitudes, certains de nos ancrages. Il a fait sauter nos œillères et ouvert nos esprits, élargi notre vision sur les gens et sur le monde. Ce n’est qu’un premier pas vers une nouvelle justice fiscale, sociale et environnementale. » (page 27)

En fait, il sera peu question dans leur ouvrage de justice environnementale. Par contre, l’exigence de justice fiscale et de justice sociale structurera leur horizon revendicatif, au point que les deux slogans figureront en bonne vue sur l’un des flancs de leur troisième QG (page 57). Et c’est bien autour de ces deux thèmes clefs que s’articule leur cahier revendicatif sous forme d’un tract reproduit page 74. On y relève ainsi :

  • Au titre de la justice sociale : une augmentation immédiate et substantielle du pouvoir d’achat avec indexation sur le coût de la vie pour les revenus les plus faibles ; l’égalité de salaire entre hommes et femmes ; le refus de la retraite à point et le maintien d’un système de retraite socialisé ; l’abaissement de l’âge minimal légal de départ à la retraite.
  • Au titre de la justice fiscale : la suppression des taxes sur les produits de première nécessité ; l’annulation de la CSG pour tous les retraités ; la suppression du C.I.C.E. ; l’indexation sur le chiffre d’affaires de l’impôt sur les entreprises ; le durcissement de la lutte contre l’évasion fiscale ; l’arrêt du remboursement des intérêts de la dette publique tenue pour illégitime ; des moyens conséquents pour l’éducation.

Mais ce cahier comprend aussi des revendications plus larges, d’ordre économique (la renationalisation de l’énergie, des transports et des banques) et d’ordre politique (une réelle assemblée citoyenne ayant plus de pouvoir ; la fin des privilèges, des salaires et des avantages excessifs de nos élus ; l’inscription du référendum d’initiative citoyenne, le fameux RIC, dans la Constitution ; l’interdiction pure et simple des lobbies).

Dans ces conditions, le fossé entre les GJ de Saint-Avold (mais d’ailleurs aussi) et les organisations syndicales et politiques de gauche ne cesse d’étonner, tant la convergence entre leurs plates-formes revendicatives respectives est manifeste. C’est sans doute la conséquence de l’indifférence et même de l’hostilité avec laquelle le mouvement GJ a été accueilli par les directions de ces organisations (mais non pas par l’ensemble de leurs militants) dès ses débuts [7]. Ce qui n’empêchera pas les Naboriens de participer aux convergences de l’automne 2019 et de l’hiver 2020 : « Nous avons de plus en plus en tête ce mot de « convergence », que n’arrêtent pas de répéter nos porte-parole. On y croit parfois, que toutes les luttes peuvent s’unir, même si on sait bien ce qu’il en est, des syndicats, des partis, des autres mouvements qui nous ont ignorés au début des Gilets jaunes, et qui, chacun, se bat pour son bout de gras. Mais bon, on fait un effort » (page 117). Une bonne volonté qui sera mal récompensée puisque l’ostracisme initial perdurera, comme on l’a vu. Et leur participation aux mobilisations syndicales contre le projet de casse de l’assurance vieillesse en décembre 2019 – janvier 2020 n’aura pas permis de combler ce fossé.

C’est qu’il s’est trouvé également creuser, du côté des GJ eux-mêmes, par un certain nombre de traits persistants. A commencer par leur profonde défiance réciproque à l’égard de ces mêmes organisations, dont nous venons de voir qu’elle n’était pas dépourvue de raisons légitimes. Elle est clairement exprimée en ce qui concerne les organisations politiques sous forme d’un refus radical de toute représentation : « nous ne nous reconnaissons dans aucun leader, et nous ne voulons aucune négociation. Nous avons nos revendications, point barre » (page 36), qui les conduit à un refus unanime de prendre part quelque élection que ce soit (page 84). Sympathique tant qu’il alimente cette défiance envers la représentation politique, l’apolitisme affiché des GJ devient plus problématique lorsqu’il les conduit à tolérer dans leurs rangs des éléments et propos d’extrême droite : « On ne va pas le cacher, puisque c’est là-dessus que nous avons été attaqués par les médias, il y a aussi des gens d’extrême droite (ils en expriment certaines idées, comment les appeler pour sortir des clichés ?) sur le rond-point. Et on ne va pas non plus tourner autour du pot : ça ne nous pose pas de gros problèmes. Au contraire, nous sommes fiers que les Gilets jaunes puissent rassembler des gens ayant des sympathies politiques radicalement différentes. Nous, on accueille tout le monde » (page 94).

Leur attitude envers les organisations syndicales aura été plus ambivalente, mêlant une franche hostilité à l’égard des directions (Martinez est traité de traitre page 84) à la présence de plusieurs syndicalistes ou anciens syndicalistes de base parmi leurs éléments moteurs (notamment Juan et Thomas), à la convergence avec la lutte des salariés de Neuhauser et au soutien du délégué syndical CGT de l’entreprise déféré devant le tribunal de Sarreguemines (page 93).

Plus largement peut-être, c’est l’ensemble de l’univers idéologique des GJ de Saint-Avold qui a fait obstacle à un rapprochement plus net. Ils ont beau proclamer : « C’est dans cette ex-région charbonnière que nous avons occupé les ronds-points. Ce sont les traditions de dur labeur et de luttes ouvrières que nous avons honorées avec notre soulèvement, pour que nos ancêtres ne se soient pas battus pour rien » (page 9). Si l’habitus ouvrier forgé par le « dur labeur » est bien resté présent, les symboles, idéaux et souvenirs des « luttes ouvrières » semblent par contre s’être effacés, peu ou prou, de la conscience des GJ de Saint-Avold. C’est le drapeau tricolore et non pas le drapeau rouge (encore moins le drapeau noir ou noir et rouge…) qu’ils brandissent (page 35) ; c’est La Marseillaise qu’ils entonnent (en entraînant avec eux, scène étonnante, les CRS qui leur font face !) (page 43) et non pas L’InternationaleLa Jeune Garde ou La Semaine sanglante (et encore moins Le Triomphe de l’Anarchie…). On peut sans doute dire que l’un et l’autre sont mobilisés, tout comme d’ailleurs la guillotine (pages 43 et 44), en tant que symboles et évocations de la Révolution française. Mais il est non moins significatif que ce soit à cette dernière et non à la Commune, à la révolution russe ou à la révolution espagnole ou à d’autres hauts moments de la lutte pour le socialisme et le communisme qu’ils se réfèrent. Tout comme l’est l’apostrophe finale de l’ouvrage, qui laisse à nouveau entendre leur indifférence à la couleur de leur drapeau : « Par ce livre, nous témoignons et nous nous adressons à tous : nous sommes des gens ordinaires, comme vous ; nous avons peur, comme vous ; nous avons des familles, comme vous ; mais on ne peut plus supporter passivement ce qu’ils nous font. Gilet jaune ou d’une autre couleur, on s’en fout, du moment que le peuple sort dans la rue ! » (page 152).

Sans doute cette relative dépolitisation ou sous-politisation n’est-il pas sans lien avec d’autres éléments précédemment relevés : la difficulté de s’identifier sur une base de classe ; l’absence dans le récit de toute mention des discussions politiques qui ont pu avoir lieu sur le rond-point, lors des réunions hebdomadaires, dans les manifestations ; le peu d’intérêt porté, on l’a dit, aux discussions lors des Assemblées régionales ou nationales auxquelles les GJ naboriens ont participé (pour partie rendues vaines et inintéressantes, il y est vrai, par la guerre des ego et les querelles de chapelles).

C’est le seul reproche d’importance que j’adresserai à ce témoignage par ailleurs passionnant qui se lit comme un roman, la rage au ventre, le cœur en émoi et, quelquefois même, les larmes aux yeux.

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[1] Le rond-point de Saint-Avold. Nous, gilets jaunes, nos premiers 600 jours. L’ouvrage porte aussi marginalement témoignage sur les ronds-points des villes voisines de Sarreguemines et de Forbach, du moins à leur début (pages 15-18).

[2] Comme l’écrira Morgane sur une des ailes de sa voiture : « Mettre un banquier à la tête du gouvernement, c’est comme mettre un ivrogne pour surveiller ta cave à vin » (page 99).

[3] Cf. « Les “gilets jaunes”: un soulèvement populaire contre l’acte II de l’offensive néolibérale », http://alencontre.org/europe/france/les-gilets-jaunes-un-soulevement-populaire-contre-lacte-ii-de-loffensive-neoliberale.html  en ligne le 8 décembre 2018.

[4] Les habitants de Saint-Avold sont les Naboriens et Naboriennes.

[5] Cette apostrophe a servi de catalyseur au mouvement et restera comme une référence permanente de ce dernier. Le propos de Raymond est bien plus large que ce que l’ouvrage en a retenu. La scène a été filmée et mise en ligne : https://www.koreus.com/video/raymond-gilet-jaune-deputee-larem.html C’est un magnifique témoignage de la colère et de détermination mais aussi de la dignité et l’intelligence ouvrières.

[6] Mais ce n’est visiblement pas le cas de Thomas dont le gilet arbore fièrement : « Ils ont la police. On a la peau dure » (page 114).

[7] Cf. « Les “gilets jaunes” : pourquoi et comment en être ? », https://alencontre.org/europe/france/les-gilets-jaunes-pourquoi-et-comment-en-etre.html en ligne le 2 décembre 2018.

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