Allemagne / Quand l’opinion supplante l’information

        par le Professeur Eberhard Hamer, Hanovre

        L’acceptation des médias allemands est en chute libre.

Ce sont des dizaines voire centaines de milliers d’abonnés de médias allemands qui résilient leurs abonnements chaque année; les radiodiffuseurs se sont vus opposer, pour la première fois, une résistance massive à l’augmentation de leurs tarifs.

Dans les médias sociaux, la presse écrite est de plus en plus souvent qualifiée de «presse du mensonge» tandis que les chaînes de télévision se trouvent face à l’accusation de faire une propagande gouvernementale de plus en plus biaisée.

Le Mittelstandsinstitut Hannover (Institut des petites et moyennes entreprises de Hanovre) a mené une enquête au travers de son carnet d’adresses et a obtenu la réponse suivante à la question «à quel média faites-vous le plus confiance?»: les médias internet 52 %, la presse écrite 48 % et les médias de radiodiffusion publique 36 %.

A la question «pourquoi», les entrepreneurs ont surtout cité la diffusion de nouvelles trop optimistes par rapport à la situation économique réelle tandis que la classe moyenne salariée a surtout mentionné le caractère biaisé gauche-vert de la programmation médiatique. En somme, tous les médias diffusent désormais davantage d’opinions que d’informations, alors que les médias publics manipulent carrément l’opinion et tentent d’éduquer les gens dans un certain sens.

Les exemples suivants de ce type de manipulation ont été mentionnés:

  • Malgré le plus grand crash économique de l’histoire, les médias spécialisés sur l’économie répandaient toujours des nouvelles positives et parlent à présent de prospectives réjouissantes suite au marasme économique précédemment nié.
  • Seules les informations sur les grands conglomérats jouent un rôle dans les nouvelles économiques. La situation catastrophique dans laquelle se trouvent 80 % de petites entreprises de notre économie n’est pratiquement pas rapportée dans les médias.
  • La plus grande dette des citoyens allemands, sous la forme de centaines de milliards de cadeaux à d’autres Etats et grandes entreprises européens, est saluée par les médias en tant que «solidarité européenne», au lieu de mentionner le fardeau de la dette de 620 euros pour chaque citoyen et contribuable et les conséquences de la pauvreté.
  • L’incessante «immigration vers le système social allemand» n’est pas reflétée dans les médias, bien au contraire: elle est cachée. Lorsque des personnalités individuelles la mentionnent, elles sont diffamées comme étant «xénophobes» et «d’extrême droite».
  • Au vu de la détérioration des relations avec les Etats-Unis, la classe moyenne considère que le commerce avec la Russie est indispensable – les médias, en revanche, se battent pour le maintien des sanctions et ne diffusent que des reportages négatifs sur la Russie et Vladimir Poutine.
  • Plus le taux de chômage – et de chômage partiel – augmente de façon spectaculaire en Allemagne moins les médias en parlent.

Le fait que les médias manipulent désormais davantage l’opinion publique a également été l’impression des enquêteurs du Mittelstandsinstitut. Ils soulignent aussi que les médias sont de plus en plus dépendants de l’Etat. Les journaux perdent constamment des abonnés et des mandats de publicité. C’est pourquoi le gouvernement fédéral a déjà inclus dans le budget actuel un programme spécial de 40 millions «d’aides d’Etat» pour les médias obéissants, en plus des 104 millions de financement ordinaire des médias. La télévision publique ne diffuse désormais plus de l’information neutre, mais plutôt une propagande d’Etat financée par des redevances obligatoires, qui sont en réalité une taxe de propagande (8 milliards).

«Qui paye les violons choisit la musique!» C’est la seule explication au fait que le plus grand parti d’opposition soit pratiquement exclu des médias financés par le gouvernement. Cela n’a plus rien à voir avec la démocratie. Les mêmes politiciens du gouvernement allemand considérant que la manipulation des médias en Hongrie par M. Orban est répréhensible trouvent cette pratique utile en Allemagne.

La conception démocratique voudrait que les médias ne soient pas financés et contrôlés par l’Etat, mais qu’ils soient libres. Cela signifie avant tout qu’il faut mettre fin à la corruption du financement de l’Etat. Ladite taxe de propagande (GEZ) est non seulement anticoncurrentielle vis-à-vis des radiodiffuseurs privés, mais aussi préjudiciable à la démocratie car elle combat ou exclut l’opposition. Il faut mettre fin à la «taxe de propagande» ainsi qu’aux redevances spéciales avec lesquelles on charge les ménages pour l’obéissance des médias à l’Etat.•


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