LIVRES / PLEIN FOOT !

     par Belkacem Ahcene-Djaballah 

                                                                                                                   Livres

Mémoires d’un gardien debut. Témoignage de Mehdi Cerbah (par Sid Ahmed Bouaddou et préface de Hamid Tahri). Apic éditions, Alger 2021, 186 pages, 800 dinars.

Cerbah témoigne et raconte… Mehdi se livre et se raconte… Certes, on a déjà lu des ouvrages consacrés à des sportifs algériens de haut niveau (Rachid Mekhloufi, Abdelhamid Zouba et Hacène Lalmas, les footballeurs, Salima Souakri la judoka, Abdelkader Ould Makhloufi, le boxeur… ), mais à mon humble avis de lecteur, mais aussi d’ancien (petit) footballeur, je n’ai jamais été autant ému.

Les raisons ? Les faits d’abord, pour la plupart glorieux, en Algérie et à l’étranger, notre homme ayant été de bien des combats et ayant remporté avec ses co-équipiers bien des victoires et /ou des médailles (dont les historiques Jm 1975, les Ja 1978 et la participation à la Coupe du monde en Espagne, en 1982, pour ne citer que ceux-là)… Puis, les épreuves traversées pour décrocher les victoires (pas toujours, cela va de soi, les rencontres sportives étant faites aussi de défaites, souvent inattendues)… Mais, aussi et surtout, la description des relations humaines tissées au sein des collectifs. Pas facile pour un bonhomme au caractère un peu refermé, «austère ?», mais décidé (ses co-équipiers l’appelaient la «Grinta») dont les sens sont et doivent être constamment au service presque exclusif de sa «cage» qu’il veut garder inviolée. Il y a, par ailleurs, un patriotisme aiguisé, ayant pour exemple l’équipe nationale du FLN historique (et, avec Rachid Makhloufi comme entraîneur, entre autres, cela rendait le rêve encore plus difficile à atteindre). D’autant, aussi bien en club (Rama, Usma, Jsk, Rck… clubs étrangers) qu’en équipe nationale (militaire ou/et civile), il avait, souvent, la lourde responsabilité du capitanat. Pas facile aussi, pour faire face à certains de ses co-équipiers qui aimaient le «taquiner» (Assad, Kouici…)

Ah, une autre raison! Et, c’est peut-être celle que j’aimerais mettre le plus en exergue: le refus de se murer dans le silence, de se rendre complice d’un quelconque détournement de l’histoire du foot national ou permettre aux «fossoyeurs» de s’approprier des honneurs qui ne leurs sont pas dus. Le football en particulier et le sport en général ont connu tellement de personnalités sportives de grande qualité… mais hélas, la plupart des hommages ne leur sont rendus qu’à titre posthume et le mouvement sportif national n’a pas su ou pu ou voulu en tirer profit. Il est vrai que cela ne concerne pas ce seul secteur. La culture de l’oubli! Après la mort physique, une seconde mort, celle-ci immatérielle, peut-être la plus importante.

L’Auteur : Né à Alger en 1953… un des plus remarquables gardiens de but du football algérien… et une carrière nationale et internationale très riche ayant marqué les générations des années 70/80

Table des matières : Préface/ Introduction/Mon enfance, mon premier club/Ma carrière séniore en club/Ma carrière internationale

Extraits : « (Victoire aux JM 1975) Après les félicitations d’usage, on nous gratifia d’un carnet Cnep avec un montant de 2.000 Da.Sans commentaires. A ce jour, je n’arrive pas à trouver d’explications à ce «cadeau». La déception se lisait sur tous les visages… » (p 81), «La conception qu’il (Rachid Mekhloufi) voulait adopter pour le développement du football algérien, basée sur la formation de base, était en parfaite contradiction avec celle des dirigeants de l’époque, dont la vision se limitait uniquement à des victoires et des qualifications à des joutes continentales, sans aucune perspective d’avenir» (p107), «La décennie noire qu’a connue l’Algérie durant les années 90 n’était pas sans affecter le football national, surtout dans le domaine sensible de la formation, laquelle a été complètement abandonnée par les clubs, au profit du résultat immédiat» (p158)

Avis : Des cris du cœur! Et droit au but. Prenant. Emouvant. Se lit d’un trait… par tous, sportifs ou non, footballeurs ou non, jeunes et vieux… car la belle aventure d’un homme faisant et aimant (toujours) passionnément son… métier

Citations : «Se murer dans un long silence, c’est permettre aux fossoyeurs de s’approprier des honneurs qui ne leurs sont pas dus, et au temps d’effacer et faire oublier les sacrifices et les exploits consentis par toute une génération» (Sid Ahmed Bouaddou), «Deux équipes nationales algériennes (de football) doivent rejoindre le panthéon de l’histoire et être considérées comme un patrimoine immatériel : la grande équipe du Fln et celle de 1982» (p 160), «Lorsqu’un compatriote censé vous défendre et vous protéger, vous dénigre et colporte des propos calomnieux à votre insu, il n’y a pas mieux qu’un étranger pour vous défendre et vous protéger» (p 179)

Le football algérien Au cœur d’une belle saga. Essai de Mohamed Kadiri, Médias Index, Alger 2020, 196 pages, 700DA

Au départ, un déclic… le coup de patte de génie de Ryad Mahrez, lors de la finale de la Can 2019, couronnant un parcours exceptionnel de l’équipe nationale de foot sous la direction de Djamel Benmadi.

La suite est là. Un livre plein de football, puis du football, encore du football et toujours du football… La saga du foot algérien racontée sous toutes ses coutures, passé et présent : Les équipes, les rencontres, les exploits, les défaites, les motivations, les traversées du désert, les titres, les héros, les joueurs, les entraîneurs, les accompagnateurs, les dirigeants, les foules, les supporteurs, les délires populaires… et aussi les portraits de vedettes (du foot mais aussi d’autres sports… ayant servi de «locomotoives») ainsi que des anonymes.Tous les moments forts de l’histoire du football, avec ses «Fennecs» ou «Guerriers du Sahara» y passent

L’Auteur :Enseignant et ancien cadre du secteur de la Jeunesse. A dirigé également dans les années 80 le centre culturel de Sidi Bel-Abbès, sa ville natale. Collaborateur de titres de presse (L’Unité, El Hadef, Le Quotidien d’Oran, El Watan) et auteur de trois ouvrages dont un sur la Coupe du monde de football 2010

Table des matières : Avant-propos / Première partie : une nouvelle et fabuleuse aventure /Deuxième partie : Le carré final/Troisième partie :Devoir de reconnaissance et de mémoire.

Extraits : «Avec ses passions et ses dérives, et en devenant le premier spectacle mondial, le foot reste le seul lien social de plaisir et de fierté» (p19), «La pratique du sport des temps modernes en Algérie avait comme obstacle la colonisation, et l’Algérien s’est attaché au sport comme à un message de combat, dont le but était de faire valoir l’identité nationale» (p27)

Avis : Ouvrage documentaire peut-être mal structuré et quelque peu difficile à lire, mais passionnant car il révèle des pans oubliés ou ignorés de la chose footballistique… tout particulièrement datant l’occupation coloniale et la guerre d’indépendance

Citations : «Plus qu’une compétition sportive, le football est pour l’ensemble des Algériens, une cause» (Malika Challal, p 4), «Drôle de mot que celui de «Grinta», d’origine italienne. Il signifie tout simplement la rage de vaincre. Utilisé dans le domaine du sport, il est synonyme d’une motivation exacerbée, d’une détermination qui frôle l’agressivité» (p28)

Rachid Mekhloufi. Une portion de ciel bleu dans le monde du football. Essai (actualisé) de Hocine Seddiki. Editions al.bayazin, Alger 2014 (Sned, 1982. Epuisé), 157 pages, 1000 dinars (Fiche de lecture déjà publiée. Pour rappel)

Savez-vous que le premier footballeur maghrébin en équipe de France venait d’Algérie, un certain Bennouna Ali, né en 1917. Deux sélections en 1936. Un ailier gauche !

Mais le plus grand, le plus fort, le plus beau (moustache à la Errol Flynn et sourire séduisant) reste et restera dans la mémoire des Français et des Algériens celui qui, né en août 1936, endossa un maillot de professionnel (Asse Saint Etienne) à l’âge de 17 ans, titularisé à 18 ans, l’un des rares, sinon le seul joueur algérien à être admis dès sa première saison en équipe première. Des buts, des buts… Une carrière fulgurante. L’équipe de France Espoirs, l’équipe de France B et l’équipe de France A, en 56, Champion du monde militaire en 57… et, avec pour horizons la Coupe du monde en Suède (en même temps que Mustapha Zitouni, le solide demi-centre de Monaco)

Entre-temps, la guerre faisait rage sur le sol natal. Il fallait participer au combat libérateur. Mohamed Boumezrag était là : lundi 14 avril 1958, ils sont (d’abord) dix joueurs à quitter, en deux groupes, la France et leurs clubs, leur carrière et leur gloire… pour rejoindre le Fln.Une autre vie. Une autre histoire, historique celle-ci. 1962, l’Indépendance. Quatrième vie. Une autre histoire. C’est le retour à Saint-Etienne en passant par le Servette de Genève. Champion de Suisse. Champion de France trois fois, Trophée des Champions en 1967, vainqueur de la Coupe de France en 1968… Puis deux années à Bastia.

L’Algérie au cœur. L’Algérie inoubliée, inoubliable et inoublieuse.Tout au long des années 70 et 80. Un immense formateur : Entraîneur de l’équipe nationale militaire, victoire sur la France en finale des JM 1975 (avec la «classe biberon») devant 100.000 spectateurs, à Alger, entraîneur de l’Equipe nationale (deux participations au Mondial : Espagne et Mexique)… Il a même été président de la Faf quelques mois et entraîneur dans des pays arabes (Tunisie, Liban). Que d’aventures pour ce «rebelle du foot» (Eric Cantonna dixit) qui a toujours refusé la mauvaise foi et le déni de la parole donnée.

Car les coups fourrés, il y en eu… surtout en Algérie ! Saint Etienne, pour sa part, reconnaissante, l’a désigné Ambassadeur du club… et au stade Geoffroy Guichard, il a un siège (à vie) dans la tribune officielle.

L’Auteur : Un des plus anciens journalistes du pays et une des plus anciennes maisons d’édition (versée surtout dans l’information sportive et les guides touristiques… mais pas que).

Avis : L’histoire d’un homme qui a fait, lui aussi, l’histoire, non seulement du foot, mais aussi politique du pays. C’est aussi,un peu, l’histoire du football sétifien (introduit par la colonisation vers les années 1910). A quand un grand Musée du foot ou un Musée des Sports, pour ne pas oublier… ?

Citations : «Certes, il partait seul vers l’inconnu (…). Mais lui avait, en plus de la «baraka» des parents, un autre atout : celui de pouvoir, grâce à ses jambes, creuser son propre sillon» (p 37), «C’est clair, pour se perfectionner, il faut travailler, travailler, travailler… Rien ne vaut le travail et le sérieux (…). En un mot, il faut suer» (Citant Rachid Mekhloufi, p 85).


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