Les zaouias, l’autre obstacle qui freine l’épanouissement du peuple algérien

       Par Dr Bachir Chara(*)

Karl Marx avait dit : «La religion est l’opium des peuples.» Ce constat n’est pas anodin, il est la résultante d’évènements qui ont marqué l’histoire de l’humanité. En revenant très loin dans l’histoire de notre ère, on s’aperçoit que les souverains se sont toujours appuyés sur le clergé pour gouverner, asseoir leur diktat, étendre leur hégémonie et assouvir des désirs expansionnistes. 
En Occident, l’Eglise, si elle n’était pas aux commandes, a toujours été du côté des pouvoirs en place. En France, elle n’a été écartée du pouvoir politique qu’après la Révolution française, qui a instauré la République et la laïcité. L’Eglise est néanmoins restée un élément influent dans les traditions des pays occidentaux et conditionne souvent leur politique extérieure. 

La France politique ne vient-elle pas souvent en aide aux chrétiens à travers le monde, qu’ils soient orthodoxes, protestants ou catholiques, même quand il s’agit de quelques individus, et ignore les massacres de centaines de milliers de musulmans, ainsi que d’hommes, de femmes et d’enfants d’autres confessions religieuses ? Ce n’est d’ailleurs pas uniquement le cas de la France, mais ce sont tous les pays occidentaux qui réagissent de la sorte. Les réactions des pouvoirs politiques français et la mobilisation civile qui ont suivi les incendies ayant, malheureusement, ravagé les cathédrales Notre-Dame de Paris et celle de Nantes sont révélatrices de l’appartenance du peuple français à la chrétienté et montrent que la laïcité n’est en aucun cas synonyme d’athéisme.

Le dernier évènement qui s’est produit en Turquie concernant la basilique Sainte-Sophie et la solidarité qui s’est manifestée entre tous les pays chrétiens du monde, pour dénoncer la transformation de cette église en mosquée, montrent également l’importance qu’accordent les pays laïques à leur religion, ils s’immiscent même dans les affaires d’un État souverain qui a redonné à un édifice religieux, transformé en musée par Mustafa Kemal Atatürk, la fonction qu’il avait auparavant. Cela aurait dû ne pas susciter un tel acharnement de la part des pays occidentaux, si le fait d’être politiquement laïque signifiait déni de la religion. Bien au contraire, ils se sont tous mobilisés, pour essayer de faire revenir le Président Turc sur sa décision, tout en oubliant, en tant que chrétiens, ce qu’ils avaient fait des mosquées millénaires, lorsqu’ils avaient occupé des pays musulmans. Même en Andalousie, des mosquées de grande valeur architecturale, religieuse et historique ont été soit détruites soit transformées en églises après la Reconquista.
Il est clair que la religion est un élément fondamental dans la vie de l’être humain ; elle définit son identité et lui enseigne les valeurs qui doivent guider sa spiritualité et son comportement envers Dieu et la société à laquelle il appartient. Mais dès qu’elle est instrumentalisée dans le sens de la peur, la violence, la soumission et le fatalisme, elle devient destructrice des mœurs des individus, voire de la société tout entière. A travers les âges, les religions ont toujours été liées à l’effusion de sang des êtres humains, pas pour la prospérité de l’humanité, mais plutôt pour asseoir une certaine notoriété et s’approprier les richesses d’autrui. N’ont-elles pas persécuté des éminents scientifiques, qui voulaient faire progresser le savoir qu’elles considéraient contraire à leurs suppositions.

C’est le cas du savant italien Galilée qui avait démontré que la planète Terre était ronde et qu’elle tournait autour d’elle-même, alors que l’Eglise, à l’époque, soutenait qu’elle était plate. Même aujourd’hui certains musulmans n’ont pas encore admis que l’être humain a posé ses pieds sur la Lune et pensent que les images montrées à la télévision ne sont que des montages et des supercheries.
De tels comportements constituent des facteurs bloquants pour toute initiative scientifique. Alors que les livres saints et notamment le Coran contiennent des masses d’informations qui peuvent être des préludes à des découvertes scientifiques majeures.
Les pays occidentaux n’ont commencé leur ascension scientifique, économique et sociétale qu’après avoir séparé le pouvoir politique du religieux, en laissant libre cours à la science. Ils ont profité des millions d’ouvrages scientifiques et littéraires (littérature, philosophie, mathématiques, physique, médecine, astronomie et autres) laissés par les musulmans en Andalousie après la Reconquista. Il faut signaler que durant leur règne en Andalousie, les musulmans ont laissé libre champ aux chrétiens de tous bords et aux juifs de s’abreuver des avancées scientifiques, littéraires, philosophiques, artistiques et technologiques atteintes par la civilisation musulmane et de vivre en communauté avec les musulmans sans qu’ils  soient inquiétés. N’est-ce pas là une pratique de laïcité qui existait chez les musulmans depuis le début de l’ère islamique ? Alors que dans la chrétienté, les premiers balbutiements de laïcité ne se sont manifestés qu’avec la Révolution française (1789-1799), mais elle n’est devenue effective qu’avec la loi sur la séparation des églises et de l’État en 1905, après de nombreuses mutations. Elle a commencé dès le XIXe siècle avec les lois de la sécularisation, qui ont affranchi l’État de ses liens historiques avec l’Eglise catholique ; est intervenue ensuite l’universalité républicaine qui a instauré la souveraineté du peuple dans la désignation de ses gouvernants avec l’instauration des trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, indépendamment du dogme religieux. À partir de 1833, les lois Jules Ferry ont rendu l’enseignement laïque obligatoire, malgré une opposition farouche de l’Eglise. Il fallait attendre 1904 pour que la République interdise aux religieux d’enseigner tout en expulsant les jésuites. Cette interdiction a toutefois été levée en 1940 par le général et homme d’État français Philippe Pétain.

Cela étant, les pouvoirs politiques se sont tout le temps appuyés sur la religion pour asseoir leur règne, gouverner en toute tranquillité et étendre leur emprise sur d’autres territoires. Pour annihiler la république en Espagne, le général Franco ne s’est-il pas appuyé sur l’Eglise et ses sympathisants pour battre les républicains ? Les Algériens n’ont-ils pas fait appel aux frères Barberousse pour s’opposer aux Espagnols, en croyant qu’en tant que musulmans, ces corsaires ottomans allaient les aider, sans avoir des arrière-idées d’occupation et d’expansionnisme ? Ce qui, malheureusement, s’est produit, car les frères Barberousse ont enfreint les règles de l’hospitalité, en assassinant le sultan de la ville d’Alger Salim At-Toumi, étranglé dans son bain par les janissaires, sur ordre de Arudj Barberousse. Ils ont ensuite pourchassé les fidèles du sultan, violé les femmes et tué à tout-va les autochtones, tout en pendant aux remparts les corps des notables (Hérodote.net.
Barberousse et les Turcs s’emparent d’Alger, 21 mai 1509). Les trois siècles d’occupation ottomane de la régence d’Alger se sont soldés, au nom de la religion, par des centaines de milliers de morts parmi les valeureux hommes et femmes de cette terre bénie. Les soulèvements populaires contestant le règne ottoman, devenant de plus en plus fréquents, ont conduit  les Ottomans à exploiter la popularité du Cheikh Sidi Abderrahmen Ethaalibi, éminence religieuse, au profit de leur politique (M. Léon Galibert, L’Algérie ancienne et moderne, turque durant 315 ans, première époque 1500 à 1541) coloniale.

Comprenant l’influence que pouvaient avoir les religieux dans le soulèvement du peuple algérien contre l’occupant, preuve en étaient les différents mouvements de résistance conduits par les religieux de ce pays, à commencer par l’Émir Abdelkader, Cheikh Mohamed ben Hadj Ahmed El Mokrani, Cheikh El Haddad, Chérif Boubaghla, Ahmed Bouziane, Cheikh Bouamama et autres, et pour casser cette dynamique nationaliste, utilisant leur expérience, quant à l’influence qu’avait l’Eglise dans l’asservissement des peuples, les Français n’ont-ils pas utilisé les religieux, notamment ceux des zaouias, moyennant des avantages en nature (le foncier agricole entre autres), pour les aider à contrôler le peuple algérien ? Stratégie qui s’est révélée positive du moins pendant plus de soixante-dix ans durant lesquels certains politiques et religieux autochtones ont prêché l’assimilation. Cela doit toutefois être relativisé, car certaines écoles coraniques ont joué un rôle important dans la prise de conscience identitaire des Algériens, la promotion d’un islam attaché aux sources scripturaires et délesté des pratiques superstitieuses, et l’apprentissage de la langue arabe, comme l’a été la Medersa de Abdelhamid Ben Badis à Constantine, qui a été un centre d’impulsion des politiques éducatives de l’Association des Oulémas (Charlotte Gourreye, 2014, «L’école musulmane algérienne de Ibn Bâdis dans les années 1930, de l’alphabétisation de tous comme enjeu politique», Revue des mondes musulmans de la Méditerranée). Si la Révolution algérienne a produit des héros, dont certains l’ont payé de leur vie, il reste que beaucoup d’Algériens autochtones ont balancé du côté du colonisateur, en partie, sous l’impulsion d’une doctrine religieuse qui pousse les membres de la société à ne pas se révolter contre le gouvernant.

L’apprentissage du Coran est une nécessité religieuse pour tout musulman, mais la manière de l’enseigner prête parfois à équivoque. Apprendre aux très jeunes enfants la peur (faire du bien afin d’aller au paradis sinon en va en enfer, alors que moralement on doit leur apprendre à faire du bien pour le bien d’autrui sans attendre une contrepartie), le fatalisme (que leur destinée est définie dès la naissance, ce qui pousse l’individu à la paresse sans qu’il essaye d’entreprendre pour améliorer son quotidien et participer à la construction de la société à laquelle il appartient) ; lui faire croire également que rien ne lui arrive sans le bon vouloir de Dieu (ce qui en soit est un sacrilège, car on accuse Dieu des malheurs qui peuvent arriver à quelqu’un alors qu’ils ne relèvent que de ses agissements du fait que les enfants de Dieu naissent égaux et la vie de chacun est déterminée par le milieu dans lequel il évolue et l’encadrement dont il bénéficie durant les différentes étapes de sa vie), et leur faire admettre que la religion est un programme sociétal, qui définit les rapports que doit avoir l’individu avec ses congénères au sein d’une société, alors qu’elle ne constitue, à vrai dire, qu’un ensemble de croyances et de pratiques qui fondent les rapports que doit avoir l’homme avec son Créateur. Cet état de fait cumulé avec l’éducation que recevaient les enfants algériens dans les établissements publics, dès la fin des années 1970, avec le remplacement dans les programmes des niveaux primaire et moyen de l’éducation civique et morale par l’éducation religieuse, a instauré chez eux un dogmatisme, des croyances et un comportement qui vont à l’encontre des valeurs d’une société moderne.
Antérieurement à cette époque, l’école publique faisait ancrer chez l’enfant des valeurs humanistes et républicaines, à savoir la propreté, le devoir, l’esprit de responsabilité, le respect d’autrui et celui de la loi ainsi que la citoyenneté. Ce sont ces valeurs qui permettent à une société d’évoluer vers le progrès et non le dogmatisme et le fatalisme que prêchent les chouyoukh dans les zaouias.

Complètement éclipsées durant les années 1960-1970, les zaouias ont commencé à trouver un terrain fertile sous la présidence de feu Chadli Bendjedid et ont pris une place remarquable sous la gouvernance d’Abdelaziz Bouteflika.
En effet, durant les vingt dernières années, elles sont passées d’«écoles de formation coranique» à de véritables institutions de la République algérienne démocratique et populaire. Elles sont visitées par les hauts responsables de l’État, des politiques et des personnages qui cherchent des appuis pour accéder à des responsabilités administratives ou électives, car les chouyoukh  des zaouias  trouvent une oreille attentive chez les dirigeants du pays, qui ont bénéficié de leur appui pour leur promotion ou leur élection.
Des largesses ont été accordées par l’État algérien à des zaouias, tant dans le domaine du foncier que sur le plan financier. Ces présents, accordés par certaines sphères du pouvoir algérien aux zaouias, censées fonctionner avec des legs, que les citoyens mettent à leur disposition, n’étaient pas dénués de tout intérêt. Que cherchaient et cherchent encore les hommes politiques qui accordent de tels privilèges, avec les deniers publics, si ce n’est vouloir développer une servitude d’un peuple à des fins politiciennes, sans se soucier de l’obscurantisme et du fatalisme que cela induit ?

La pandémie de Covid-19, que le pays traverse actuellement, est révélatrice de cette réalité. Beaucoup d’Algériens, issus de ces écoles coraniques et ceux qui sont arrivés à l’école publique dans les années 1980, après la réforme de l’éducation nationale, s’insurgent actuellement contre les décisions que prend le gouvernement, dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, en matière de confinement, de port du masque et de distanciation avec ce que cela a induit comme contaminations et mortalité au sein des citoyens. Ils font même croire aux autres congénères qu’il n’y a pas de coronavirus dans le pays, que tout ce qui se dit sur le sujet n’est que propagande du pouvoir pour empêcher les gens d’aller faire leurs prières dans les mosquées ou sortir dans les rues pour le Hirak.
Cette attitude, irresponsable et suicidaire, de cette frange de citoyens, qui ne se rendent compte du danger que lorsqu’ils sont eux-mêmes ou des membres de leur famille infectés, est le résultat d’un fatalisme, cultivé dans les zaouias, qui enseignent le principe qu’un individu ne peut être atteint par un mal que si Dieu le lui prescrit. On incombe à Dieu des comportements qui relèvent de l’égarement de son sujet sur terre. N’est-ce pas là une injure envers Dieu Tout-Puissant, alors que c’est avec le sérieux, la clairvoyance, le savoir, la vigilance et la citoyenneté, qui ne peuvent être enseignés que dans une école publique laïque, démunie de charlatanisme et d’obscurantisme, que les Algériens pourraient un jour aspirer au bien-être ? Dieu n’invite-t-il pas ses sujets à travailler et de leur apporter son aide ? L’homme ne peut prendre les bonnes décisions que si sa structure mentale est bien façonnée, ce qui ne peut être acquis que grâce à une formation s’appuyant sur la pédagogie et les sciences fondamentales qui structurent l’esprit et lui permettent de raisonner.

L’éducation civique et morale complète le puzzle et donne à l’être humain un équilibre mental lui permettant de prendre les bonnes décisions.
Au lieu de s’atteler à enseigner le Saint Coran et ses préceptes, les zaouias se sont mises, ces dernières années, à faire de la politique, à travers leur association nationale. Cette dernière appelle ses adhérents et à travers eux leurs disciples, à faire campagne et voter pour tel ou tel candidat, comme le faisaient les mosquées dans un passé récent. N’est-il pas interdit par les lois algériennes d’impliquer la religion dans la vie politique de la nation ? Il est clair qu’individuellement chaque citoyen, quelle que soit sa confession, a le droit de voter pour le candidat de son choix ? Mais se constituer en pôle d’influence pour orienter les électeurs peut se révéler dangereux pour la république et pour la démocratie, cela d’autant plus que ces soutiens sont monnayés par des dotations financières ou d’autres moyens matériels qui appartiennent à tout un peuple, qui n’a mandaté personne pour les utiliser à des fins clientélistes et électoralistes.

Il n’est pas interdit, par les lois algériennes, que l’État aide les associations caritatives et citoyennes afin que leurs activités servent les intérêts de la communauté, ce qui est interdit, c’est que cette aide soit octroyée de manière intéressée et à des fins politiques, ce qui est souvent pratiqué.
L’État s’est même impliqué de façon active dans ce processus dangereux d’endoctrinement, de fanatisation et de développement du fatalisme dans le pays, en finançant, en partie, les zaouias et en distribuant des prix lors du 27e jour du Ramadan et la journée du Savoir (Youm El Ilm) aux lauréats qui récitent le mieux le Saint Coran. Si cela peut être admis et même recommandé, à l’occasion du premier évènement, il apparaît malencontreux pour le deuxième, au cours duquel il aurait été préférable de primer les meilleurs œuvres littéraires et scientifiques à l’instar des mathématiques, la physique, la chimie, l’informatique, l’électronique, la robotique, la médecine, la médecine vétérinaire, l’écologie, l’astronomie, la géologie, la géophysique, l’agronomie et la philosophie, pour encourager les Algériens à aller vers l’économie du savoir, seule à même d’assurer le développement futur du pays et le bien-être de sa population.

De mémoire d’Algérien, il n’a pas été vu, à ce jour, un scientifique honoré par l’État d’une médaille du mérite national ou autre, c’est à croire que l’Algérie n’a pas enfanté d’hommes et de femmes qui ont rendu, par leur savoir, des services à la nation et à l’humanité tout entière. On donne des primes et des décorations à des artistes et des sportifs, ce qui n’est pas une mauvaise chose, mais pas à des scientifiques qui constituent la colonne vertébrale du progrès.
La politique d’exclusion d’une frange de la population, quelle que soit son importance dans la société, ne peut que créer des fossés entre les citoyens d’un même pays, qui, avec le temps, deviennent infranchissables et constituent des sources de clivages et de confrontations. La pratique religieuse ne relève-t-elle pas de la responsabilité personnelle de chaque être humain, qui répond individuellement de ses actes devant Dieu Tout-Puissant, alors que dans la société, on doit tous s’inscrire dans l’œuvre communautaire qui nous apporte bien-être et prospérité et assure le développement du pays ? Cela ne peut se concrétiser que dans un État démocratique et laïque dans lequel les citoyens vivent en harmonie entre eux et chacun est libre de pratiquer sa religion.

La laïcité ne signifie nullement athéisme ; bien au contraire, elle protège la religion de toute instrumentalisation politicienne, comme cela a été le cas durant la décennie noire que l’Algérie a traversée non sans douleur (200 000 morts et plus de 20 milliards de dollars de perte pour l’économie algérienne) et évite l’instauration de régimes théocratiques. Jumelée à une véritable démocratie, elle évite les dérapages autoritaires qui se révèlent souvent comme inopportuns et suicidaires. L’Histoire a montré que les régimes théocratiques et autocratiques ont toujours été partisans de la pensée unique qui a montré ses limites en matière de développement de l’économie, de prospérité des peuples et de stabilité des États. C’est par le dialogue que les pays démocratiques ont pu bâtir des économies fortes, une continuité dans la gouvernance malgré l’alternance au pouvoir d’hommes politiques ayant des idéologies et des convictions différentes. Car ils font du dialogue leur maître-mot dans la gouvernance et croient que c’est avec le débat qu’on trouve les solutions adaptées aux problèmes qui se dressent devant la société. Des divergences de points de vue naissent des solutions, qui assurent le progrès. La pensée unique, même si elle émane d’une éminence, peut être dévastatrice, car chaque être humain est habité par un grain de folie qui peut se révéler nuisible par moments. Les expériences vécues durant les cinquante-huit années post-indépendance sont là pour édifier la vision de ce qui doit être fait à l’avenir, pour sortir le pays du sous-développement et assurer au peuple algérien un avenir meilleur.

L’Algérie n’a-t-elle pas expérimenté le diktat de la pensée unique, même si les hommes qui l’avaient pratiquée étaient animés d’une très bonne intention, c’est ce qui a d’ailleurs préservé l’unicité dont se réclame aujourd’hui le peuple algérien malgré sa diversité linguistique, ethnique et religieuse.
La gestion de la cité doit être l’œuvre des politiques. Elle doit s’inscrire dans la continuité, quelles que soient les appartenances idéologiques. L’alternance au pouvoir ne doit en aucune manière signifier faire table rase du passé mais plutôt continuer l’œuvre entamée par ses prédécesseurs pour renforcer les acquis et éviter de tomber dans un circuit infernal sans fin ; ce qui se produit d’ailleurs, depuis un certain temps, dans le pays. Cela est la résultante : – des mauvaises études de faisabilité ; – de l’absence de rigueur de la part des commis de l’Etat qui font le suivi technique des chantiers soit par incompétence soit en plongeant dans la corruption, ce qui est malheureusement souvent le cas  ; – les mauvaises intentions des entreprises qui ne respectent pas les normes techniques de réalisation ; – l’utilisation de matériaux de qualité médiocre, mais qu’ils facturent à prix fort. Ce sont toutes ces malversations qui n’assurent qu’une faible longévité aux ouvrages réalisés et un éternel recommencement. Cet état de fait exige une moralisation de la vie publique qui passe nécessairement par l’implication des religieux lors des prêches de la prière du vendredi et la formation dans les écoles coraniques, détenues par les zaouias.

Il faut toutefois relever qu’au lieu de s’atteler à cette noble mission, les chouyoukh des zaouias reçoivent, dans leurs murs, des personnes coupables de crimes économiques et de trahison, pour les disculper de ces actes abominables qui ont hypothéqué les intérêts du peuple et de la nation. Cela n’honore nullement les chouyoukh des zaouias, qui, en plus, offrent à ces malfrats des tribunes pour distiller leur venin qui empoisonne les honnêtes citoyens de ce pays béni par le sang de ses martyrs, qui a arrosé ses plaines, montagnes, forêts, hameaux, villages et villes. Ces chouyoukh qui auraient dû inculquer aux citoyens les valeurs intrinsèques de l’Islam, du civisme et de la citoyenneté ont, comme ils l’ont toujours été, ouvert leurs bras à ces vampires qui ont aspiré le sang du cœur de la nation, pour le régurgiter dans les paradis fiscaux d’outre-mer. Peut-on pardonner à ces chouyoukh dont certains ont, hier, œuvré à asservir le peuple algérien et le mettre à la disposition du colonisateur et aujourd’hui essayer de l’amadouer afin qu’il pardonne à des malfrats et encourager ces derniers à vouloir prendre en main les destinées d’une nation qu’ils ont ruinée? Heureusement que Dieu ne les a pas écoutés dans leurs prêches «mielleux» destinés à allonger la présence aux commandes du pays du chef d’el issaba et/ou de permettre à celui ou ceux qu’il préparait à prendre sa relève, afin qu’il puisse lui et sa bande partir tranquillement finir leurs jours en retraite dorée. Dieu savait mieux que quiconque ce qui se tramait contre cette nation et son peuple et a réservé le pire des châtiments à ces traîtres sans scrupules, qui ont trompé la confiance de leurs concitoyens, volé les ressources financières du pays et placé ses richesses minières entre les mains de leurs maîtres étrangers.

En agissant comme ils l’ont fait, ces chouyoukh voulaient renvoyer l’ascenseur à ceux qui, hier, les couvraient de présents financiers et en nature, émanant bien sûr du Trésor public et non de leurs poches. Ces charlatans vendeurs de mirages n’ont donc pas oublié leurs habitudes et leurs réflexes.
Bien que tous les ingrédients soient là et ne demandent qu’à être mis en valeur, il n’est peut-être pas encore temps d’appliquer tous les principes de faire de l’Algérie un pays laïque. Dans toutes les Constitutions que le pays a connues depuis son indépendance en 1962, l’article premier dénomme l’Algérie   République démocratique et populaire.
Les articles 7, 8, 9, 12, 13 et 16 du projet de Constitution, déjà adopté par les deux chambres du Parlement et qui sera soumis à référendum populaire le 1er novembre 2020, précisent clairement que le peuple est la source de tout pouvoir et que la souveraineté nationale lui appartient exclusivement par l’intermédiaire des institutions qu’il se donne. Il choisit librement ses représentants et que l’État puise sa raison d’être et sa légitimité dans la volonté du peuple et qu’il est au service exclusif de celui-ci. Il est fondé sur les principes de la représentation démocratique, de la séparation des pouvoirs, de la garantie des droits et libertés et de la justice sociale. N’est-ce pas là tous les éléments qui plaident pour une laïcisation de la société algérienne, d’autant plus que l’école publique est obligatoire et la santé est gratuite pour les citoyens ?  Il est peut-être temps d’éveiller les consciences, de les éclairer et de les libérer du charlatanisme, du fatalisme et des dogmes religieux qui paralysent l’épanouissement de la société algérienne et le développement du pays.
B. C.

(*) Ex-vice-président de l’Assemblée populaire nationale. Ex-président de la Commission permanente de l’économie rurale, de l’agriculture, des ressources naturelles et de l’environnement du Parlement panafricain.


 

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