Israël : chroniques d’un sionisme suprémaciste génocidaire

             Des manifestantEs dénoncent les responsables de massacres de masse invités à l’ONU

 

        par Mazouzi Mohamed

(1ère partie)

 

Ils ne sont pas venus pour trouver une terre d’humanité et d’espoir afin de panser leurs blessures et d’oublier leurs frayeurs. Ils sont venus animés par le projet de reproduire la terreur dont ils ont été victimes, la terreur qui les a façonnés. Ils ne sont pas venus pour demander la charité aux Palestiniens. Ils sont venus pour les exterminer, les effacer, mystifier, corrompre, travestir l’histoire, fourbir leurs grotesques alibis et bâtir leur Grand Israël. Réclamer un dû que Dieu ne leur avait jamais promis.

C’est étrange de voir ces rescapés de l’enfer débarquer en Palestine telle une race supérieure venue parsemer un peu de lumière et de civilisation parmi ces barbares du moyen Orient. Après avoir été longtemps déshumanisés, ces Ashkénazes de l’Occident, s’installent en Palestine pour s’adonner à leur tour aux pratiques coloniales d’extermination.

Bien avant la création de l’Etat d’Israël, en 1891 Ahad ha-Am (Asher Ginzberg ) ,l’un des plus influents penseurs du sionisme culturel dira à propos de cet esprit juif-sioniste presque irrémédiablement malsain « Ils étaient esclaves dans leur pays d’exil, et se retrouvent soudain avec une liberté sans limite. Une pulsion de despotisme, comme cela arrive toujours lorsqu’un esclave devient un roi (…) Ils traitent les Arabes avec hostilité et cruauté, de façon honteuse sans motif suffisant, et même se vantent de leurs actions, et il n’y a personne pour s’interposer et appeler à cesser cette impulsion dangereuse et méprisable. » (1) 135 ans plus tard, l’historien israélo-américain Omer Bartov spécialiste des génocides fera le même constat à propos de la vanité et de la cruauté qui caractérisent le sionisme suprémaciste tel qu’il se dévoile aujourd’hui à travers le gouvernement et une large partie de la population israélienne.

Au fur et à mesure, on confirmera que la violence exercée par les groupes militaires ( Haganah , Irgourn , Stern, Lehi ) était constitutive de cette nature même du sionisme suprémaciste originel.

Dès le début des années 1960 , toutes ces questions de violences feront assez tôt l’objet d’études académiques sérieuses entreprises par des historiens palestiniens. (2) Trois décennies plus tard, les historiens post-sionistes (Benny Morris, Ilan Pappé, Avi Shlaim ou Shlomo Sand ) finiront par admettre le caractère génocidaire de l’occupation israélienne.

« Méthodes dégoûtantes employées par les autorités, confiscation des terres, actes de terreur et d’intimidation, instauration d’un climat de peur, et finalement, d’expulsions forcées «.(3)

Même si ces groupes terroristes sionistes (Haganah , Irgourn , Stern, Lehi ) devenus encombrants, seront dissous par la suite, ils feront beaucoup d’émules. Israël aura beau affirmer être une démocratie avec l’armée la plus morale au monde, cette violence sera à chaque fois aisément réactivée de manière qui paraitra déconcertante mais qui au fond se trouve en droite ligne de Jabotinsky, Stern , Ben Gourian, Begin, Sharon, Netanyahu. Ce qui est très inquiétant aujourd’hui, c’est la démocratisation du terrorisme sioniste, pratiqué massivement par des groupes de colons incontrôlables qui opèrent sous l’œil bienveillant et protecteur des autorités militaires.(4)

«C’est la volonté de Dieu, écrira Theodor Herzl, que nous revenions sur la terre de nos pères, nous devrons, ce faisant, représenter la civilisation occidentale, et apporter l’hygiène, l’ordre et les coutumes pures de l’Occident dans ce bout d’Orient pestiféré et corrompu » (5) . Herzl était bien déterminé à en finir avec les Palestiniens, il écrira dans son journal intime le 12 juin 1895 : « Nous devrons essayer de faire disparaître la population sans le sou de l’autre côté de la frontière en lui procurant de l’emploi dans les pays de transit, tout en lui refusant tout emploi dans notre propre pays ». (6)

Affichant un mépris assumé à l’égard de l’ONU, dès 1937, David Ben Gourion, futur Premier ministre d’Israël, expliquait : « Après la formation d’une armée importante dans le cadre de l’établissement de l’État [juif], nous abolirons la partition et nous nous étendrons à l’ensemble de la Palestine. » (7) Quant à son alter égo Yossef Weitz, chef du département colonisation de l’Agence juive en 1940, il était mû par le même désir « Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays. Nous n’atteindrons pas notre but si les Arabes sont dans ce pays. Il n’y a pas d’autres possibilités que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins – tous. Pas un seul village, pas une seule tribu ne doit rester. » (8) Israël aura recours à un plan rigoureusement méthodique et global qui se développera au cours des événements toujours de manière plus élaborée et expéditive ( Expulsion et épuration ethnique, mystification de l’histoire sur la Nakba de 1948, instrumentalisation de la menace existentielle et de la Shoah, afforestation intensive et hébraïsation des lieux , invisibilisation du génocide , gestion machiavélique des territoires , démocratie de façade , recours à une justice d’exception, mobilisation constante de sa fameuse Hasbara, recours aux lobbys pro-israéliens , intimidations et menaces contre tous ceux qui remettent en cause sa politique)

Je m’excuse auprès des lecteurs d’avoir évoqué ces points de manière très concise,

Il est essentiel de préciser que l’Etat d’Israël n’aurait jamais vu le jour sans l’indéfectible intervention de certaines institutions mises en place avant la naissance même de l’Etat d’Israël : « The Palestine Land Development Company » ( 1909) , « The Jewish National Fund » (1901), « The Keren Hayessod » (1920), « The Palestine Jewish Coloniatior Association » (1924). Ces institutions se répartiront les tâches essentielles qui serviront à fabriquer Israël : Acheter les terres, organiser et financer l’opération d’immigration et d’installation des juifs, créer des colonies et avec le temps, comme ce sera le cas pour l’indétrônable « Fonds National Juif », devenir une organisation maffieuse qui se chargera des spéculations foncières les plus illégales et les plus méprisables.

Ces organismes travailleront en étroite collaboration avec les Services gouvernementaux (Ministère de l’Agriculture, de la Défense, de l’Immigration, de la Construction et de l’Aménagement…) dans la gestion et le développement des infrastructures de base (terre, eau, travaux publics, etc.) (9) Ces institutions sionistes se chargeront d’accomplir de basses besognes que le Gouvernement israélien essayera tantôt de cacher, de justifier ou de revendiquer haut et fort en dépit de l’aspect illégal voire criminel de cette entreprise coloniale de dépossession, d’occupation et de la colonisation des terres appartenant aux Palestiniens et d’accaparement des ressources naturelles . (10) Israël tirera sa force de cette cohésion et de cette synergie.

Le Pouvoir qui leur sera dévolu sera sans commune mesure. Au moyen d’Ordonnances successives (1948/1949) (11), ils géreront le foncier palestinien à leur guise. Ces Ordonnances militaires israéliennes serviront à autre chose qu’à neutraliser et sécuriser l’espace conquis, elles permettront à l’Etat de tirer profit et de fructifier par tous les moyens possibles les terres et biens immobiliers spoliés. Dans l’illégalité la plus complète, la colonisation israélienne sera gérée et organisée durant plusieurs années par des institutions aux prérogatives considérables : «The Custodian of Absentee Property », « The Development Authority » et le « Fonds National Juif ». Israël bricolera des lois pour légaliser toutes ces opérations de dépossession des terres palestiniennes. La loi de mars 1950,

« The Absentee Property Law » (Loi sur la propriété des absents) permettra à Israël de s’approprier et de gérer, par l’intermédiaire de ses différentes institutions, préalablement créées à cet effet, des milliers de biens meubles et immeubles palestiniens (des terres, des maisons, des actifs, des entreprises, etc.).

En 1953, le Knesset (Parlement israélien), adoptera une nouvelle loi « The Land Acquisition Law » (La loi sur l’acquisition de terres), Loi très importante qui allait clore définitivement la question juridique des biens palestiniens spoliés (terres, propriétés et autres biens abandonnés par les Palestiniens après les opérations militaires de 1948).

Israël pouvait désormais gérer comme bon lui semblait cet immense patrimoine foncier palestinien. La loi sur l’acquisition de terres a été promulguée pour garantir la « légalité » de la confiscation des terres pendant et après 1948. Cette légalisation rétroactive permettra la saisie de terres sur la base des impératifs de « Sécurité» et de « Développement ».

Dès les premiers moments de l’occupation, Il était évident que Ben Gourian ne fera cas ni de la partition de l’ONU ni de l’opinion de la communauté internationale « Un Etat hébreu partiel n’est pas une fin, mais seulement un début. (…) Nous y ferons venir tous les Juifs qu’il sera possible d’y amener (…) et alors je suis certain qu’on ne nous empêchera pas de nous installer dans d’autres parties du pays, soit en accord avec nos voisins, soit par tout autre moyen». (12)

Il est très intéressant de lire certaines études faites par des spécialistes français (13) qui ont mis en lumière la stratégie sioniste coloniale d’appropriation du territoire. Une stratégie qui vise à rendre les espaces palestiniens complètement morcelés, éclatés, diffus, sans aucune continuité territoriale cohérente ; une politique démoniaque qui abolit tout projet de création d’un Etat palestinien. Cantonnés dans des sortes de réserves indiennes, les Palestiniens sont condamnés à une lente agonie, à disparaître d’une manière ou d’une autre.

Cette stratégie du « fait accompli », sera, avec un cynisme effarant, résumée par Ariel Sharon, en 1973, « Nous ferons d’eux un sandwich au pastrami. Nous insérerons une couche de colonies juives parmi eux, puis une autre couche de colonies, et encore une autre, si bien que dans 25 ans, ni les États-Unis, ni les Nations unies ne seront capables de les séparer les uns des autres.» (14)

Israël a presque atteint son objectif initial.

*Universitaire

Références

(1) Ahad ha-Am (Asher Ginzberg), « La vérité d’Eretz Israël » série d’articles publiés dans le quotidien hébreu Ha-Melitz (Saint-Pétersbourg) en 1891.

(2) Walid Khali, « Plan dalet: The Zionist Master Plan for the conquest of Palestine », Journal of Palestine Studies, 1961. Masalha Nur «Expulsion of the Palestinians : The Concept of «Transfer» in Zionist Political Thought,1882-1948 «, Washington, D.C: Institute for Palestine Studies, 1992. _ Masalha Nur, « The Palestine Nakba: Decolonising History, Narrating the Subaltern, Reclaiming Memory. « , London, UK & New York, NY: Zed Books Ltd, 2012.

(3) Simha Flapan, « The Birth of Israel : Myths and Realities «, New York, Pantheon, 1987, p. 8.

(4) Maher cherif ,»Aux origines du terrorisme sioniste», Institut des études palestiniennes , Points de vue politique , Numéro: 013 | 13 Déc. 2023.

(5) Theodor Herzl, « The Complete Diaries of Theodor Herzl », New York et London, Herzl Press and T. Yoseloff, 1960, I, p. 343

(6) Ibid.

(7) Simha Flapan, « The Birth of Israel, Myths and realities », Pantheon, New York, 1987. P.22.

(8) Benny Morris, «1948 and After, Israel and Palestiniens »,Oxford :Clarendon Press ; New York : Oxford University Press, 1990.

(9) Catherine, Lucas, « Palestine: La dernière colonie? » , Aden Diffusion. Paris, 2003.

(10) Lebrun Céline, et Julien Salingue, « Israël, un État d’apartheid? Enjeux juridiques et politiques,» L’Harmattan, Paris, 2013.

(11) « The Abandoned Areas Ordinance », « The Defence Regulations (security) », « The Emergency Regulations (security zones) », « The Emergency Regulations (cultivation of waste lands) ». Acquisition des terres en Palestine, Nations Unies, New york 1979 https://www.un.org/unispal

(12) Dominique Vidal , Le Monde diplomatique « David Ben Gourian , le père fondateur », Histoires d’Israel , « Manières de voir » , N°98 ,Avril-Mai 2008

(13) Alain Dieckhoff ,« Les trajectoires territoriales du sionisme »Vingtième siècle, n°21, janv-mars1989, p.40.

-Alain Dieckhoff , « Les espaces d’Israël , Essai sur la Stratégie territoriale israélienne » Fondation pour les études de défense nationale, Coll. Les 7 épées , Paris, 1987 – Debié, Frank, et Sylvie Fouet. 2001. «La paix en miettes : Israël – Palestine », I993-2000. Paris : Presses Universitaires de France, 448 p. – Jacques Fontaine ,« L’évolution territoriale de la Cisjordanie occupée : vers un spatiocide » publié dans l’ouvrage collectif « Israël, un État d’apartheid ? Enjeux juridiques et politiques » sous la direction de Céline Lebrun et Julien Salingue, Éditions L’Harmattan,2013.

(14) Adam Shatz et Roane Care, Pastrami et champagne « Three decades ago Winston Churchill’s grandson asked Ariel Sharon how Israel should deal with the Palestinians. «We’ll make a pastrami sandwich out of them,» he replied , the Nation , New-York , 22 Avril 2022.

*****

          2ème partie

      Ils ont prétendu qu’Israël était une démocratie avec l’armée la plus morale au monde.

par Mazouzi Mohamed

Protégés par le mur du mépris et de l’indifférence qu’ils ont érigés eux-mêmes, bernés par leur propre propagande, les israéliens y on cru le temps qu’il fallait. A défaut de ce rêve irréalisable, ils se rabattent sur un autre mythe plus dévastateur : Eretz Israël sur la terre promise, exclusivement pour les juifs.

Dès 1948, cette colonie israélienne de peuplement s’est dotée d’un état génocidaire qui se dotera d’un arsenal législatif et juridique d’exception qui servira ses ambitions meurtrières qui ne connaitront aucunes limites. 76 ans se sont écoulées depuis la loi sur la propriété des absents (Absentee Property Law) adoptée par le Parlement israélien (la Knesset) en 1950 et qui permis à Israël de s’approprier illégalement les terres palestiniennes des exilés et même de ceux qui n’ont jamais quitté la Palestine, politique de dépossessions qui s’amplifiera depuis 1967, allant crescendo jusqu’à aujourd’hui. En 2026, Israël mettra en place deux mécanismes juridiques et administratifs perfides qui vont accroitre et accélérer le processus presque final de l’annexion totale et irréversible de la Cisjordanie. (1) Israël , une entité politique contrenature , choisit délibérément dès 1948 de s’affranchir d’une Constitution qui pourrait entraver son absolutisme et se contentera de lois fondamentales confectionnées sur mesure, incontestables, sans débat public ou référendum. Un état avec une Knesset et un Exécutif dotés de pouvoirs inquiétants. Un état qui décide de neutraliser sa propre cour suprême, seul contre-pouvoir apparent au milieu de son capharnaüm institutionnel arbitraire. Tout le monde reconnaitra à cette institution sa duplicité manifeste et son incroyable incapacité à éviter le dépeçage de la Palestine et à protéger les Palestiniens contre l’arbitraire politique et juridique d’exception auxquels ils ont été soumis depuis 1948. Cette haute institution verra son pouvoir remis en question en Juillet 2026 , ce bras de fer entre un Exécutif israélien despotique et sa Cour suprême provoquera une crise constitutionnelle inédite au sein de cette démocratie fantoche. (2) Dans son livre « Israël. la course vers l’abîme », l’historien israélo-américain Omer Bartov considère que tous les confits sociaux et politiques larvés ou éruptifs qui rongent depuis toujours la société israélienne et qui ont empêché l’émergence d’une véritable démocratie, sont dus en grand partie à l’absence d’une Constitution. « On peut affirmer que l’absence de constitution a eu des conséquences profondément néfastes sur la nature de l’État, sa société, son ordre juridique et ses politiques, et ce jusqu’à aujourd’hui. » (3)

Drôle de démocratie qui criminalise la liberté d’expression, de pensée, et toutes opinions, publications qui dénoncent sa politique de colonisation criminelle. (4) Un état qui est responsable de la mort de 289 journalistes lors des opérations militaires israéliennes à Gaza. Un état qui intentera des procès à des journaux, à des journalistes, qui censurera des dizaines de reportages et des centaines de publications. Une démocratie où l’armée régente l’information et interdit depuis des années l’accès aux territoires occupés, scènes de crimes et espaces de l’épuration ethnique. Une démocratie dotée d’un système judiciaire bicéphale à deux vitesses, avec une justice réservée exclusivement aux Palestiniens et qui consiste à les broyer en usant de procédures illégales et immorales.

Une démocratie qui défiera toutes les condamnations (résolutions) de l’ONU, de la Cour pénale internationale (CPI), la Cour internationale de justice (CIJ) , un état voyou qui ira jusqu’à menacer les membres de ces institutions. Un état qui au moyen de sa Hasbara , propage le mensonge, instille le doute, institutionnalise le déni. « Les preuves, la documentation, et les témoignages sont précisément ce que israélo cherche à effacer, par les menaces, la censure et le meurtre de journalistes. En gardant les journalistes à l’écart, Israël gagne du temps » (5) Tout le monde se rappellera de l’infâme campagne de désinformation menée par Israël en 2023 (enfants pendus, bébés brûlés, femmes éventrées et violées). Ces fake news seront relayées par le président américain Joe Biden lui-même ; tout le monde sera leurré, dirigeants occidentaux et médias de tous les pays. Personne ne se donnera la peine de vérifier la véracité de ces informations. Plus tard, des courants de la presse israélienne (Haaretz) et des ONG israéliennes ( Fake Reporter , Bodkim, B’Tselem, Breaking the Silence, Physicians for Human Rights-Israel ) démentiront cette mascarade sioniste macabre aux effets extrêmement pervers. Ces efforts très courageux et prodigieux pour rétablir la vérité seront salutaires et très importants pour tout le monde : Juifs, Palestiniens, opinion mondiale, Gouvernements, Médias, Institutions judiciaires internationales. Israël persiste malgré tout désespérément à mentir en utilisant une logistique et une technologie de désinformation extraordinaire. Israël essaye d’asservir tous les médias dans le monde et exerce sur son peuple un tel endoctrinement que toute pensée divergente est assimilée à de la haute trahison. Un état qui a l’audace de faire voter des lois dans d’autres pays ( Loi Yadan ), qui assimile toute critique à de l’antisémitisme ou à l’apologie au terrorisme. Un état qui demande à ses lobbys partout dans le monde d’exercer toutes pressions et menaces contre quiconque oserait dénigrer et dénoncer sa politique. Une démocratie qui adopte deux lois fondamentales antidémocratiques, la première en totale violation du doit international et la seconde antinomique avec l’esprit de la démocratie. (6) Il y a plusieurs années l’intellectuel Noam Chomsky à qualifié les États-Unis et Israël d’états voyous qui menacent la paix dans le monde. Il n’y a pas un seul historien post-sioniste qui n’ait pas remis en cause les mythes sionistes relatifs à la Nakba. Tout le monde finira par reconnaitre le caractère génocidaire de la politique israélienne en territoires occupés. L’historien israélo-américain Omer Bartov, tardivement, se résoudra à qualifier les actes commis par Israël de crimes de guerre et de génocide. « Israël se livre à un génocide depuis deux ans, presque sans susciter de réactions de la part du régime juridique mis en place après la Seconde Guerre mondiale pour prévenir et punir ce crime ? Enfin, comment accepter que la guerre de destruction menée par Israël ait bénéficié du large soutien mêlé d’indifférence et de déni de ses citoyens juifs?»(7) L’auteur considère avec une naïveté déconcertante que quelque chose a mal tourné dans le pays pur et innocent qu’était le sien, et que son idéologie sioniste, autrefois pure, a été pervertie.

Dans un article publié au journal israélien Haaretz en mai 2026 , le journaliste Gideon Levy corrige la méprise de l’historien, « Le sionisme n’a pas dévié, il a toujours été conçu ainsi, le sionisme, à la base, est la croyance en la suprématie juive entre le Jourdain et la Méditerranée, et comme toute autre idéologie qui adhère à une suprématie raciale, nationale ou religieuse, il est illégitime. » (8) « Le génocide à Gaza était annoncé pour qui voulait le voir », dira le chercheur franco-libanais Gilbert Achcar,« le projet sioniste, comme tout projet colonial, est porteur d’un potentiel génocidaire…le projet sioniste, étant fondé sur l’expulsion de la population autochtone, était porteur de manière évidente de ce génocide. » (9)

Aujourd’hui Israël ( pouvoir et société ) font face à une très grave implosion politique, sociale et religieuse, provoquée par des contradictions et des divergences internes à tous les niveaux ( courants laïques, religieux, nationalistes, ultra-orthodoxes, suprémacistes, messianistes) , sous le regard hagard d’une armée désorientée et comme toujours compromise et immorale. Cette situation fait apparaitre un phénomène plus inquiétant encore : c’est cette indifférence ou ce soutien de la part de beaucoup de pays et particulièrement de la part d’une large partie de la société israélienne. Dans son livre «Une étrange défaite, Sur le consentement à l’écrasement de Gaza», Didier Fassin, chercheur en anthropologie, professeur au Collège de France et à l’université de Princeton, abordera de manière fort détaillée l’incroyable effondrement moral des pays occidentaux complices du génocide ainsi que l’asservissement des médias qui défendent jusqu’à présent une méprisable ligne partisane de soutien au gouvernement israélien d’extrême droite.

Lors d’un entretien accordé à Médiapart, Menachem Klein, professeur de science politique à l’université Bar-Ilan, près de Tel-Aviv, consterné de voir une grande partie de la société israélienne soutenir l’extrême droite suprémaciste avouera que « L’idéologie suprémaciste est partagée par une grande partie des élites israéliennes » (10), « Nous ne sommes pas une société normale», dira-t-il. Avi Shlaim, historien israélien, grande figure du courant post-sioniste, réagissant aux propos de son confrère Omer Bartov sur la radicalisation récente du Sionisme, précisera « Il est essentiel d’étudier l’histoire pour comprendre les racines du racisme israélien. Le sionisme est un mouvement colonial de peuplement revendiqué, et son principal héritier politique – l’État d’Israël – est un État colonial de peuplement. La logique du colonialisme de peuplement repose sur l’élimination des populations autochtones afin de s’emparer de la terre et de ses ressources. Le nettoyage ethnique est le moyen par lequel cet objectif est atteint. De plus, la Nakba n’était pas un événement isolé ; c’est un processus continu. » (11)

Depuis l’époque de Yossef Weitz chef du département colonisation de l’Agence juive [1940 ] jusqu’à aujourd’hui avec Bezalel Smotrich Ministre d’extrême-droite [ 2006 ], rien n’a vraiment changé. 86 ans à défendre la même vision suprémaciste d’un sionisme apocalyptique. Le discours est toujours le même : éliminer les Palestiniens et annexer l’ensemble du territoire. Ça semble parfaitement convenir à la majorité des colons israéliens.

L’historien Omer Bartov reconnaitra toutefois avec grande amertume que « Si, avant 1948, le sionisme présentait deux visages, l’un de libération de l’oppression et l’autre de colonialisme de peuplement et d’ethnonationalisme, une fois l’État établi, c’est ce dernier qui a dominé la vie politique israélienne » (12)

Les conclusions de la Rapporteuse de l’ONU Fransesca Albanese me paraissent autant sinon plus pertinents que les dizaines d’essais qui ont abordé la question du génocide palestinien

Ils posent pour la première fois la responsabilité pénale des partenaires politiques et économiques d’Israël, identifient les auteurs, interpellent la communauté internationale et l’opinion mondiale. Cette publicité et visibilité autour de ce crime collectif abominable aura des répercussions notables et poussera peut-être certains partenaires d’Israël à plus de vigilance et de moralité. Ce n’est pas sûr que cela fera disparaitre ce sionisme suprémaciste abject. Israël est effroyablement conscient que sans le soutien des États-Unis ses jours sont comptés. Israël sait aussi que les américains ne le lâcheront jamais. Colère, contestation et indignation mondiales ne cessent de se cristalliser. Israël ne connaîtra jamais la paix.

L’historien Omer Bartov ne semble pas très optimiste quant à l’avenir d’Israël « Cette course vers l’abîme peut-elle s’arrêter ? Sans solution politique, la violence continuera, le déni des erreurs antérieures enfoncera encore davantage la société israélienne dans un abîme moral et psychologique. (13)

*Universitaire

Références

(1) _ En février 2026, le gouvernement israélien a approuvé une décision unilatérale visant à lancer un processus d’enregistrement foncier et un cadastre officiel en Cisjordanie occupée,cette procédure vise à déposséder des Palestiniens de certaines terres sur lesquelles ils sont installés mais dont les titres de propriété ne sont pas clairement établis, et à les enregistrer au nom de l’Etat israélien.

D’autres mesures foncières qui consistent à simplifier l’achat de terres en Cisjordanie occupée par les colons israéliens. En juin 2026 La Knesset (Parlement israélien) a approuvé définitivement, jeudi, une loi accordant des exonérations fiscales à des dizaines de colonies israéliennes illégales situées en Cisjordanie occupée.

(2) _ Luc Bronner, « En Israël, le coup d’Etat juridique du gouvernement Nétanyahou : « Le dernier clou dans le cercueil de la démocratie », le Monde du 06 Juillet 2026.

(3) _ Omer Bartov,«Israël-une course vers l’abîme», éditions du Seuil, mai 2026,p.144

(4) _ Loi Al Jazeera , loi sur le boycott , Les restrictions sur le partage d’images en temps de guerre, La loi d’expulsion des députés.

(5) _Luc Bronner , « Comment Israël mène la guerre de l’information, entre «- incrimination rétrospective -, censure et manipulation des IA », Journal le Monde , 27 août 2026.

-Cédric Mathiot , Israël, 7 octobre : un massacre et des mystifications,Libération11/12/2023

(6) _ La loi de Jérusalem du 30 juillet 1980, proclamant la ville de Jérusalem, « une et indivisible », comme capitale de cet État créé en 1948 et jusqu’à cette date dirigé depuis Tel Aviv. Cette loi est controversée sur le plan international et condamnée par les résolutions 476 et 478 du Conseil de sécurité des Nations unies car elle constitue une violation du droit international. – La loi Israël, État-nation du peuple juif, adoptée le 19 juillet 2018 par la Knesset.

(7) _ Omer Bartov,op. cit.,p.7

(8) _ Gideon Levy,« Zionism Didn’t Go Wrong, It Was Always Built This Way », journal Haaretz,7 Mai 2026

(9)_GILBERT ACHCAR, « Gaza, génocide annoncé. Un tournant dans l’histoire mondiale » La Dispute, Paris, 2025, 240 pages

(10) _ Mediapart , émission à l’air libre, 18 juin 2025

« L’idéologie suprémaciste est partagée par une grande partie des élites israéliennes » https://www.youtube.com/watch?v=77jDSTO_L2s

(11) _ Avi Shlaim , « What Went Wrong_ by Omer Bartov review- the long view », The Guardian, Mai 2026 .

(12) _ Omer Bartov,op. cit., p.18

(13) _ Ibid., p.195 à 209.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *