Guerre USA-Israël contre l’Iran : trois lectures stratégiques d’un tournant géopolitique

 

Par Farid DAOUDI

La confrontation entre les États-Unis, Israël et l’Iran dépasse le cadre d’une crise régionale. Elle met en jeu les équilibres militaires, les intérêts énergétiques et la place des grandes puissances dans l’ordre international. Les analyses du professeur Jiang Xueqin, créateur de Predictive History, invitent à examiner cette guerre à travers les rapports de force, les intérêts des acteurs et les conséquences possibles d’un conflit prolongé.[1]

La puissance militaire suffit-elle à gagner une guerre ?

Selon Jiang Xueqin, la supériorité militaire américaine ne garantit pas nécessairement une victoire politique. Une armée peut détruire des infrastructures et atteindre des objectifs militaires sans parvenir à imposer durablement ses objectifs stratégiques. Dans cette perspective, la capacité de résistance iranienne, le coût des opérations et les répercussions économiques pourraient peser sur la durée du conflit.[1][2]

Cette distinction entre victoire militaire et résultat politique est essentielle. Elle permet de comprendre pourquoi un État militairement supérieur peut rencontrer des difficultés à transformer ses moyens en un règlement conforme à ses objectifs. Le rapport de force ne se mesure donc pas uniquement aux équipements engagés, mais aussi à la capacité de résistance, aux ressources disponibles et aux conséquences politiques de la guerre.

Washington, Moscou et Pékin : trois approches distinctes

La perspective américaine met en avant la sécurité des États-Unis et de leurs alliés, la protection de leurs intérêts régionaux et la limitation des capacités militaires iraniennes. Les documents officiels américains présentent notamment les programmes de missiles iraniens et les relations de Téhéran avec des groupes armés régionaux comme des préoccupations de sécurité.[3] Il s’agit de la justification avancée par Washington, qui doit être distinguée de l’analyse indépendante des objectifs et des conséquences de ses opérations.

La perspective russe s’inscrit dans une contestation plus générale de l’usage unilatéral de la force. Le 2 mars 2026, le représentant russe auprès des organisations internationales à Vienne a condamné les opérations militaires américaines et israéliennes contre l’Iran et appelé à une reprise du processus politico-diplomatique.[4] Cette déclaration éclaire la position officielle de Moscou ; elle ne constitue pas, à elle seule, une évaluation indépendante de l’ensemble des responsabilités dans le conflit.

La perspective chinoise insiste sur l’arrêt des hostilités, le dialogue et les risques économiques d’une escalade. Le ministère chinois des Affaires étrangères a souligné, le 15 mai 2026, les conséquences du conflit sur les chaînes d’approvisionnement, le commerce international et la stabilité énergétique mondiale.[5] Cette position reflète également les intérêts de la Chine, dont l’activité économique dépend de la stabilité des échanges internationaux.

Ces trois lectures ne sont pas interchangeables. Washington met l’accent sur les impératifs de sécurité ; Moscou critique l’intervention militaire et défend une résolution diplomatique ; Pékin insiste sur la désescalade et la stabilité régionale. Chacune doit être examinée à la lumière de ses intérêts, de ses décisions et de ses actes.

L’énergie, un facteur stratégique mondial

Le conflit comporte une dimension économique majeure. Le détroit d’Ormuz constitue une voie essentielle pour le transport mondial du pétrole et du gaz. Toute perturbation prolongée de la navigation peut affecter les coûts de transport, les prix de l’énergie et les économies fortement dépendantes des importations.

Le rapport du Congressional Research Service américain, actualisé le 18 septembre 2026, décrit une confrontation marquée par des épisodes militaires, des tentatives de cessez-le-feu et de nouvelles tensions. Il souligne également les coûts militaires, économiques et politiques que les différents acteurs doivent prendre en compte.[2]

Cette dimension permet de comprendre pourquoi les conséquences d’une guerre ne se limitent pas au territoire où se déroulent les combats. Les États importateurs d’énergie, les entreprises de transport et les populations confrontées à une hausse des prix peuvent eux aussi en subir les effets.

Jiang Xueqin : une prévision n’est pas une certitude

Le professeur Jiang Xueqin interprète la guerre à partir des intérêts des acteurs, des rapports de force et de certains enseignements historiques. Il estime que la confrontation pourrait fragiliser la position internationale des États-Unis et accélérer la recomposition des alliances.[1]

Cette hypothèse mérite d’être examinée, mais elle ne doit pas être confondue avec un résultat acquis. Les guerres peuvent modifier les rapports de force sans provoquer automatiquement le déclin d’une puissance ou l’émergence d’un nouvel ordre mondial. L’évolution du conflit dépend notamment des décisions politiques, des ressources disponibles, des réactions régionales et des possibilités de négociation.

La prudence est donc indispensable : une prévision peut être éclairante sans être infaillible. Pour l’évaluer, il faut confronter ses hypothèses aux faits, examiner les éléments qui les contredisent et distinguer les événements constatés des scénarios envisagés.

Un tournant géopolitique encore à mesurer

La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran met en évidence les limites d’une lecture exclusivement militaire des relations internationales. Elle rappelle que la puissance dépend aussi de la capacité à atteindre des objectifs politiques, à supporter les coûts d’une confrontation et à éviter une extension incontrôlée des hostilités.

La Russie et la Chine défendent leurs propres intérêts, qui ne se confondent pas nécessairement avec ceux de l’Iran. Leur opposition à certaines orientations américaines ne signifie pas pour autant qu’elles partagent tous les objectifs de Téhéran.

L’enjeu central demeure la possibilité de contenir l’escalade et de parvenir à un règlement politique durable. Le conflit pourrait contribuer à une transformation des équilibres mondiaux, mais l’ampleur de cette transformation ne pourra être appréciée qu’à partir de faits établis et de leurs conséquences à long terme.

La véritable question n’est donc pas seulement de savoir qui peut remporter une bataille, mais qui sera capable de transformer la puissance militaire en une solution politique durable, sans faire supporter aux populations le prix d’une confrontation élargie./

F.D.

Références documentaires commentées:

[1] Jiang Xueqin, Predictions for 2026 – Empire, Rivalry & Collapse, entretien du 5 janvier 2026 avec Glenn Diesen, publié sous forme de transcription par The Singju Post.

Cette source expose le raisonnement prospectif de Jiang sur les rivalités de puissance et les orientations possibles de la politique internationale en 2026. Elle permet de présenter ses hypothèses, mais ne prouve pas que ses prévisions se réaliseront.

Lien : https://singjupost.com/jiang-xueqin-predictions-for-2026-empire-rivalry-collapse-transcript/

[2] Congressional Research Service (CRS), U.S. Conflict with Iran, rapport actualisé le 18 septembre 2026.

Le CRS est un organisme de recherche du Congrès américain. Son rapport présente les principales étapes du conflit, les tentatives de cessez-le-feu, les tensions persistantes et les coûts possibles pour les États-Unis et leurs partenaires. Il constitue une source utile pour replacer les analyses géopolitiques dans le contexte des événements documentés.

Lien : https://www.everycrsreport.com/reports/R48887.html

[3] Département d’État des États-Unis, The United States’ Commitment to Countering Iranian Weapons Development and Proliferation, déclaration du 18 octobre 2023.

Cette déclaration expose les préoccupations officielles américaines concernant les missiles iraniens, les drones et leur prolifération. Elle sert à comprendre la justification avancée par Washington, sans être assimilée à une évaluation neutre de la politique iranienne.

Lien : https://2021-2025.state.gov/the-united-states-commitment-to-countering-iranian-weapons-development-and-proliferation/

[4] Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, intervention de Mikhaïl Oulianov devant une session extraordinaire du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, Vienne, 2 mars 2026 (bulletin d’information du MAE – 2/9 Mars 2026)

Cette intervention présente la condamnation russe des opérations américaines et israéliennes contre l’Iran et l’appel de Moscou à une reprise du processus diplomatique. Il s’agit d’une source primaire sur la position officielle russe.

Lien : https://www.mid.ru/upload/medialibrary/7bf/388c83za0jc0nths4on5fvovvbzs3y3r/Информационный%20бюллетень%202–9%20марта%202026%20года.pdf

[5] Ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, Foreign Ministry Spokesperson’s Remarks on the Iran Situation, 15 mai 2026.

Cette déclaration officielle expose les préoccupations chinoises relatives aux conséquences du conflit sur le commerce international, les chaînes d’approvisionnement et la sécurité énergétique. Elle permet de documenter la position de Pékin en faveur de la négociation et de la désescalade.

Lien : https://www.mfa.gov.cn/mfa_eng/xw/fyrbt/fyrbt/202605/t20260515_11910982.html

 

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