
par Rokot | Tormenta
L’approche américaine de la gestion des conflits se résume rarement à un simple soutien à l’une des parties. Même lorsque Washington est officiellement lié par une alliance, il maintient un canal de communication avec la partie adverse et s’efforce de préserver un équilibre afin qu’aucun des belligérants ne remporte une victoire totale ni ne subisse une catastrophe militaire. C’est une machine bien huilée, dont les rouages restent constants : la fourniture mesurée d’armes ; les autorisations et interdictions concernant leur utilisation ; les renseignements parfois partagés, parfois dissimulés ; les sanctions ; et les négociations secrètes avec l’adversaire dans le dos de l’allié, écrit le consultant politique Igor Dimitriev.
L’exemple classique est celui de 1973. Israël était l’allié ; les États-Unis ont mis en place un pont aérien pour envoyer des armes, mais dans le même temps, Kissinger s’est rendu à Moscou pour négocier une trêve et a maintenu un canal de communication direct avec Sadate — qui, à ce moment-là, avait compris que Moscou ne viendrait pas à son secours. Lorsque les forces israéliennes, sur la rive est du canal de Suez, encerclèrent l’armée égyptienne et s’apprêtèrent à l’achever, Washington l’interdit formellement : Kissinger fit savoir à Golda Meir que les États-Unis ne permettraient pas la destruction de l’armée et que, si Israël ne laissait pas passer les ravitaillements, les Américains les livreraient eux-mêmes. L’Égypte devait perdre, mais sans être écrasée, car un Sadate écrasé n’aurait pas pu devenir un futur partenaire. C’est ainsi que, quatre ans plus tard, il se trouvait à Jérusalem ; six ans plus tard, il signait un traité de paix, et l’Égypte passait du statut de client soviétique à celui de deuxième plus grand bénéficiaire de l’aide militaire américaine, juste derrière Israël. Les États-Unis sont passés d’un allié à deux, précisément parce qu’ils n’ont pas laissé leur allié achever son adversaire.
La guerre Iran-Irak a suivi le même schéma. Officiellement, les États-Unis se sont rangés du côté de l’Irak : ils lui ont accordé des prêts, fourni des images satellites des positions iraniennes et retiré le pays de la liste des États soutenant le terrorisme. Parallèlement, des missiles TOW et des pièces de rechange — initialement achetés sous le règne du Shah — parvenaient à Téhéran via Israël. Et il ne s’agissait pas d’une initiative isolée menée par quelques escrocs — comme ils ont tenté de le faire croire par la suite —, mais d’une opération autorisée par Reagan. Kissinger a résumé le sentiment général : il est dommage que les deux camps n’aient pas pu perdre. Après huit ans de guerre, aucun des deux adversaires n’était devenu assez puissant pour contrôler le golfe Persique, et la seule force extérieure encore présente sur place était celle des États-Unis.
La loi sur le prêt-bail entre également en jeu ici. Jusqu’en juin 1941, Washington entretenait des relations commerciales tant avec l’Allemagne qu’avec le Japon ; par la suite, il envoya des ravitaillements à l’URSS, mais n’ouvrit le deuxième front qu’en 1944, alors même que Staline avait demandé aux Alliés de l’ouvrir dès le tout début de la guerre. Alors qu’il était encore sénateur, Truman avait déclaré ouvertement : «Si l’Allemagne gagne, nous devons aider la Russie ; si la Russie gagne, nous devons aider l’Allemagne ; laissons-les s’entre-tuer autant que possible».
La Corée est l’exemple type de cette stratégie : une guerre qu’aucune des deux parties n’a gagnée, figée sur la même ligne où elle a commencé — un état de suspension qui dure depuis soixante-dix ans — tandis que les États-Unis restent l’acteur clé dans toute discussion concernant la péninsule. Le Vietnam était censé être le deuxième cas de ce genre, mais cela n’a pas abouti : là-bas, l’adversaire a refusé d’accepter un état de suspension et a mené son action à son terme. Il est révélateur que, même après avoir perdu la guerre, Washington ait réussi à rétablir des relations avec Hanoï, et qu’aujourd’hui le Vietnam soit un partenaire à égale distance entre la Chine et les États-Unis. Et le Vietnam est effectivement entré en guerre contre la Chine par la suite.
Chez nous, ces revirements sont généralement décrits de deux façons : soit comme un signe de faiblesse américaine — une incapacité à mener ses alliés à la victoire —, soit comme un acte de bassesse : l’abandon de ses alliés.
Mais ici, il suffit simplement de comprendre leurs règles du jeu. Premièrement : tant que l’issue reste incertaine, il est plus important de conserver une influence sur les deux camps que d’en aider un seul. Quiconque aide un allié à remporter une victoire décisive se retrouve avec un seul allié (qui, en général, n’a aucun intérêt à poursuivre la coopération) et un ennemi qui le hait et cherche à se venger. À l’inverse, quiconque maintient un équilibre laisse les deux parties dans une position de dépendance à la fin du conflit. Comme la Chine aujourd’hui. Deuxièmement : pendant le conflit, on mise sur celui qui s’est révélé efficace, et le partenaire peut changer — comme cela s’est produit, par exemple, avec les Kurdes.
Kissinger a formulé la troisième règle en 1971 concernant le triangle impliquant Moscou et Pékin : les États-Unis doivent être plus proches de chaque partie que celles-ci ne le sont l’une de l’autre. En temps de guerre, cela signifie que si les deux adversaires entretiennent un lien plus étroit avec Washington qu’entre eux, toute trêve devra également passer par Washington. Kissinger lui-même a puisé ce concept dans la tradition diplomatique britannique du XIXe siècle — selon laquelle Londres maintenait l’équilibre des pouvoirs sur le continent sans s’engager dans des alliances permanentes — et considérait les États-Unis comme les héritiers de ce rôle ; il a même écrit tout un livre sur le sujet. Cette approche porte également un nom académique : «l’équilibre offshore» — se tenir de l’autre côté de l’océan, intervenir juste assez pour empêcher qu’une seule puissance du continent ne devienne trop forte, et se retirer dès que l’équilibre est rétabli.
Les États-Unis disposaient d’un canal de communication avec la Russie bien avant 2022. En Syrie, les États-Unis et la Russie se trouvaient officiellement dans des camps opposés : les uns soutenaient les Kurdes et l’opposition, les autres soutenaient Assad. Dans la pratique, une ligne de communication entre le CENTCOM et la base aérienne de Hmeimim fonctionnait depuis 2015, facilitant les avertissements concernant les attaques, la coordination des zones, les consultations sur des cibles spécifiques et les appels préalables à toute frappe aérienne majeure. Un exemple révélateur est la frappe américaine sur Shayrat, au sujet de laquelle les Russes avaient été prévenus à l’avance. Et l’exemple le plus connu : Deir ez-Zor en février 2018. Une colonne de la société Wagner avançait vers des positions kurdes où se trouvaient des conseillers américains ; les Américains ont appelé via la ligne de déconfliction ; Hmeimim a répondu qu’il n’y avait pas de troupes russes officielles sur place, et la colonne a ensuite été soumise à des bombardements aériens pendant plusieurs heures. Je pense que ce même canal de communication reste actif sous une forme ou une autre pendant le conflit ukrainien ; des preuves suffisantes se sont déjà accumulées.
Les Ukrainiens ont décidé de tout tester par eux-mêmes. Ils ont reçu des HIMARS, mais étaient soumis à une restriction interdisant les frappes sur le territoire russe. Les ATACMS ont fait l’objet de discussions pendant un an et demi ; ils ont été livrés en 2023 avec des réserves, et l’autorisation de frapper en profondeur sur le territoire russe n’est arrivée qu’en novembre 2024, sous l’administration sortante. Vous vous souvenez comment Starlink a été coupé lors de l’attaque contre la flotte ? Des F-16 avaient été promis en 2022, mais les premiers ne sont arrivés qu’à l’été 2024. Dès octobre 2022, Biden parlait publiquement d’«Armageddon» — ce qui signifie qu’il craignait une escalade, et non la défaite de Kiev. Nous ne savons pas exactement quelles informations parvenaient à Moscou par des voies détournées, mais je ne serais pas surpris s’il s’avérait finalement que des secrets militaires ukrainiens étaient également partagés, ce qui prouverait que Washington contrôlait la situation des deux côtés. Zaloujny, d’ailleurs, y a fait allusion dans une interview.
En bref, l’objectif de toutes ces manœuvres est unique : garantir que les États-Unis restent la seule autorité pour les deux parties. On pourrait s’en offusquer — tout comme l’ont fait les Israéliens en 1973, les Irakiens en 1986, les Sud-Coréens en 1953 et Staline. Pourtant, ces règles n’ont pas changé depuis environ quatre-vingts ans ; elles sont consignées dans les mémoires des Américains eux-mêmes.
S’attendre à ce qu’ils fassent une exception pour vous n’est plus un grief à leur encontre, mais une question que l’on doit se poser à soi-même. En tout simplicité, il ne faut pas se laisser entraîner dans des guerres destructrices en comptant sur l’aide américaine.
source : ROKOT | TORMENTA via China Beyond the Wall
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La puissance américaine à l’épreuve de ses limites

Jusqu’où une puissance militaire peut-elle transformer sa supériorité technologique en résultat politique durable? De la décapitation du pouvoir iranien à la pression sur Ormuz et Bab el-Mandeb, la confrontation actuelle apporte des éléments de réponse à une question posée dès 2008 par des auteurs américains qui s’interrogent sur les limites de la puissance militaire, ses capacités destructrices et l’effet boomerang inattendu.
En 2008, Andrew J. Bacevich publiait The Limits of Power: The End of American Exceptionalism (La fin de l’exceptionnalisme américain) L’ancien officier et historien américain ne contestait pas la puissance des États-Unis. Il s’interrogeait plutôt sur leur capacité à en faire un instrument permettant de façonner durablement l’environnement international.
Son analyse identifiait trois crises imbriquées; économique, politique et militaire et insistait notamment sur une idée: la supériorité militaire ne garantit pas automatiquement la réalisation des objectifs politiques. L’emploi de la force peut produire des effets inattendus, créer de nouvelles contraintes et finalement réduire la liberté d’action de celui qui l’exerce.
Près de deux décennies plus tard, la guerre contre l’Iran donne à cette réflexion une actualité particulière. Il ne s’agit pas de prétendre que les États-Unis auraient perdu leur supériorité militaire. Celle-ci demeure considérable. La question est différente: la capacité de détruire permet-elle de contrôler les conséquences de la destruction? C’est toute la difficulté de la confrontation actuelle.
L’élimination des principaux dirigeants iraniens constituait l’un des épisodes les plus spectaculaires de la guerre. Une telle opération pouvait laisser penser qu’en frappant le sommet politique et militaire, on provoquerait la désorganisation de l’ensemble du système.
Or, l’Iran n’a pas disparu derrière ses dirigeants. Le pouvoir s’est réorganisé, les structures de commandement ont continué à fonctionner et la confrontation s’est poursuivie. La disparition de responsables ne s’est donc pas traduite mécaniquement par l’effondrement de l’État ou de son appareil de sécurité. Cette réalité comporte une autre dimension, beaucoup plus politique.
L’opposition à un gouvernement n’équivaut pas nécessairement au rejet de son pays. Un Iranien peut contester le régime, ses politiques économiques ou sociales, et considérer simultanément qu’une attaque étrangère contre l’Iran constitue une menace nationale. C’est précisément le paradoxe que la guerre semble avoir fait apparaître. Le 18 septembre, des centaines de milliers d’Iraniens ont participé à une importante mobilisation organisée par les autorités à Téhéran, présentée comme une démonstration d’unité et de préparation à la défense du pays. L’Associated Press rapporte que les autorités ont évoqué plus de 600 000 inscriptions à une campagne de formation militaire, tandis que le nombre de participants au rassemblement était estimé à plus de 300 000 par les médias d’Etat. Mais le phénomène est révélateur.
Ormuz: le retour de la géographie
L’intervention étrangère n’a pas automatiquement transformé l’opposition intérieure en mouvement de renversement. Elle a aussi pu favoriser, chez une partie de la population, un réflexe de défense nationale. Autrement dit, l’objectif militaire et le résultat politique ne coïncident pas nécessairement. On peut éliminer des dirigeants sans éliminer un système. On peut détruire des infrastructures sans déterminer la réaction d’une société. Et l’on peut remporter des succès militaires sans obtenir le changement politique initialement recherché.
C’est ici que Bacevich retrouve toute son actualité.
La puissance militaire rencontre une limite qu’aucune technologie ne peut supprimer à savoir la géographie. Le détroit d’Ormuz en est l’illustration parfaite. Avant la guerre, cette étroite voie maritime constituait l’un des principaux passages énergétiques du monde. Environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux y transitaient. Depuis le déclenchement du conflit, le trafic s’est effondré. Le 18 septembre, seulement quatre navires transportant des matières premières avaient franchi le détroit la veille, contre une moyenne de seize au cours des dix jours précédents, selon des données rapportées par les agences internationales. Dans le même temps, 23 navires avaient traversé Bab el-Mandeb, contre une moyenne de 26. Ces chiffres montrent une réalité essentielle: il n’est pas nécessaire qu’un détroit soit totalement fermé pour que son fonctionnement soit profondément perturbé. La menace suffit. Lorsqu’un armateur hésite à engager un navire et que l’assureur augmente ses primes, lorsqu’une cargaison est retardée ou qu’un itinéraire est modifié, la perturbation militaire prend un caractère économique. Ainsi, l’Iran pèse lourdement sur le commerce mondial sans être une puissance navale. Il lui suffit de rendre le passage suffisamment dangereux pour contraindre les acteurs économiques à modifier leurs comportements.
La puissance américaine peut donc protéger des navires, escorter des convois et déployer des moyens considérables. Mais elle ne peut supprimer la géographie d’Ormuz La difficulté ne s’arrête pas à l’entrée du Golfe. À l’autre extrémité de la péninsule Arabique, Bab el-Mandeb est devenu un deuxième foyer de tension. La progression spectaculaire des Houthis a permis le contrôle sur l’une des routes maritimes les plus importantes du monde. Le changement est stratégique. Ormuz est la porte énergétique du Golfe. Bab el-Mandeb est la porte maritime de la mer Rouge. Avec le canal de Suez, il constitue l’un des grands axes reliant l’Asie à l’Europe. Ainsi, une crise née autour de l’Iran produit désormais des effets à des milliers de kilomètres de son territoire.
Les Houthis ne disposent évidemment pas des capacités militaires des États-Unis. Mais ils illustrent une nouvelle fois la logique de la guerre asymétrique: il n’est pas nécessaire de pouvoir vaincre une grande puissance pour lui imposer un coût stratégique. Il suffit de pouvoir perturber un flux essentiel. Leur progression le long de la mer Rouge a déjà accru les inquiétudes concernant les exportations saoudiennes, notamment parce qu’une partie du pétrole qui ne peut plus transiter normalement par Ormuz doit trouver d’autres itinéraires.
La géographie se referme ainsi progressivement sur les protagonistes.
La guerre dans les budgets européens
Depuis des décennies, la présence militaire américaine constitue pour les monarchies du Golfe l’un des piliers de leur sécurité. Mais une guerre prolongée transforme ces mêmes territoires en espaces potentiellement exposés. Les bases américaines, les ports, les aéroports, les installations pétrolières et les réseaux de transport deviennent autant de points qu’il faut protéger. La question n’est donc plus simplement celle de la capacité américaine à frapper l’Iran. Elle devient celle de la capacité à protéger simultanément l’ensemble du dispositif régional. Plus le théâtre s’élargit, plus le nombre de points à défendre augmente. La guerre n’est plus confinée au duel Washington-Téhéran. Elle transforme progressivement le Golfe, la péninsule Arabique, la mer Rouge et les routes commerciales en un seul espace stratégique.
Et c’est précisément à ce moment que l’Europe entre dans l’équation. Une guerre au Moyen-Orient peut sembler géographiquement éloignée de Berlin, Paris, Rome ou Madrid. Mais lorsque les routes énergétiques et commerciales sont perturbées, la distance disparaît.
Le 18 septembre, le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a appelé à renforcer la présence navale en mer Rouge pour protéger la navigation commerciale. L’Italie, qui participe déjà à la mission européenne Aspides, se prépare face à la dégradation de la situation autour de Bab el-Mandeb. Rome estime ne pas pouvoir attendre une réponse européenne plus lente.
Le chiffre donne la mesure de l’enjeu: selon les données citées par Reuters, environ 40% du commerce italien avec le reste du monde passe par le canal de Suez, tandis que les volumes pétroliers transitant par Bab el-Mandeb représentaient environ 7 pour cent de la production mondiale de pétrole en juin. Ainsi une guerre régionale devient une affaire européenne. Lorsque les navires doivent modifier leur itinéraire, les délais augmentent. Lorsque le risque augmente, les assurances suivent. Lorsque les coûts de transport progressent, ils finissent par se répercuter sur les marchandises. Et lorsque l’énergie devient plus chère, l’ensemble de l’économie est concerné. La puissance militaire américaine ne se mesure donc plus seulement aux tonnes de bombes larguées ou aux objectifs détruits. Ses conséquences se retrouvent également dans les coûts du transport maritime, les prix de l’énergie et les dépenses de sécurité des pays alliés.
Le paradoxe de la puissance
Or, la guerre contre l’Iran fait apparaître une série de décalages. La décapitation du commandement n’a pas provoqué l’effondrement du régime. La pression militaire n’a pas empêché les structures iraniennes de continuer à fonctionner. La fermeture ou la forte perturbation d’Ormuz a créé un problème énergétique qui dépasse largement l’Iran. La progression des Houthis vers Bab el-Mandeb a ouvert un deuxième front géographique.
Les États du Golfe doivent protéger leurs infrastructures et l’Europe doit désormais envisager davantage de moyens militaires pour sécuriser une route commerciale dont elle dépend.
La puissance militaire peut détruire. Elle ne peut pas toujours décider de ce qui naîtra de la destruction. Une armée peut gagner des batailles et rencontrer simultanément des difficultés politiques. Un État peut éliminer des dirigeants et découvrir que les institutions survivent. Une puissance peut imposer un coût militaire considérable à son adversaire et constater que celui-ci dispose encore de moyens asymétriques pour lui imposer, à son tour, des coûts économiques et stratégiques. Et surtout, une intervention destinée à modifier l’équilibre politique intérieur d’un pays peut produire un réflexe national qui dépasse les clivages entre pouvoir et opposition. L’Iran n’est pas devenu un État homogène et unanimement rallié à ses dirigeants. Les tensions politiques, économiques et sociales n’ont pas disparu.
Mais la guerre rappelle une évidence souvent oubliée: l’opposition à un régime n’implique pas nécessairement l’acceptation d’une intervention étrangère. C’est là que se trouve peut-être la limite la plus importante de toute stratégie de puissance. Washington peut frapper l’Iran. Il peut disposer d’une supériorité technologique écrasante. Il peut détruire des installations et éliminer des responsables. Mais il doit ensuite gérer Ormuz, surveiller Bab el-Mandeb, protéger ses bases, rassurer ses alliés du Golfe, sécuriser les routes énergétiques et commerciales et absorber les conséquences économiques qui atteignent jusqu’à l’Europe. Près de vingt ans après la publication de The Limits of Power, la guerre contre l’Iran fournit à cette interrogation une actualité saisissante. La limite de la puissance n’est peut-être pas sa capacité à frapper. Elle est sa capacité à contrôler les conséquences de ses propres frappes.
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