
Le cinéma algérien naît d’abord comme une arme de la lutte anticoloniale, devient après 1962 un cinéma national militant et institutionnel, puis connaît un long déclin avant une renaissance contemporaine marquée par la mémoire de la « décennie noire » et les coproductions internationales.[1][2]
Les origines coloniales et la guerre
Les premières images tournées en Algérie datent de la période coloniale, mais elles relèvent essentiellement d’un regard étranger sur le pays, ses rues et ses marchés. Le véritable cinéma algérien s’organise pendant la guerre de libération : un comité du cinéma lié au GPRA, puis un Service du cinéma du GPRA et de l’ALN, produisent des documents destinés à informer le monde et à soutenir la cause nationale.[3]
Cette période fondatrice donne au cinéma algérien sa double vocation : témoigner de la lutte armée et construire une mémoire nationale. Elle explique la forte présence, après l’indépendance, des thèmes du colonialisme et de la révolution .
L’âge d’or post-indépendance
Après 1962, l’État algérien fait du cinéma un instrument de construction nationale. Le Centre national du cinéma est créé en 1964 pour gérer, contrôler et encourager l’activité cinématographique.[4]
Les années 1960 et 1970 constituent l’âge d’or du cinéma algérien. Les films portent un fort patriotisme et traitent volontiers de la guerre d’indépendance, tandis qu’une génération de réalisateurs majeurs émerge : Ahmed Rachedi avec *L’Opium et le bâton* (1969), Mohamed Bouamari avec *Le Charbonnier* (1972), Amar Laskri avec *Patrouille à l’Est* (1968), et Merzak Allouache avec *Omar Gatlato* (1976).[5]
Le sommet international de cette période est *Chronique des années de braise* de Mohammed Lakhdar-Hamina, Palme d’or à Cannes en 1975. Le film est l’un des premiers à offrir une diffusion mondiale sur la guerre d’Algérie .
Diversification et cinéma sociétal
Dès les années 1970, le cinéma ne se limite plus à l’épopée révolutionnaire. Un courant plus sociétal explore la condition féminine, la ville, la jeunesse et les tensions sociales : *Leïla et les autres* de Sid Ali Mazif et *La Nouba des femmes du Mont Chenoua* d’Assia Djebar en sont des exemples représentatifs .
Cette évolution témoigne d’un passage du cinéma de libération au cinéma de société. Il interroge l’Algérie indépendante, ses contradictions et ses silences, tout en conservant une dimension politique .
Crise des années 1980 et décennie noire
À partir des années 1980, le secteur entre en crise : la baisse des financements, la fermeture progressive des salles et l’instabilité politique affaiblissent l’industrie nationale.[6]
La « décennie noire » (1992-2003) aggrave ce déclin. La production se raréfie, les infrastructures se dégradent et de nombreux talents travaillent à l’étranger ou abandonnent le cinéma.[2][6]
Le renouveau après 2003
Le retour à la paix et une relative amélioration économique permettent, à partir de 2003, une reprise timide de l’activité cinématographique. Depuis 2005, deux tendances antagonistes se dessinent.[1][2]
– Un cinéma soutenu par l’État, souvent centré sur la guerre de libération et les héros nationaux, parfois qualifié de « cinéma chahid » ou de propagande mémorielle.[1][2]
– Un cinéma indépendant, souvent coproduit avec l’étranger, ancré dans le présent, la vie quotidienne et les traumatismes de la guerre civile ; il circule davantage dans les festivals internationaux que dans les salles algériennes.[1][2]
Des réalisateurs tels que Rabah Ameur-Zaïmeche (*Wesh, wesh*, 2001), Nadir Moknèche (*Le Harem de Madame Osmane*, 2009) et Merzak Allouache illustrent cette nouvelle vague, plus urbaine, critique et attentive aux mutations sociales .
Situation actuelle
Le cinéma algérien cherche aujourd’hui un nouvel élan après une longue période de déclin. Des initiatives de production, la formation et quelques succès internationaux témoignent d’un renouveau, mais les difficultés persistent : manque de salles, financement instable, distribution limitée et rapport complexe entre création artistique et politique culturelle.[6]
Ainsi, l’histoire du cinéma algérien peut se résumer en quatre moments : cinéma de combat pendant la guerre, cinéma national militant après 1962, effondrement institutionnel à partir des années 1980, puis pluralisme mémoriel et esthétique depuis les années 2000.[1][2][3]
Farid DAOUDI
Références :
1. Mokrani, A. (2022). *Une histoire esthétique et politique du cinéma algérien*. Thèse de doctorat, Université Paris 8. Disponible sur : [https://theses.fr/2022UNIP7027](https://theses.fr/2022UNIP7027)
2. Smith, A. (2019). « Passé glorieux contre mémoire interdite : deux cinémas algériens ». *Esprit des lieux*, n° 2024. Disponible sur : [https://journals.openedition.org/elh/2024](https://journals.openedition.org/elh/2024)
3. Ministère de la Culture et des Arts (Algérie). « Historique ». Disponible sur : [https://www.m-culture.gov.dz/index.php/fr/140-developpement-et-promotion-des-arts/creation-artistique-et-condition-d%E2%80%99artiste/cin%C3%A9ma/419-historique](https://www.m-culture.gov.dz/index.php/fr/140-developpement-et-promotion-des-arts/creation-artistique-et-condition-d%E2%80%99artiste/cin%C3%A9ma/419-historique)
4. Ambassade d’Algérie en France. « Culture et Patrimoine : Le cinéma ». Disponible sur : [https://amb-algerie.fr/culture-et-patrimoine/](https://amb-algerie.fr/culture-et-patrimoine/)
5. *Le Monde diplomatique* (1965). « Un cinéma à l’image d’une expérience particulière et originale ». Disponible sur : [https://www.monde-diplomatique.fr/1965/10/A/26906](https://www.monde-diplomatique.fr/1965/10/A/26906)
6. *Courrier international*. « Algérie, où va ton cinéma ? ». Disponible sur : [https://www.courrierinternational.com/article/etat-des-lieux-algerie-ou-va-ton-cinema](https://www.courrierinternational.com/article/etat-des-lieux-algerie-ou-va-ton-cinema)
7. RTBF (2024). « En Algérie, l’industrie cinématographique connaît une phase de renouveau ». Disponible sur : [https://www.rtbf.be/article/en-algerie-l-industrie-cinematographique-connait-une-phase-de-renouveau-11359799](https://www.rtbf.be/article/en-algerie-l-industrie-cinematographique-connait-une-phase-de-renouveau-11359799)
Citations :
[1] une histoire esthétique et politique du cinéma algérien … https://theses.fr/2022UNIP7027
[2] Algérie, où va ton cinéma ? https://www.courrierinternational.com/article/etat-des-lieux-algerie-ou-va-ton-cinema
[3] Culture et Patrimoine – Ambassade d’Algérie en France https://amb-algerie.fr/culture-et-patrimoine/
[4] Passé glorieux contre mémoire interdite : deux cinémas … https://journals.openedition.org/elh/2024?lang=en
[5] En Algérie, l’industrie cinématographique connaît une phase de renouveau – RTBF Actus https://www.rtbf.be/article/en-algerie-l-industrie-cinematographique-connait-une-phase-de-renouveau-11359799
[6] Un cinéma à l’image d’une expérience particulière et originale https://www.monde-diplomatique.fr/1965/10/A/26906



