Le nouveau Conseil de la Communauté Scientifique à l’Etranger : une condition nécessaire mais pas suffisante

 

Par Arezki Ighemat, Ph.D in economics

Master of francophone Literature (USA)

 

 

“The main object of all science is the freedom and happiness of

man” (Thomas Jefferson)

“Material science tells us what we ‘can’ make; social science tells us

what we ‘should’ make and how people will actually use it.

Without both, we risk engineering technically perfect solutions to

problems that society doesn’t have, or creating new materials with

catastrophic social consequences” (Interdisciplinary Technology

Studies).

« We cannot solve the material problems of the world—like climate

change, waste, and resource scarcity—purely in the laboratory. A

material is only as sustainable a the socio-economic system that

extracts, processes, and recycles it” (Contemporary Technology

Studies).

“Technology and materials are not independent variables in human

history; they are deeply embedded in the social, political, and

economic fabrics that create and consume tehem” (Linn Hobbs, MIT

Professor of Materials Science and Nuclear Engineering).

 

 

Le 27 septembre de cette année, un Haut Conseil de la Communauté Nationale à l’Etranger, composé d’une trentaine de compétences scientifiques résidant un peu partout dans le monde, a vu le jour en Algérie. Les personnalités, choisies dans diverses disciplines des sciences matérielles, sont parmi les plus brillantes éminences grises de notre pays et leurs travaux et inventions ont un impact important sur leurs pays de résidence.

La création de ce Conseil est, sans aucun doute, d’une importance déterminante pour l’avenir de notre pays qui va, finalement, pouvoir bénéficier des meilleurs de ses filles et fils qui, pour diverses raisons, ont été obligés, ou ont choisi, de développer leurs compétences et expertises à l’étranger. En effet, plusieurs tentatives d’établir (ou de rétablir) ce lien ombilical existant entre les communautés scientifiques résidant dans le pays et celles travaillant l’étranger, ont été entreprises, mais aucune n’a réellement abouti jusqu’à aujourd’hui. Cette fois-ci, semble que la volonté de créer une synergie entre les deux communautés aille dans la bonne direction. Nous souhaitons donc à ce Conseil de jouer un rôle crucial dans cette nouvelle dynamique.

Mais—car il y a souvent un « mais » pour toute action ou décision que l’Etat, les institutions ou les individus peuvent entreprendre—ce Conseil, s’il est une condition nécessaire, n’est pas suffisant à lui seul. En effet, réunir des sommités scientifiques dans diverses disciplines des sciences matérielles est une décision longtemps attendue et bienvenue, mais le développement d’un pays—quel qu’il soit—exige, parallèlement au développement des sciences matérielles et technologies le développement des autres sciences indispensables pour un développement durable et équilibré de la société.

Ces autres sciences—vous l’aurez deviné—ce sont les sciences sociales : sociologie, histoire, géographie, anthropologie, économie, et tant d’autres. Non pas que les sommités scientifiques faisant partie du nouveau Conseil ne soient pas conscientes de la nécessité des sciences sociales dans tout développement soutenable et équilibré d’une société quelconque, mais ils/elles ne sont pas particulièrement spécialisées et préparées quand il s’agit de traiter des questions sociales ou sociétales comme le sont les chercheurs en sciences sociales. Encore une fois, les chercheurs en sciences matérielles et technologies savent, en effet, que la sciences matérielles ne peuvent aboutir que dans le cadre d’un environnement socio-politique défini concernant ce que l’on veut que le pays et la société deviennent dans les trois-quarts de siècle prochains.

Or, force est de constater que dans le Conseil nouvellement créé, aucune de nos compétences dans ces domaines résidant à l’étranger n’est représentée. Deux possibilités s’offrent alors aux autorités de notre pays pour combler ce manque : ou bien intégrer dans le nouveau Conseil un certain nombre de nos sommités dans les différences disciplines des sciences sociales ; ou bien créer un autre Haut Conseil de la Communauté Nationale des Experts en Sciences Sociales, à côté du Conseil créé. Personnellement, nous préférons la première option car elle permettrait un dialogue constant entre les sciences matérielles et les sciences sociales capable de conduire au développement durable et équilibré que le pays voudrait réaliser dans le reste du siècle.

Car développer la base matérielle du pays, sans tenir compte de la société algérienne, de ses traditions (bonnes et pas bonnes), de ses cultures diverses, de ses multiples langues, de son histoire, de ses aspirations personnelles et politiques, etc, serait commettre les mêmes erreurs que par le passé où on a mis—comme le dit l’adage—la charrue avant les bœufs, c’est-à-dire, transposé aux êtres humains, le matériel avant les hommes et les femmes de notre pays. Car, comme le dit très justement Thomas Jefferson, le fondateur et troisième président des Etats-Unis : « “The main object of all science is the freedom and happiness of man” (Thomas Jefferson): Le but de toute science est la liberté et le bien-être (le bonheur) de l’être humain).

L’exemple de notre pays est éclairant à ce sujet. L’Algérie a, depuis l’indépendance, accordé la prééminence à l’industrie et à la technologie sur les autres secteurs—l’agriculture, le tourisme, l’équilibre régional, les cultures et les langues diverses du pays, les questions environnementales, et, ce qui n’est pas négligeable, les aspirations des populations dans le domaine des libertés individuelles et collectives.

Le résultat est que le pays a construit des infrastructures non négligeables dans plusieurs domaines de l’économie, ce qui a conduit à une amélioration relative du niveau matériel des citoyens, mais, sur le plan comportemental individuel et collectif, et sur le plan des libertés individuelles et collectives, le pays n’a pas beaucoup avancé. Certains observateurs pensent qu’il a même régressé. En conséquence, pour ne pas refaire ces erreurs du passé—et il n’est pas encore trop tard pour bien faire—les autorités de notre pays doivent avoir une vision complète et non partielle de l’avenir de notre pays, en intégrant précisément les compétences algériennes résidant à l’étranger, expertes des questions sociales et politiques ./

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